Turkménistan : le durcissement du contrôle numérique s’accompagne d’une répression accrue
Turkménistan : le durcissement du contrôle numérique s’accompagne d’une répression accrue

Un rapport de plusieurs organisations de défense des droits humains alerte sur un durcissement de la surveillance numérique au Turkménistan. Saisies de terminaux Starlink, restrictions accrues de l’accès à Internet, contrôle des réseaux sociaux et pressions contre les opposants, y compris à l’étranger : les auteurs dénoncent une nouvelle étape dans le verrouillage de l’information et de l’espace civique du pays.

Au Turkménistan, des propriétaires de terminaux Starlink placés en détention

Les autorités turkmènes ont intensifié leurs efforts pour empêcher l’accès à des sources d’information non contrôlées par l’État, peut-on lire dans un rapport conjoint de l’International Partnership for Human Rights (IPHR) et de la Turkmen Initiative for Human Rights (TIHR), réalisé dans le cadre du programme CIVICUS Monitor. En avril 2026, des opérations ont été menées dans des logements privés et des bureaux à travers le pays afin de saisir des terminaux Starlink, le service d’Internet par satellite développé par la société américaine SpaceX. Certains utilisateurs ont même été placés en détention après avoir été soupçonnés d’avoir installé ces équipements.

Cette campagne s’inscrit dans un contexte où de nombreux habitants cherchent à contourner la censure imposée par les autorités. Malgré les promesses officielles de modernisation numérique, les responsables turkmènes continuent de limiter sévèrement l’accès aux contenus internationaux et aux plateformes indépendantes, déplorent les auteurs du rapport. Les organisations de défense des droits humains estiment que les équipements satellitaires représentent pour une partie de la population l’un des rares moyens d’accéder à un Internet moins filtré.

Le document relève également que les autorités poursuivent leurs efforts pour encadrer les comportements en ligne des plus jeunes. À Turkmenabat, des établissements scolaires auraient distribué en mars 2026 des engagements écrits obligeant les élèves à ne pas publier sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, des photographies prises dans des lieux publics. Les parents étaient chargés de veiller au respect de ces consignes. Selon les auteurs du rapport, cette mesure reflète davantage une volonté de contrôler l’image du pays et les contenus diffusés sur Internet qu’un objectif de protection de l’enfance.

Le Turkménistan renforce la surveillance de l’Internet

Les organisations IPHR et TIHR attirent également l’attention sur l’évolution des infrastructures de télécommunications. En mai 2026, les autorités auraient commencé à remplacer certaines anciennes connexions ADSL par des réseaux Ethernet dans la ville de Turkmenabat. Officiellement, cette opération vise à améliorer la qualité des services numériques.

Toutefois, les défenseurs des droits humains redoutent qu’elle ne facilite également une surveillance plus centralisée du trafic Internet et un renforcement des capacités de censure.
Les auteurs du rapport rappellent que le pays demeure l’un des plus fermés au monde en matière de liberté d’expression. Dans son classement mondial 2026 de la liberté de la presse, l’organisation Reporters sans frontières a placé le Turkménistan à la 173e position sur 180 pays, avec un score de 23,06 sur 100. Selon l’organisation, les médias nationaux restent étroitement contrôlés par l’État et servent essentiellement de relais à la communication gouvernementale.

Les auteurs font également valoir que les citoyens qui tentent d’utiliser des réseaux privés virtuels afin de contourner les blocages s’exposent à des sanctions. Les restrictions sur l’accès aux informations internationales figurent parmi les critiques récurrentes adressées au gouvernement turkmène par les organisations internationales.

Turkménistan : les voix critiques du régime visées même en dehors des frontières nationales

Les auteurs du rapport ne se limitent pas aux questions numériques. Ils décrit également ce que les organisations qualifient de répression transnationale. Plusieurs cas de militants et de blogueurs critiques vivant à l’étranger sont cités.

L’exemple le plus préoccupant concerne les blogueurs Alisher Sakhatov et Abdulla Orusov. Détenus en Turquie puis menacés d’expulsion vers le Turkménistan, ils avaient obtenu en juillet 2025 une suspension de leur procédure d’éloignement par la Cour constitutionnelle turque. Peu après, ils ont disparu. À ce jour, leur sort demeure inconnu. Selon les informations recueillies par les organisations de défense des droits humains, ils pourraient avoir été renvoyés de force au Turkménistan. Une enquête menée en Turquie n’a pas permis d’obtenir les images de vidéosurveillance du centre de rétention où ils étaient détenus avant leur disparition.

Une autre affaire concerne Maral Annayeva. Cette femme, qui avait critiqué publiquement les autorités turkmènes lors d’émissions diffusées en ligne depuis l’étranger, aurait été arrêtée aux Émirats arabes unis en avril 2026 sur la base d’une notice d’Interpol avant d’être renvoyée au Turkménistan avec ses deux enfants. Les organisations de défense des droits humains considèrent cette affaire comme un exemple inquiétant de l’utilisation des mécanismes de coopération internationale contre des personnes jugées dérangeantes par les autorités.

Turkménistan : un climat de peur dénoncé par les ONG

Le rapport revient également sur la situation de la journaliste et défenseure des droits humains Soltan Achilova, collaboratrice de la TIHR. Empêchée depuis plusieurs années de quitter le pays, elle affirme avoir été victime de plusieurs tentatives d’empoisonnement présumées. Dans une vidéo diffusée en mars 2026, elle a évoqué deux nouveaux incidents survenus à l’automne 2025. Les organisations internationales considèrent son cas comme emblématique des pressions exercées contre les voix indépendantes au Turkménistan.

Au-delà des cas individuels, les auteurs du rapport estiment que le pays continue de fonctionner dans un environnement extrêmement fermé pour la société civile. Les associations indépendantes disposent de très peu d’espace pour agir et les manifestations publiques demeurent largement contrôlées par l’État. Des mobilisations forcées de citoyens, y compris d’étudiants et d’enfants, lors d’événements officiels ont également été documentées au cours de la période étudiée.

L’ensemble de ces éléments conduit CIVICUS Monitor à maintenir le Turkménistan dans la catégorie des pays dont l’espace civique est considéré comme « fermé ». Pour les organisations de défense des droits humains, le durcissement du contrôle numérique et les mesures prises contre les critiques du pouvoir témoignent d’une volonté persistante des autorités de verrouiller l’accès à l’information et de réduire au minimum les possibilités d’expression indépendante.

Par Païsiy Ukhanov
Le 06/16/2026

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