À l’occasion de l’inauguration du nouveau siège du ministère de la Justice à Douchanbé, Emomali Rahmon, le président du Tadjikistan, a salué les investissements réalisés pour moderniser l’institution. Le Leader de la Nation a toutefois dressé un constat sévère sur le fonctionnement des organes de justice, appelant à accélérer les réformes, la numérisation et la lutte contre la corruption.
Un nouveau ministère de la Justice pour accompagner la modernisation à Douchanbé
Le ministère de la Justice du Tadjikistan s’est doté d’un nouveau siège le 14 juillet 2026. La cérémonie d’inauguration à Douchanbé, présidée par Emomali Rahmon en présence de Rustam Emomali, son fils et maire de Douchabé, intervient à quelques semaines des célébrations du 35e anniversaire de l’indépendance du pays. Au-delà de l’ouverture de ce complexe administratif moderne, le chef de l’État a profité de l’événement pour dresser un bilan détaillé du fonctionnement des organes de justice et fixer de nouvelles priorités à l’ensemble de l’administration.
Si le président a rappelé les progrès accomplis depuis l’indépendance en matière de modernisation institutionnelle, il a également dénoncé plusieurs dysfonctionnements persistants. Corruption, lenteur administrative, qualité insuffisante de certains services publics et retard dans la numérisation figurent parmi les principaux griefs formulés devant les responsables du secteur.
Le nouveau complexe du ministère de la Justice, construit dans le district d’Ismoïli Somoni à Douchanbé, rassemble désormais les principaux services de l’administration judiciaire ainsi que plusieurs établissements placés sous la tutelle du ministère. Réalisé conformément aux orientations fixées par Emomali Rahmon, le projet vise à offrir un environnement de travail mieux adapté aux besoins d’une administration en pleine transformation.

© Service de presse du Président du Tadjikistan
Le bâtiment comprend deux ailes principales accueillant les bureaux de la direction, les différentes divisions administratives, un centre d’accueil des citoyens, une bibliothèque, des salles informatiques, un centre de visioconférence, une imprimerie, des archives, des espaces techniques, une cantine ainsi qu’une salle de sport destinée au personnel. Les infrastructures ont été pensées pour répondre aux exigences des services publics modernes tout en favorisant la transition numérique engagée par les autorités.
L’ensemble dispose notamment d’une salle de conférence de 500 places, d’un second auditorium pouvant accueillir 140 personnes ainsi que de sept salles de réunion de quarante places chacune. Les autorités soulignent que l’équipement informatique et les technologies numériques installés dans le bâtiment doivent permettre d’améliorer la qualité des prestations offertes aux citoyens tout en facilitant le travail quotidien des agents.
Selon la présidence tadjike, cette inauguration symbolise l’attention accordée par le gouvernement au développement des institutions publiques. Le nouveau siège doit également accompagner les réformes engagées depuis plusieurs années afin de moderniser l’organisation administrative, développer les services numériques et renforcer l’efficacité de l’action publique.
Le ministère de la Justice, pilier de l’État de droit selon Emomali Rahmon
À l’issue de l’inauguration, Emomali Rahmon s’est entretenu avec les responsables et les employés des organes de justice venus de l’ensemble du pays. Dans son intervention, le président a rappelé que les services du ministère de la Justice jouent un rôle essentiel dans la protection des droits fondamentaux, l’application des lois et le maintien de la stabilité institutionnelle.
Le chef de l’État a insisté sur le fait que les organes de justice interviennent dans de nombreux domaines stratégiques : élaboration et expertise juridique des textes réglementaires, fonctionnement du notariat, enregistrement des actes d’état civil, assistance juridique à la population, expertise judiciaire ou encore administration pénitentiaire. À mesure que la société évolue et que les relations économiques et sociales se complexifient, leur responsabilité ne cesse de croître.

© Service de presse du Président du Tadjikistan
Emomali Rahmon a également replacé cette évolution dans une perspective historique. Il a rappelé que les traditions juridiques du peuple tadjik trouvent leurs racines dans une longue histoire de l’État et a évoqué la figure de Cyrus le Grand comme symbole de justice, de tolérance et de respect des droits de l’homme. Le président a également estimé que l’adoption par l’UNESCO d’une résolution consacrée au « Manifeste de Cyrus le Grand », à l’initiative du Tadjikistan, constituait selon lui une reconnaissance internationale de cet héritage historique.
Depuis l’indépendance, les autorités affirment avoir engagé une réforme juridique de grande ampleur afin de renforcer les institutions publiques. D’après les chiffres communiqués par la présidence, 33 centres de justice modernes ont été construits dans différentes villes et districts du pays, tandis que cinq autres bâtiments administratifs ont fait l’objet d’une rénovation complète.
En parallèle, le gouvernement poursuit le développement de l’administration électronique, la création de bases de données juridiques centralisées ainsi que la numérisation progressive des services publics. Les responsables mettent également en avant les efforts consacrés à la modernisation du notariat et des services d’état civil afin d’améliorer la transparence administrative et de faciliter les démarches des citoyens.
Le président a toutefois rappelé que ces investissements matériels ne produiront pleinement leurs effets qu’à condition d’élever le niveau de compétence des personnels. Il a ainsi demandé au ministère de renforcer la formation continue, d’améliorer la qualité des projets de textes réglementaires et de développer les compétences en droit international ainsi que la maîtrise de deux langues étrangères chez les agents.

© Service de presse du Président du Tadjikistan
Des critiques sévères sur la corruption et le fonctionnement du ministère de la Justice
Au-delà des annonces liées aux nouvelles infrastructures, c’est le diagnostic dressé par Emomali Rahmon qui a marqué cette journée. Le président a reconnu que les réformes engagées depuis plusieurs années n’ont pas permis d’éliminer un certain nombre de dysfonctionnements qui continuent d’affecter les organes de justice. Selon lui, ces insuffisances fragilisent la confiance des citoyens envers les institutions et ralentissent les efforts de modernisation de l’administration.
Le chef de l’État a notamment insisté sur la nécessité de renforcer le professionnalisme des agents et d’améliorer la qualité des projets de textes normatifs soumis au gouvernement. Il a également demandé au ministère de faire de la diffusion de la culture juridique auprès de la population une priorité, notamment grâce à des rencontres organisées dans les régions afin d’aider les citoyens à mieux connaître leurs droits et à résoudre les litiges auxquels ils peuvent être confrontés.
Les chiffres présentés à cette occasion illustrent l’ampleur des difficultés rencontrées. 129 infractions liées à la corruption ont été recensées au sein des organes de justice au cours des dix dernières années. Depuis 2016, 121 procédures pénales ont été ouvertes contre des responsables du ministère de la Justice et de ses structures rattachées. Elles concernent notamment 15 affaires impliquant des notaires publics, 30 visant les services de l’état civil et 76 concernant le système d’exécution des peines.
Le président a également évoqué les nombreuses réclamations adressées à l’administration présidentielle. Entre 2016 et 2025, près de 1.200 recours liés au fonctionnement des organes de justice ont été enregistrés, dont 314 plaintes visaient directement le comportement ou les décisions de leurs agents. Parmi les difficultés relevées figurent des retards dans le traitement des dossiers, des attitudes inappropriées envers les usagers, des lenteurs administratives ainsi que des formalités jugées inutilement complexes.
Ces pratiques, selon Emomali Rahmon, alimentent le mécontentement de la population et créent un environnement propice aux abus. C’est pourquoi il a demandé aux responsables du ministère de la Justice d’améliorer la qualité des services rendus aux citoyens et de renforcer le respect de l’éthique professionnelle dans l’ensemble des structures administratives.

© Service de presse du Président du Tadjikistan
Numérisation, administration pénitentiaire et État de droit au cœur des priorités
La transformation numérique constitue l’un des principaux axes de réforme mis en avant par le président tadjik. D’après les chiffres communiqués durant la réunion, le ministère de la Justice propose 72 types de démarches administratives, mais seules neuf sont actuellement accessibles via le portail gouvernemental en ligne. Pour Emomali Rahmon, ce décalage ralentit les démarches administratives, favorise les files d’attente et multiplie les demandes de documents, autant de situations susceptibles d’alimenter les pratiques de corruption. Le chef de l’État a ainsi demandé d’accélérer la numérisation des services notariaux et des bureaux d’état civil, tout en simplifiant les procédures administratives afin de réduire les contraintes imposées aux citoyens. Cette orientation s’inscrit dans la stratégie plus large de développement de l’administration électronique engagée depuis plusieurs années par les autorités tadjikes.
Les critiques présidentielles se sont également étendues au Centre républicain d’expertise judiciaire et criminelle. Selon les constats présentés lors de la réunion, cette institution manque encore d’équipements modernes et de spécialistes dans plusieurs disciplines. Cette situation se traduirait par des expertises parfois incomplètes, susceptibles d’allonger les enquêtes et de compliquer le travail des autorités judiciaires.
L’administration pénitentiaire figure elle aussi parmi les secteurs appelés à évoluer. Emomali Rahmon a demandé une révision approfondie des mécanismes de contrôle interne, des procédures de recrutement, de l’organisation du travail opérationnel ainsi que du suivi psychologique des personnels et des détenus. Il a également exigé un renforcement des mesures destinées à empêcher l’introduction d’objets interdits dans les établissements pénitentiaires.
Le président a par ailleurs insisté sur la mise en œuvre de la loi d’amnistie adoptée à l’occasion du 35ᵉ anniversaire de l’indépendance. Cette mesure, destinée à permettre à certaines personnes condamnées de retrouver leur famille, devra être appliquée « correctement et de manière impartiale », sans laisser place à des pratiques de corruption, a-t-il demandé aux responsables de l’administration pénitentiaire.
Au cours de son intervention, Emomali Rahmon a également rappelé l’importance du principe de l’État de droit. « Nous devons toujours nous rappeler que la primauté du droit constitue le fondement de la stabilité de l’État, la garantie de la justice sociale et la condition essentielle d’une vie paisible et prospère pour le peuple », a déclaré le président.
Enfin, les résultats financiers du secteur témoignent de la montée en puissance des activités administratives du ministère. Les recettes issues des droits perçus, des prestations payantes et des autres contributions sont passées de 45 millions de somonis en 2015 à 311 millions de somonis en 2025, soit une progression de près de sept fois en dix ans. Convertis au taux de change actuel, ces montants représentent environ 3,6 millions d’euros en 2015 et 24,8 millions d’euros en 2025.
En clôturant la réunion, Emomali Rahmon a demandé aux responsables du ministère de la Justice de poursuivre les réformes engagées afin de construire un État de droit moderne, d’améliorer les services publics numériques et de servir la population avec davantage de professionnalisme, de responsabilité et de transparence.
