L’Ouzbékistan veut changer d’échelle dans son soutien aux entreprises. Crédits sans garantie, partage du risque avec l’État et les banques, moratoire de trois ans sur les contrôles, aide à l’intelligence artificielle et offensive à l’export : Shavkat Mirziyoyev a présenté à Khiva un dispositif qui cherche autant à faciliter l’accès au financement qu’à réduire la pression administrative sur les entrepreneurs.
L’Ouzbékistan enregistre une croissance soutenue
Le 18 août 2026, lors du dialogue ouvert avec les entrepreneurs organisé à Khiva, dans la région du Khorezm, le président ouzbek a dévoilé cinq axes destinés à accompagner la prochaine étape de développement du secteur privé. L’ambition affichée est claire : en Ouzbékistan, le soutien public ne doit plus se limiter à l’octroi d’un crédit, mais suivre l’entreprise depuis son lancement jusqu’à son accès aux marchés étrangers et, pour les plus importantes, aux marchés de capitaux. Environ 25.000 représentants du monde des affaires participaient également à distance depuis les régions, selon la présidence ouzbèke, tandis que la communauté entrepreneuriale du pays compterait 1,2 million de personnes.
Cette offensive intervient dans un contexte de croissance soutenue. L’économie ouzbèke a progressé de 8,5% au premier semestre 2026. Le portefeuille de crédits destiné aux entreprises a presque triplé en cinq ans pour atteindre l’équivalent d’environ 32,9 milliards d’euros, tandis que la part des petites entreprises dans le portefeuille bancaire est passée de 45% à 63%, d’après les données présentées par Shavkat Mirziyoyev. Sur le seul premier semestre, l’équivalent de 5,59 milliards d’euros de ressources a été dirigé vers les petites et moyennes entreprises.
En Ouzbékistan, les entrepreneurs gagnent un nouvel accès au crédit
Le premier changement concerne la manière même de demander un financement. Un « portail numérique unique des services de crédit » doit centraliser les demandes : un entrepreneur déposera un seul dossier, puis les banques pourront lui soumettre leurs propositions. Pour les créateurs d’entreprise, le plafond des crédits accessibles en ligne atteindra environ 365.400 euros. Cette mise en concurrence des établissements doit, en théorie, déplacer une partie du rapport de force : plutôt que de démarcher successivement plusieurs banques, l’entrepreneur pourra présenter son projet sur une plateforme unique.

© Президент Республики Узбекистан
Le gouvernement construit parallèlement trois parcours distincts. « Business Start » ciblera les nouveaux entrepreneurs ; « Business Lift » les sociétés ayant déjà organisé leur production ; enfin, « Business Yuksalish » accompagnera les entreprises prêtes à franchir une nouvelle étape de croissance. Le premier programme bénéficiera d’une enveloppe d’environ 7,31 millions d’euros et combinera formation, assistance numérique et financement. Les participants pourront recevoir des modèles de plans d’affaires adaptés à leur région et solliciter un crédit sans garantie jusqu’à environ 14.600 euros.
L’intelligence artificielle doit également être utilisée dès la préparation du dossier. Les entrepreneurs seront formés à la constitution de projets, de demandes de crédit et de documents comptables avec des outils d’IA. Le président résume ainsi la philosophie du dispositif : « Nous allons créer un système complet qui ne se contentera pas d’accorder un crédit à l’entrepreneur, mais l’accompagnera tout au long de son parcours, depuis ses premiers pas jusqu’à sa transformation en grande entreprise », a déclaré Shavkat Mirziyoyev.
Entreprises : l’État partage davantage le risque de financement
Le problème de la garantie reste l’un des principaux obstacles à l’accès au crédit des petites entreprises. Tachkent veut désormais y répondre par un système de contre-garanties. Pour un financement allant jusqu’à environ 730.800 euros, l’entrepreneur ne devra fournir directement qu’un quart de la garantie. La répartition annoncée est précise : l’État prendra en charge 30%, la société de garantie des entreprises 30%, les banques 15%, laissant 25% à la charge du demandeur.
Ce mécanisme vise à mieux prendre en considération la valeur économique réelle d’une société plutôt que la seule quantité de biens physiques qu’elle peut mettre en garantie. L’enjeu est considérable dans une économie où de jeunes entreprises peuvent disposer de commandes, de technologies ou d’un potentiel commercial, sans posséder suffisamment d’immobilier ou d’actifs immédiatement mobilisables auprès d’une banque. La réforme ne supprime donc pas l’analyse du risque bancaire ; elle en redistribue une partie entre l’entrepreneur, les banques et les mécanismes publics.

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Le même raisonnement s’étend aux actifs et aux besoins de trésorerie. Lorsqu’un entrepreneur achètera un actif public, l’acompte exigé doit passer de 30% à 15%. Après paiement de la moitié du prix, le solde pourra être réglé sur sept ans sans intérêts. Les banques possèdent par ailleurs quelque 2.500 biens immobiliers représentant environ 657,7 millions d’euros ; leur vente pourra être organisée à des conditions préférentielles, sans apport initial et avec un paiement échelonné sans intérêts. Pour certaines entreprises équipées de systèmes automatisés de comptage et respectant leurs échéances, l’avance sur le gaz et l’électricité doit également être ramenée de 100% à 15%.
Ces mesures prolongent une évolution déjà visible dans le financement. Au premier semestre 2026, les ressources accordées aux PME ont représenté environ 5,59 milliards d’euros. Mais les autorités veulent désormais mesurer leur efficacité non seulement par le volume de prêts distribués, mais par la capacité des entreprises à grandir. L’administration présidentielle a ainsi étudié 5.000 sociétés et constaté que 40% n’avaient pas investi dans leur croissance au cours de l’année précédente, tandis que 29% n’avaient pas prévu de le faire. Le nouveau système entend précisément créer des incitations pour sortir de cette stagnation.
Ouzbékistan : trois ans de répit sur les contrôles des petites entreprises
Le second pilier de la réforme concerne la pression administrative. En Ouzbékistan, les petites entreprises doivent bénéficier d’un moratoire de trois ans sur les contrôles qui ne sont pas liés à la santé des personnes ou aux intérêts d’autres entrepreneurs. La décision fait suite à une analyse portant là encore sur 5.000 entrepreneurs : plus de la moitié avaient fait l’objet de deux à trois contrôles fiscaux en un an et 21% de quatre contrôles, sans compter les inspections répétées des services chargés notamment de la sécurité incendie, de la construction, des normes sanitaires, de la quarantaine ou de l’énergie.
Cette inflexion s’inscrit dans un discours plus large sur la sortie de l’économie informelle. La charge fiscale serait passée de 13,4% à 12% au cours des trois dernières années, tandis que la part de l’économie souterraine serait tombée de 50% à 26% en une décennie. « La sortie de l’économie de l’ombre ne doit pas se faire par les contrôles, mais par le conseil et par la formation des entrepreneurs à une bonne gestion de leur activité », a déclaré le président.
Les moyennes et grandes sociétés ne seront pas couvertes par le même moratoire. Elles pourront toutefois réaliser volontairement un audit préventif. Si les irrégularités identifiées sont corrigées, le fisc devra reconnaître les résultats de cet audit et ne pas appliquer d’amende pour la période concernée. Une nouvelle inspection au cours de l’année nécessitera en outre l’autorisation du Business Ombudsman. Le gouvernement prévoit parallèlement de réduire en moyenne de moitié le montant des différentes amendes applicables aux entreprises.
À partir de 2027, d’autres protections doivent compléter ce dispositif. Dans les litiges opposant une entreprise à l’État, une « présomption en faveur de l’entrepreneur » sera introduite : tant que la responsabilité n’aura pas été établie par un tribunal, les sanctions et autres mesures de coercition ne devront pas être appliquées. Une première infraction sans atteinte à la vie, à la santé ou aux biens d’autrui donnera également lieu à un avertissement et à un délai de dix jours pour corriger le manquement. Enfin, la moitié des services administratifs liés aux entreprises doivent adopter le principe selon lequel l’absence de réponse dans le délai imparti vaut acceptation. Plus de 30 licences et autorisations doivent disparaître, tandis que les délais de délivrance de 35 autres seront réduits.
Export et IA : un soutien qui dépasse le crédit
Le programme annoncé à Khiva ne s’arrête pas au financement. Pour 10.000 entreprises, l’État veut prendre en charge 50% du coût d’introduction de solutions d’intelligence artificielle. La première phase disposera d’environ 86,4 millions d’euros. Les sociétés développant de nouveaux produits pourront également utiliser gratuitement les capacités d’un supercalculateur. L’exécutif affirme s’appuyer sur une étude selon laquelle 54% des entrepreneurs ayant adopté ces méthodes ont enregistré une forte progression de la demande, 25% une baisse sensible de leurs coûts et 40% une augmentation des salaires de plus de 10% grâce à la hausse des revenus.
Pour les entreprises ayant déjà atteint une taille importante, l’objectif devient l’accès au capital. Chaque année, 50 sociétés réalisant un revenu annuel supérieur à l’équivalent d’environ 73,1 millions d’euros seront sélectionnées pour un programme d’accélération vers une introduction en Bourse. La moitié de certaines dépenses de préparation, notamment celles nécessaires à l’adaptation des comptes aux normes internationales, doit être prise en charge. Les autorités estiment que ces opérations pourraient faciliter la levée d’au moins 863,8 millions d’euros par an de capitaux étrangers pour les entreprises privées.
L’autre chantier est l’exportation. Une étude présentée lors du dialogue montre que 40% des exportateurs éprouvent des difficultés à trouver des clients étrangers, 36% à adapter leurs produits aux normes et certifications internationales, 37% à accéder à des instruments financiers appropriés et 33% à acquérir les compétences nécessaires en matière de marchés, de marketing et de marque. Le futur « Navigateur de l’export » doit répondre à ces blocages. Cent catégories de produits considérées comme prometteuses seront sélectionnées et les processus de production de 2.000 entreprises devront être adaptés aux demandes des marchés étrangers.
L’État prévoit au moins 863,8 millions d’euros pour ce dispositif d’appui à l’export. Les aides pourront couvrir la moitié de certaines dépenses liées aux marketplaces, jusqu’à 80% des coûts de conseil pour les appels d’offres internationaux et une partie des frais engagés pour travailler avec des spécialistes étrangers de la marque. Selon Spot, une subvention pouvant atteindre environ 43.200 euros sera également disponible pour promouvoir une marque nationale à l’étranger et l’adapter aux exigences internationales. « Dans ces conditions, on ne peut pas laisser un entrepreneur qui entre sur un marché étranger seul face aux difficultés », a déclaré Shavkat Mirziyoyev.
Cette politique accompagne des objectifs macroéconomiques élevés. Pour 2026, Tachkent veut porter le PIB à l’équivalent de 155,5 milliards d’euros et les exportations à plus de 34,6 milliards d’euros. Les régions recevront parallèlement des orientations différenciées : industrie à chaîne de valeur complète dans la vallée de Ferghana, tourisme et industries créatives à Samarcande, Boukhara et au Khorezm, activités exportatrices à Tachkent, technologies numériques et intelligence artificielle au Karakalpakstan. L’objectif est de faire de la nouvelle politique de soutien non seulement un outil de création d’entreprises, mais un instrument destiné à accélérer leur passage vers la production, l’exportation, l’innovation et les marchés de capitaux.
