En Ouzbékistan, un décret interdit désormais d’entamer un chantier en l’absence d’un permis de construire
En Ouzbékistan, un décret interdit désormais d'entamer un chantier en l'absence d'un permis de construire

L’Ouzbékistan interdit désormais tout chantier sans obtention d’un permis de construire au préalable. Cette réforme majeure, effective depuis juillet 2026, s’accompagne d’une numérsation massive des procédures administratives et promet de diviser par deux les délais d’obtention des autorisations.

L’Ouzbékistan impose le permis de construire pour tous les chantiers

Révolution dans le secteur du bâtiment ouzbek : depuis le 1er juillet 2024, aucun chantier ne peut démarrer sans un permis de construire validé au préalable. Cette obligation, instaurée par un décret présidentiel du 4 juin 2026, bouleverse des décennies de pratiques et marque l’entrée du pays dans une nouvelle ère de réglementaire. La mesure s’accompagne d’une digitalisation massive des procédures administratives et d’un encadrement renforcé du secteur de la construction.

Cette transformation met fin au « projectage parallèle », pratique ancestrale permettant d’engager simultanément la conception et la construction d’un édifice. Désormais, chaque projet doit respecter une chronologie rigoureuse, des études préparatoires jusqu’à la livraison finale. La réforme concerne l’intégralité du secteur, des maisons individuelles aux complexes industriels les plus imposants.

La fin du projectage parallèle transforme la filière construction

L’abandon du système de projectage parallèle représente l’une des mutations les plus profondes de cette réforme. Jusqu’alors, les entreprises pouvaient creuser les fondations avant même d’avoir bouclé l’ensemble des études techniques. Cette souplesse apparente cachait de nombreux écueils : modifications tardives coûteuses, retards de livraison et surcoûts imprévus.

Pour adoucir cette transition, Tachkent expérimente un « projectage par étapes » sur certains projets privés. Cette approche autorise le démarrage des travaux après validation successive de chaque phase du projet. Toutefois, cette souplesse reste limitée aux constructions financées par des capitaux privés ou des investissements étrangers directs, à l’exclusion formelle des immeubles d’habitation collective.

Les projets sur fonds publics subissent un régime encore plus strict. Le projectage séquentiel ne sera admis qu’avec l’aval du président ou du gouvernement, témoignant du contrôle renforcé sur l’usage des deniers publics dans le secteur. Cette approche rappelle les réformes engagées dans d’autres secteurs stratégiques, notamment la construction des nouveaux EPR où la planification rigoureuse prime sur la vitesse d’exécution.

Intelligence artificielle et numérisation accélèrent les procédures

L’ambition ouzbèke dépasse largement la simple réorganisation bureaucratique. Le gouvernement promet de diviser par deux les délais et les coûts d’obtention des permis de construire grâce à une numérisation poussée intégrant l’intelligence artificielle. Cette promesse audacieuse s’appuie sur des technologies de pointe pour fluidifier les processus de validation.

Dès le 1er septembre 2026, une plateforme numérique unique délivrera les exigences architecturales et urbanistiques dans l’ensemble du territoire. Les localités dotées de plans généraux numérisés bénéficieront de documents générés automatiquement, supprimant les délais d’instruction traditionnels. Cette automatisation représente un bond technologique considérable pour l’administration ouzbèke.

L’innovation s’étend aux raccordements aux réseaux selon le principe « une demande, un paiement, tous les points de raccordement ». D’ici fin 2024 à Tachkent, puis fin 2025 dans les autres régions, toutes les données relatives aux capacités disponibles seront centralisées sur la plateforme gouvernementale. Cette intégration rappelle les défis d’infrastructure rencontrés dans d’autres secteurs industriels stratégiques, comme l’enrichissement d’uranium aux États-Unis où la coordination technique s’avère cruciale.

Patrimoine ancien sous surveillance renforcée

Le nouveau cadre réglementaire impose des restrictions drastiques sur la rénovation du patrimoine immobilier. Tous les immeubles collectifs de plus de 50 ans voient désormais leurs possibilités de réaménagement limitées aux seules opérations de consolidation structurelle. Cette mesure vise à préserver l’intégrité du bâti historique tout en évitant les risques liés à des modifications hasardeuses.

Un système de notation par points responsabilise également les entreprises du secteur. Les constructeurs qui négligent leurs obligations de garantie subissent une dégradation de leur classement professionnel, impactant directement leur capacité à décrocher de nouveaux marchés. Cette approche incitative complète l’arsenal réglementaire de contrôle de la qualité.

Vidéosurveillance obligatoire pour les grands projets

À compter de septembre 2026, l’installation de systèmes de vidéosurveillance devient obligatoire sur les chantiers les plus sensibles. Cette exigence concerne les immeubles collectifs, les infrastructures sociales, touristiques, commerciales et industrielles, ainsi que tous les projets publics dépassant 3 milliards de soms ouzbeks (environ 240.000 euros).
Pour accompagner cette modernisation, le gouvernement supprime les droits de douane sur l’importation d’équipements de construction non fabriqués localement jusqu’au 1er juillet 2029. Cette exemption s’étend au matériel de laboratoire et d’inspection, facilitant la montée en gamme technologique du secteur.

Formation internationale et expertise étrangère

L’Ouzbékistan mise sur le renforcement des compétences pour soutenir sa transformation. Des programmes éducatifs conjoints avec l’Université de Vienne en Autriche et l’Université Sapienza en Italie sont en préparation. Ces partenariats visent à former une nouvelle génération de professionnels du bâtiment et de l’architecture, capable de répondre aux exigences de modernisation du pays.

Un Centre républicain des réformes économiques et de la tarification dans le domaine de l’urbanisme, rattaché au ministère de la Construction, coordonnera ces transformations. Cette structure piloteront la digitalisation du système de tarification, la surveillance du marché des matériaux de construction et la gestion du classificateur national des ressources du bâtiment.

Ces réformes d’envergure positionnent l’Ouzbékistan en précurseur de la modernisation administrative en Asie centrale. L’exigence systématique d’un permis de construire et la fin programmée des chantiers « sauvages » témoignent d’une volonté ferme d’atteindre les standards internationaux en matière de sécurité et de qualité de construction.
Cette transformation s’inscrit dans la stratégie plus large du président Shavkat Mirziyoyev de moderniser l’économie ouzbèke et d’attirer les investissements étrangers. En sécurisant le cadre juridique et en simplifiant les procédures, Tachkent mise sur la stimulation du secteur de la construction, traditionnellement moteur de croissance dans les économies en développement.

Illustration www.magnific.com.

Par Rodion Zolkin
Le 06/07/2026

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