L’Agence anti-corruption d’Ouzbékistan remet en question la pratique de récompenser financièrement les agents refusant les pots-de-vin. Cette révision conceptuelle considère que l’intégrité constitue une obligation professionnelle fondamentale plutôt qu’un mérite extraordinaire justifiant une rémunération supplémentaire.
L’Ouzbékistan repense sa stratégie de lutte contre les pots-de-vin au sein de la police
Dans une démarche qui bouscule les certitudes établies en matière de lutte anticorruption, l’Agence anti-corruption d’Ouzbékistan vient de remettre en cause une pratique jusqu’alors encouragée : la récompense financière des agents des forces de l’ordre qui refusent les pots-de-vin. Cette position, révélée dans une réponse officielle obtenue par le média ouzbek Gazeta.uz, marque un tournant conceptuel de première importance dans l’approche économique de la probité publique.
L’agence considère désormais que le financement de telles récompenses relève de l’aberration juridique. « Le respect de la loi et le refus des pots-de-vin ne constituent pas un héroïsme, mais l’obligation directe de chaque fonctionnaire », a déclaré l’institution dans son commentaire officiel. Cette prise de position interroge en profondeur les mécanismes incitatifs mis en place pour combattre la corruption — et, au-delà, la conception même du devoir public.
Un cas concret révélateur des dérives du système
L’affaire à l’origine de cette réflexion implique un agent de la police routière de la région de Navoï. Ce dernier avait perçu une prime de 12,3 millions de soums ouzbeks — soit légèrement plus de 1.000 dollars américains — pour avoir décliné un pot-de-vin d’un montant équivalent, offert par le père d’un conducteur en état d’ébriété. L’ironie de la situation n’a pas échappé aux observateurs : récompenser financièrement le refus d’un enrichissement illicite revient, en somme, à édifier un système parallèle de rémunération de l’honnêteté.
Cette pratique soulève des questions économiques de fond sur l’allocation des ressources budgétaires. Transformer l’intégrité professionnelle en performance monnayable génère des coûts supplémentaires pour l’État, tout en pervertissant la notion même de devoir fonctionnel. L’honnêteté cesse d’être une exigence pour devenir une exception digne de prime — ce glissement sémantique, à lui seul, traduit la profondeur du malaise.
Une réforme législative déjà en cours d’élaboration
L’Agence anti-corruption ne se borne pas à critiquer la pratique existante : elle prépare activement un projet de résolution gouvernementale destiné à introduire des restrictions supplémentaires. L’objectif affiché est de prévenir les abus et les applications hétérogènes du droit dans ce domaine particulièrement sensible.
Les modifications envisagées portent spécifiquement sur le point 6 du règlement relatif à la procédure de récompense des personnes signalant des infractions de corruption ou contribuant à la lutte anticorruption. La réforme stipulerait explicitement que les agents des forces de l’ordre ne sauraient être récompensés pour l’accomplissement de leurs fonctions ordinaires de service. Ce qui relève du quotidien professionnel ne peut, par définition, mériter une rémunération exceptionnelle.
Un contrôle centralisé pour maîtriser les dépenses publiques
Pour garantir une gestion rigoureuse de ces processus, l’agence a mis en place un contrôle centralisé via une plateforme électronique dédiée. Cette digitalisation vise à prévenir les gaspillages budgétaires injustifiés, répondant ainsi aux préoccupations légitimes concernant l’utilisation des deniers publics. Chaque somme allouée doit désormais démontrer son utilité réelle dans la lutte contre la corruption systémique — et non simplement sanctionner un comportement attendu.
