Électricité : le Kirghizistan numérise son réseau pour sortir de la pénurie
Électricité : le Kirghizistan numérise son réseau pour sortir de la pénurie

Le Kirghizistan engage une transformation numérique de son réseau électrique avec le projet ASKUÉE, financé par la Corée à hauteur de 10,5 millions de dollars. Face à une pénurie chronique d’électricité, le pays mise sur des compteurs intelligents et un centre de données pour optimiser la gestion de 1,635 million d’abonnés et réduire les pertes en ligne.

Électricité : le Kirghizistan face à une crise structurelle de l’approvisionnement

Face à une pénurie d’électricité chronique qui paralyse ses infrastructures, le Kirghizistan engage une transformation numérique de grande ampleur. Le projet ASKUÉE, financé par l’agence coréenne de coopération internationale (KOICA) à hauteur de 10,5 millions de dollars, vise à moderniser la gestion de l’énergie pour 1,635 million d’abonnés. Au-delà des investissements massifs dans les réserves de charbon, c’est toute l’architecture technique du réseau électrique qui bascule vers l’automatisation et la transparence des données.

Le réseau électrique kirghize dessert aujourd’hui 1,635 million d’abonnés, dont 1,5 million de particuliers et 120.600 clients non résidentiels. Selon les données du ministère de l’Énergie, le nombre de raccordements augmente régulièrement, accentuant la pression sur des infrastructures vieillissantes. Les pertes en ligne, dues à des compteurs obsolètes et à l’absence de centralisation des données, grèvent la rentabilité du système. En parallèle, le gouvernement prépare des réserves stratégiques de 3,408 millions de tonnes de charbon pour l’hiver 2026-2027, dont 1,52 million de tonnes destinées à la centrale thermique de Bichkek. Mais stocker du combustible ne suffit plus : le pays doit optimiser chaque kilowattheure produit ou importé.

ASKUÉE : une infrastructure numérique pour 1,5 million de compteurs

Le système centralisé automatisé de comptage électrique (ASKUÉE) constitue le pilier technique de la stratégie énergétique kirghize. Lancé en 2023 avec l’appui de KOICA, ce projet déploie un centre de données capable de gérer jusqu’à 1,5 million de compteurs intelligents. Dans un premier temps, 10.618 compteurs intelligents ont été fournis par la Corée et installés sur le réseau. Le ministère de l’Énergie précise que « l’objectif principal réside dans l’assurance d’un comptage précis de la consommation d’électricité, la gestion centralisée des données, l’amélioration de la transparence des calculs et la réduction des pertes dans les réseaux électriques ». L’architecture repose sur une collecte en temps réel des informations de consommation, transmises au centre de données via des protocoles sécurisés. Les opérateurs peuvent ainsi identifier les anomalies, détecter les fraudes et ajuster la production en fonction de la demande réelle.

Les pertes techniques et commerciales représentent un gouffre financier pour le secteur énergétique kirghize. L’absence de comptage automatisé favorise les raccordements illégaux, les erreurs de facturation et les fuites d’électricité non détectées. Avec ASKUÉE, chaque point de consommation devient traçable. Les relevés manuels, sources d’erreurs et de retards, disparaissent au profit d’une télémétrie instantanée. Les factures reflètent désormais la consommation exacte, éliminant les estimations approximatives. Pour les ménages, la transparence accrue facilite la maîtrise de leurs dépenses énergétiques. Pour l’opérateur, la centralisation des données permet d’anticiper les pics de demande et d’optimiser la répartition des charges sur le réseau. La volatilité des prix des combustibles rend cette optimisation encore plus cruciale.

Compteurs intelligents et centre de données

Le financement de 10,5 millions de dollars par KOICA couvre l’acquisition des équipements, la formation des techniciens et le déploiement du centre de données. Le partenariat avec la Corée du Sud, pays reconnu pour son expertise en infrastructures électriques intelligentes, garantit un transfert de compétences vers les équipes locales. Le calendrier prévoit une montée en charge progressive : après la phase pilote achevée en 2024 avec les 10.618 premiers compteurs, le déploiement s’accélère pour couvrir l’ensemble du territoire d’ici 2028. Les zones urbaines denses, où les pertes commerciales atteignent des sommets, bénéficient d’une priorité. Les régions rurales suivront, avec des adaptations techniques pour pallier les contraintes géographiques du relief montagneux kirghize.

La capacité théorique du centre de données (1,5 million de compteurs) correspond presque exactement au nombre actuel d’abonnés particuliers. Mais la croissance démographique et économique pourrait rapidement saturer l’infrastructure. Une extension sera nécessaire à moyen terme. Par ailleurs, la fiabilité du système dépend de la connectivité réseau : dans les zones montagneuses isolées, la transmission des données pose des défis techniques. Le projet ASKUÉE n’élimine pas non plus la dépendance aux importations d’électricité. Les deux fermes de minage légales consomment 218,6 millions de kWh d’électricité importée en 2024, principalement russe, sans peser sur les ressources nationales. Mais le ministre de l’Énergie, Altynbek Rysbekov, multiplie les négociations avec la Biélorussie, la Chine et l’Ouzbékistan pour diversifier les approvisionnements en carburants et en électricité. L’intégration de sources renouvelables pourrait compléter le dispositif à long terme.

Le Kirghizistan prouve qu’une crise énergétique peut catalyser l’innovation technologique. ASKUÉE transforme un système de comptage archaïque en infrastructure digitale capable de piloter finement la consommation et de réduire le gaspillage. Reste à savoir si cette modernisation suffira à compenser la croissance de la demande et les incertitudes géopolitiques qui pèsent sur les importations énergétiques. La réponse se dessinera dans les prochains hivers, lorsque les réserves de charbon et les compteurs intelligents seront mis à l’épreuve simultanément.

Par Rodion Zolkin
Le 07/13/2026

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