Ouzbékistan : l’autorisation de résidence entre dans l’ère du tout-numérique
Ouzbékistan : l'autorisation de résidence entre dans l'ère du tout-numérique

En Ouzbékistan, la traditionnelle « registratsiya », ce système d’autorisation de séjour hérité de l’époque soviétique, connaît une profonde transformation. Désormais modernisée par des outils numériques, la procédure vise à simplifier les démarches des habitants tout en renforçant le suivi administratif des étrangers.

Ouzbékistan : de la « propiska » au registre numérique du domicile et de la résidence

Dans les pays issus de l’Union soviétique, le mot russe « registratsiya » désigne une autorisation donnée à la personne par l’État de résider ou séjourner à telle ou telle adresse. La demande est déposée auprès de la police par le propriétaire au nom de son locataire. L’Ouzbékistan a progressivement réformé ce système, longtemps considéré comme une contrainte administrative importante pour les citoyens : depuis la mi-octobre 2025, tout citoyen ouzbek a par exemple le droit de séjourner ou élire résidence à Tachkent, la capitale, contre seulement 12 catégories de citoyens auparavant.

Désormais, c’est la procédure elle-même : qui change : le gouvernement ouzbek a approuvé en mai 2026 un nouveau règlement permettant de transférer une grande partie des démarches liées à l’enregistrement vers des plateformes numériques. La réforme prévoit notamment l’utilisation de systèmes d’identification comme Face-ID ou Mobile-ID afin de vérifier à distance l’identité du propriétaire du logement et celle de la personne demandant son enregistrement.

Cette évolution modifie profondément la relation entre administration et citoyens. Jusqu’à présent, certaines démarches exigeaient des déplacements physiques et la présence de plusieurs personnes auprès des services compétents. Avec le nouveau système, la validation électronique doit permettre de réduire les délais et de limiter les formalités papier.
Le portail gouvernemental de services publics EPIGU, accessible via my.gov.uz, devient ainsi un élément central de cette transformation numérique. Les citoyens peuvent effectuer leurs demandes en ligne lorsque les conditions nécessaires sont réunies, tandis que les procédures nécessitant un contrôle supplémentaire restent accessibles auprès des centres de services publics.

Ouzbékistan : de nouvelles règles pour les étrangers

La réforme ne concerne toutefois pas uniquement les citoyens ouzbeks. Elle s’inscrit dans une réorganisation plus large de la gestion des mobilités, alors que le pays accueille un nombre croissant de visiteurs étrangers. Le vice-ministre de l’Intérieur Diyorbek Sattorov a indiqué que le nombre de touristes étrangers avait progressé de 27% au cours des cinq premiers mois de 2026, atteignant 5,5 millions de personnes.

Cette hausse du tourisme et de la mobilité internationale pousse les autorités à renforcer les mécanismes de suivi des personnes présentes sur le territoire. Le gouvernement rappelle notamment que les établissements accueillant des étrangers ont l’obligation de procéder à leur enregistrement dans les systèmes prévus à cet effet.

Le ministère de l’Intérieur a constaté que certains hôtels, bases touristiques, pensions, campings, auberges ou établissements médicaux n’utilisaient pas systématiquement le système E-mehmon pour déclarer les étrangers hébergés. Certaines structures accueilleraient même des personnes sans documents d’identité vérifiés.

Pour répondre à cette situation, la Chambre législative du Parlement ouzbek a approuvé en première lecture, le 22 juillet 2026, un projet de loi renforçant les sanctions administratives contre les responsables d’établissements qui ne respectent pas les règles d’enregistrement des étrangers.

Ouzbékistan : la résidence devient un service numérique, le contrôle administratif se renforce

Le projet de loi prévoit notamment de modifier l’article 225 du Code des infractions administratives afin d’introduire une responsabilité spécifique pour certaines catégories de responsables travaillant dans les hôtels, les auberges, les sanatoriums, les établissements de santé ou les autres structures d’hébergement. Les sanctions seraient également aggravées en cas de récidive dans un délai d’un an. Les autorités souhaitent par ailleurs confier au ministère de l’Intérieur la compétence pour examiner directement ces dossiers.

Au-delà de l’aspect répressif, cette réforme illustre une évolution plus profonde de la politique migratoire ouzbèke. Le ministère estime que l’absence d’enregistrement de certains étrangers complique leur localisation effective sur le territoire, mais favorise également l’évasion fiscale de certains établissements et le développement de l’économie informelle. Les nouvelles dispositions cherchent donc autant à améliorer la qualité des données administratives qu’à renforcer le respect des obligations fiscales.

Cette volonté de modernisation s’appuie sur des outils numériques déjà déployés depuis plusieurs mois. La loi entrée en vigueur en octobre 2025 a instauré le système « E-xabar berish », destiné à enregistrer et suivre les ressortissants étrangers et les apatrides résidant en Ouzbékistan. Ce dispositif complète « E-mehmon », utilisé par les structures d’hébergement pour déclarer leurs clients étrangers, et s’inscrit dans une stratégie plus large de numérisation des services publics.

La réforme de la « registratsiya » répond également aux besoins des citoyens ouzbeks. Le nouveau règlement rappelle qu’une personne ne peut disposer que d’un seul lieu de résidence permanent et qu’elle doit déclarer tout changement d’adresse dans un délai de dix jours ouvrables. Les enfants mineurs continuent d’être enregistrés au domicile de leurs parents ou représentants légaux, sans qu’il soit nécessaire d’obtenir l’accord du propriétaire du logement.

En supprimant progressivement l’obligation de comparution physique grâce à l’authentification électronique, l’Ouzbékistan cherche à alléger une procédure qui demeure emblématique de l’administration des États issus de l’ex-URSS. L’objectif est double : simplifier les démarches des habitants grâce à la numérisation tout en conservant un outil permettant aux pouvoirs publics de connaître le lieu de résidence ou de séjour des personnes présentes sur le territoire. Cette évolution illustre la manière dont l’Ouzbékistan tente d’adapter un héritage administratif soviétique aux exigences d’un État numérique, où la rapidité des services et la fiabilité des données deviennent des priorités.

Illustration www.magnific.com.

Par Païsiy Ukhanov
Le 07/30/2026

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