Turkménistan : l’Organisation internationale du travail exige l’abolition du travail forcé dans la récolte de coton
Turkménistan : l’Organisation internationale du travail exige l'abolition du travail forcé dans la récolte de coton

Réuni à Genève le 10 juin 2026, le Comité de l’application des normes de l’Organisation internationale du travail (OIT) a demandé au Turkménistan de mettre fin aux mécanismes de mobilisation forcée dans la récolte du coton et de supprimer les quotas de production qui alimentent, selon l’organisation, un système de travail contraint toujours présent malgré plusieurs années de coopération technique.

Récolte de coton : l’OIT demande au Turkménistan d’abolir son système de quotas

Le 10 juin 2026, la Commission de l’application des normes de l’Organisation internationale du travail (OIT) a consacré une séance entière au respect par le Turkménistan de la Convention n°105 sur l’abolition du travail forcé. Ratifié par Achgabat en 1997, ce texte interdit notamment toute mobilisation obligatoire de travailleurs à des fins de développement économique.

Cette nouvelle évaluation intervient quelques jours après la publication du rapport de l’OIT sur les conditions de recrutement et de travail observées pendant la récolte du coton de 2025. Les conclusions du document ont alimenté les inquiétudes des partenaires sociaux et de plusieurs gouvernements, qui considèrent que le système cotonnier turkmène demeure marqué par des mécanismes de contrainte profondément enracinés.

Le principal grief formulé contre les autorités turkmènes concerne le maintien d’un système de quotas de production et de récolte considéré comme l’une des causes structurelles du travail forcé. L’OIT appelle désormais explicitement le gouvernement à abandonner ce modèle.

Plusieurs délégations ont confirmé que des employés du secteur public continuent d’être mobilisés pendant les campagnes de récolte. Enseignants, personnels hospitaliers ou agents d’entreprises publiques seraient encore sollicités pour participer à la cueillette du coton ou, à défaut, contraints de financer l’embauche de remplaçants.

Cette pratique demeure au centre des préoccupations de l’organisation internationale. Les représentants des travailleurs ont ainsi rappelé que « les travailleurs ne doivent pas être forcés de récolter le coton. Ils ne doivent pas être forcés de payer d’autres personnes pour récolter le coton à leur place. Et ils ne doivent pas être punis pour avoir refusé le travail forcé », selon la traduction française de leur déclaration devant la commission.

L’Union européenne a adopté une position similaire. Dans son intervention officielle, elle a demandé au gouvernement turkmène de publier sans délai un décret présidentiel interdisant explicitement toute mobilisation forcée pour la récolte du coton et d’en garantir l’application à tous les niveaux de l’administration.

Récolte de coton : des conditions de travail toujours préoccupantes

Au-delà de la question de la mobilisation forcée, les observateurs de l’OIT ont également relevé des difficultés persistantes concernant les conditions de travail dans les champs.
Les témoignages recueillis pendant la campagne 2025 évoquent des températures extrêmes, parfois proches de 40 degrés, un accès insuffisant à l’eau potable, des équipements de protection limités ainsi que des infrastructures sanitaires jugées inadéquates. Plusieurs intervenants ont également dénoncé des rémunérations insuffisantes et l’absence fréquente de contrats écrits.

La situation des femmes a particulièrement retenu l’attention des experts. Selon les données citées lors des débats, plus de 90% des cueilleurs de coton interrogés dans le cadre du suivi réalisé par l’OIT en 2025 étaient des femmes. Cette surreprésentation s’explique notamment par leur poids dans les secteurs publics de l’éducation, de la santé ou des services municipaux, qui figurent parmi les principaux viviers de travailleurs mobilisés.

Les inquiétudes portent également sur le travail des enfants. Alors même que le gouvernement a renforcé les interdictions légales en 2024 puis en 2025, plusieurs observateurs ont signalé une présence accrue de mineurs dans les zones de récolte. D’après les données présentées à Genève, la part des visites de terrain au cours desquelles des enfants ont été observés est passée de 23% en 2024 à 38% en 2025.

Pour plusieurs organisations syndicales, cette évolution démontre que les réformes législatives ne produisent pas encore les effets attendus sur le terrain.

Le Turkménistan met en avant ses réformes et sa coopération avec l’Organisation internationale du travail

Face aux critiques, les autorités turkmènes ont défendu les progrès réalisés ces dernières années. Elles soulignent notamment l’adoption d’amendements au Code du travail destinés à renforcer la lutte contre le travail forcé et le travail des enfants.

Le gouvernement affirme également avoir renforcé les mécanismes de contrôle. Selon les chiffres communiqués lors de la réunion, l’inspection du travail a réalisé 3.867 contrôles en 2025, identifié 2.352 infractions et prononcé 3.040 sanctions administratives.

Les représentants officiels mettent aussi en avant le développement progressif du secteur privé agricole. Selon eux, les exploitations privées disposent désormais d’un parc de mécanisation croissant, comprenant plus de 3 000 équipements agricoles modernes, ce qui réduirait progressivement le recours au travail manuel dans les champs.

Les organisations patronales turkmènes soutiennent pour leur part que les travailleurs saisonniers sont recrutés sur une base contractuelle volontaire et bénéficient de transports, d’équipements de protection ainsi que d’hébergements temporaires lorsque cela est nécessaire.

Toutefois, ces arguments n’ont pas convaincu la majorité des participants aux débats, qui estiment que les changements observés restent insuffisants au regard des conclusions répétées de l’OIT.

L’avenir du coton turkmène sous surveillance internationale

La question dépasse désormais largement les frontières du Turkménistan. Plusieurs pays ont rappelé que les produits issus du coton récolté dans des conditions de travail forcé pourraient être exclus des marchés internationaux.

Les États-Unis ont notamment rappelé avoir interdit dès 2018 l’importation de coton turkmène. De son côté, l’Union européenne a souligné que son règlement sur le travail forcé entrera pleinement en vigueur en décembre 2027. Ce dispositif interdira la commercialisation sur le marché européen de produits fabriqués grâce au travail forcé.

Dans le même temps, l’OIT et l’Union européenne ont lancé le 13 mai 2026 un nouveau programme de coopération doté de 2 millions d’euros. Prévu jusqu’en 2027, ce projet vise à renforcer le cadre juridique du pays, améliorer les capacités institutionnelles et prévenir le recours au travail forcé ainsi qu’au travail des enfants dans la filière coton.

« Ce projet vise à garantir que le travail effectué lors de la récolte du coton soit réalisé volontairement et dans des conditions équitables et sûres », a expliqué Miranda Fajerman, spécialiste du travail forcé à l’OIT, lors du lancement du programme.

Pour l’heure, la Commission de l’application des normes considère que les engagements, feuilles de route et programmes d’assistance ne pourront être jugés qu’à l’aune des résultats concrets observés lors des prochaines récoltes. L’enjeu est majeur pour un pays dont le coton demeure l’une des principales productions agricoles et une source importante de revenus à l’exportation.

Par Rodion Zolkin
Le 06/20/2026

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