Voltalia lance un projet agrovoltaïque de 500 kW en Ouzbékistan : un défi d’ingénierie
Voltalia Ouzbékistan

Le 19 juin 2026, la société française Voltalia a lancé la construction d’une centrale agrovoltaïque de 500 kW dans le district de Tachkent, en Ouzbékistan. Ce projet pilote combine production électrique solaire et activité agricole sur une même parcelle, un modèle technologique encore rare en Asie centrale qui pose des défis d’ingénierie majeurs en termes d’ombrage, de dimensionnement et d’intégration réseau.

L’agrovoltaïque, une technologie hybride encore peu déployée en Asie centrale

Avec son projet agrovoltaïque de 500 kW lancé le 19 juin 2026 dans le district de Tachkent, Voltalia expérimente un modèle technologique peu courant en Asie centrale : la coexistence opérationnelle de panneaux solaires et de cultures agricoles sur une même parcelle. Un défi d’ingénierie complexe qui demande de résoudre des antagonismes physiques majeurs entre ombrage photovoltaïque et besoins lumineux des plantes. La cérémonie officielle a réuni Robert Klein, directeur général exécutif principal de Voltalia, ainsi que des représentants des ministères de l’Énergie et de l’Agriculture, signe de la double dimension énergétique et agricole du projet.

L’agrovoltaïsme consiste à installer des panneaux photovoltaïques surélevés au-dessus de parcelles cultivées, permettant ainsi une production simultanée d’électricité et de denrées agricoles. Le principe repose sur un compromis spatial : les modules solaires captent le rayonnement solaire tout en laissant passer suffisamment de lumière pour les cultures situées en dessous. En Ouzbékistan, où l’agriculture représente un pilier économique majeur et où les terres arables demeurent une ressource stratégique, l’agrovoltaïque offre une réponse à la compétition foncière entre énergies renouvelables et production alimentaire.

500 kW, une puissance modeste mais stratégique pour le district de Tachkent

Contrairement aux centrales solaires au sol traditionnelles qui monopolisent l’espace, l’installation agrovoltaïque de Voltalia maintient une activité agricole sous les panneaux. La hauteur des structures porteuses, généralement comprise entre 2,5 et 5 mètres, autorise le passage d’engins agricoles et préserve l’accès aux parcelles. L’espacement entre les rangées de modules doit être calculé précisément pour optimiser le compromis entre production électrique et rendement agricole. Le Centre National des Connaissances et Innovations en Agriculture ainsi que l’Institut de Recherche des Cultures Maraîchères, Cucurbitacées et Cultures de Pommes de Terre participent au projet, témoignant de l’importance accordée à la dimension agronomique.

Avec une puissance installée de 500 kW, le projet se positionne comme une installation pilote plutôt qu’une centrale de production massive. À titre de comparaison, Voltalia a lancé en mars 2024 une centrale photovoltaïque de 100 MW dans le district de Touprakkalinski, région de Khorezm, soit 200 fois plus puissante. Pourtant, l’échelle réduite présente des avantages : facilité d’intégration au réseau local, gestion simplifiée des flux électriques, et surtout capacité à tester les paramètres techniques avant un éventuel déploiement à plus grande échelle. Les 500 kW devraient alimenter plusieurs centaines de foyers du district de Tachkent, tout en servant de vitrine technologique pour d’autres régions ouzbekistanaises.

Architecture technique du projet : panneaux, onduleurs et intégration réseau

L’infrastructure d’une centrale agrovoltaïque diffère sensiblement d’une installation conventionnelle. Les structures de support doivent résister aux contraintes mécaniques spécifiques : vents forts typiques des plaines d’Asie centrale, charges de neige en hiver, et vibrations induites par les activités agricoles. Les panneaux photovoltaïques, probablement de technologie monocristalline pour maximiser le rendement surfacique, seront orientés selon un azimut optimisé pour le climat continental de la région de Tachkent, caractérisé par un fort ensoleillement estival (jusqu’à 2.800 heures annuelles) mais des températures hivernales pouvant descendre sous les -20°C.

Pour une puissance de 500 kW crête, l’installation nécessite environ 1.250 à 1.500 panneaux solaires de 330 à 400 Wc chacun, occupant une surface brute d’environ 4.000 à 5.000 m². Toutefois, en configuration agrovoltaïque, l’emprise au sol réelle peut atteindre 1 à 1,5 hectare en raison de l’espacement requis entre les rangées. Les onduleurs centraux ou string, dimensionnés pour convertir le courant continu produit par les panneaux en courant alternatif compatible avec le réseau, devront intégrer des protections spécifiques contre les surtensions et les variations de charge liées à la connexion au réseau ouzbekistanais. La tension de raccordement, probablement en moyenne tension (20 kV), impose un poste de transformation dédié.

L’intégration d’une source intermittente comme le solaire photovoltaïque pose des défis techniques au réseau électrique local, historiquement conçu pour des centrales thermiques à flamme ou hydroélectriques. Le projet devra respecter les normes de stabilité fréquentielle (50 Hz) et de qualité de l’électricité injectée. Le contrat de 25 ans signé en mars 2025 par Voltalia pour la vente d’électricité garantit un cadre réglementaire stable, mais impose également des obligations de performance : taux de disponibilité minimal, pénalités en cas de défaillance, et respect des courbes de production prévisionnelles. L’absence de système de stockage par batteries limite la capacité à lisser la production, rendant la centrale dépendante des conditions d’ensoleillement instantanées.

Performance énergétique et rendement agricole : les défis du double usage

L’équation agrovoltaïque repose sur un équilibre délicat : maximiser la production électrique sans compromettre les rendements agricoles. Des études européennes montrent que l’ombrage partiel induit par les panneaux peut réduire le rendement de certaines cultures de 10 à 30%, mais améliore parfois les performances de cultures tolérantes à l’ombre ou sensibles au stress hydrique. En climat continental sec comme celui de Tachkent, la réduction de l’évapotranspiration sous les panneaux constitue un avantage agronomique non négligeable, diminuant les besoins en irrigation.

Le taux d’ombrage, défini comme le pourcentage de surface au sol couverte par les panneaux à un instant donné, varie entre 30 et 50% selon l’heure et la saison. Pour minimiser l’impact, plusieurs stratégies existent : orientation est-ouest des rangées pour répartir l’ombre uniformément sur la journée, utilisation de panneaux bifaciaux captant la lumière réfléchie par le sol, ou encore sélection de cultures adaptées (légumes-feuilles, cultures fourragères). Le choix des espèces cultivées sous les panneaux de Voltalia n’a pas été précisé, mais la participation de l’Institut de Recherche des Cultures Maraîchères suggère une orientation vers les cultures potagères, traditionnellement importantes dans la région de Tachkent.

Le profil de production d’une centrale photovoltaïque en Ouzbékistan présente une forte saisonnalité : pic de production en juin-juillet (jusqu’à 150 kWh/kWc/mois) et creux hivernal en décembre-janvier (environ 50 kWh/kWc/mois). Paradoxalement, la période de forte production électrique coïncide avec les besoins d’irrigation maximaux des cultures d’été, créant une synergie potentielle si l’électricité produite alimente des systèmes de pompage. À l’inverse, la faible production hivernale correspond à une période de jachère ou de cultures d’hiver moins exigeantes. Le facteur de charge annuel, rapport entre l’énergie réellement produite et la production théorique maximale, devrait avoisiner 18 à 20 % pour une installation fixe dans la région de Tachkent.

Contrat PPA de 25 ans : implications techniques et financières pour la stabilité du réseau

Le Power Purchase Agreement (PPA) signé en mars 2025 par Voltalia structure la relation commerciale entre le producteur et l’acheteur d’électricité, probablement la compagnie nationale Uzbekenergo. Sur 25 ans, le contrat garantit un prix d’achat fixe ou indexé, sécurisant ainsi la rentabilité du projet. Techniquement, l’engagement à long terme impose à Voltalia de maintenir un niveau de performance élevé : maintenance préventive régulière des panneaux (nettoyage, inspection), remplacement des onduleurs (durée de vie typique : 10 à 15 ans), et surveillance continue de la production via des systèmes SCADA. Les pénalités contractuelles en cas de sous-production incitent à dimensionner généreusement les équipements et à prévoir des marges de sécurité.

Du point de vue du réseau électrique ouzbek, l’intégration de capacités renouvelables intermittentes comme celle de Voltalia nécessite des ajustements opérationnels. En l’absence de capacités de stockage significatives à l’échelle nationale, la gestion de l’équilibre offre-demande repose sur la flexibilité des centrales thermiques conventionnelles, capables de moduler rapidement leur production. Le développement d’un cluster hybride, mentionné dans le contrat de mars 2025, suggère que Voltalia pourrait coupler à terme production solaire et stockage par batteries, ou production éolienne, pour lisser les variations et offrir une production plus prévisible. La réplication du modèle agrovoltaïque dans d’autres régions ouzbekistanaises, évoquée lors de la cérémonie du 19 juin, dépendra largement des résultats techniques et économiques de ce projet pilote de 500 kW.

Par Païsiy Ukhanov
Le 06/24/2026

Newsletter

Pour rester informé des actualités de l’Asie centrale