Lors du forum interrégional de Xi’an, la mairie de Tachkent a signé des accords d’investissement et d’exportation avec des entreprises chinoises pour 3,5 milliards de dollars. Ces partenariats couvrent les transports, l’habitat et l’industrie avec un financement privé innovant.
La Ville de Tachkent signe pour 3,5 milliards de dollars avec des entreprises chinoises
Tachkent, la capitale de l’Ouzbékistan, vient de conclure des accords d’investissement et d’exportation avec des entreprises chinoises pour un montant total dépassant les 3,5 milliards de dollars. Cette annonce fait suite au troisième forum interrégional ouzbéko-chinois organisé dans la ville chinoise de Xi’an. Un événement qui a cristallisé des ambitions communes longtemps mûries, et dont l’écho résonne bien au-delà des frontières de l’Asie centrale.
Ces accords inédits dessinent les contours d’une transformation urbaine d’envergure, touchant aussi bien les infrastructures de transport que le secteur résidentiel. Avec 3,35 milliards de dollars fléchés vers des projets d’investissement et 156 millions supplémentaires affectés à des contrats d’exportation, cette collaboration sino-ouzbèke illustre avec éclat les nouvelles dynamiques qui reconfigurent l’économie centrasiatique.
L’originalité de ces projets tient d’abord à leur architecture financière. Les autorités de Tachkent ont délibérément écarté toute sollicitation du budget public en optant pour le modèle EPC+F — Engineering, Procurement, Construction plus Financing —, une formule qui permet de conjuguer maîtrise d’œuvre intégrée et financement privé. Les remboursements, échelonnés dans la durée, seront assurés par les recettes générées par les projets eux-mêmes, sans peser sur les finances de l’État. Une mécanique vertueuse qui témoigne de la maturité croissante des partenariats public-privé dans la région, où les collectivités locales apprennent à mobiliser des capitaux étrangers sans hypothéquer leur souveraineté budgétaire.
Rénovation urbaine et habitat : 500 millions pour une ville repensée
Le volet transport concentre à lui seul la part la plus substantielle des engagements, avec deux milliards de dollars répartis en deux enveloppes distinctes. Le premier milliard sera consacré au déploiement du système BRT (Bus Rapid Transit), à l’édification de viaducs, si chers à la mairie de Tachkent, et à la modernisation du réseau routier. Le second financera des projets conjoints mêlant infrastructures de transport et équipements sociaux. Le Bus Rapid Transit s’impose aujourd’hui comme une alternative crédible aux métros traditionnels, particulièrement adapté aux métropoles en forte croissance démographique telles que Tachkent, dont la population dépasse déjà les 2,5 millions d’habitants.
Le secteur résidentiel bénéficie quant à lui d’une enveloppe de 500 millions de dollars, destinée à la construction de complexes d’habitation modernes dans le cadre de vastes programmes de rénovation urbaine. Cette initiative s’accompagne d’un projet aussi ambitieux qu’atypique : la création d’« artères commerciales 24h/24 », dotées d’une enveloppe propre de 100 millions de dollars — une formule empruntée aux grandes métropoles asiatiques, qui entend insuffler dans la ville une vie économique continue. Par ailleurs, 400 millions de dollars sont alloués au développement des systèmes de drainage, d’irrigation et d’évacuation des eaux pluviales, témoignant d’une approche globale de l’urbanisme, attentive aux enjeux de résilience climatique.

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Diversification industrielle et zone économique spéciale
Les entreprises chinoises Jwise, Zhongke Honghu, CAS Cloud et UMGG ont de leur côté signé des accords d’investissement de 130 millions de dollars pour développer la zone industrielle spéciale « Yangi Avlod ». Cette collaboration vise à y implanter des technologies avancées et à structurer des filières industrielles à forte valeur ajoutée. Parmi les projets retenus figurent la production de pierre décorative (150 millions de dollars), la fabrication d’équipements intelligents de tri des déchets (50 millions) et la céramique industrielle (150 millions). Autant de secteurs qui positionnent Tachkent comme un hub technologique régional en devenir, capable d’attirer des capitaux dans des niches jusqu’ici peu exploitées.
Exportations : la bijouterie en tête des contrats
Les accords d’exportation, bien que représentant une fraction du volume global, révèlent avec précision les atouts commerciaux de l’Ouzbékistan. Trois contrats de bijouterie totalisent à eux seuls 150 millions de dollars, confirmant la réputation du pays dans ce secteur artisanal et patrimonial. S’y ajoutent l’exportation de fil de coton pour 5 millions de dollars et de concentré d’argent pour un million. Ces engagements s’inscrivent dans une dynamique commerciale sino-ouzbèke en pleine accélération : comme l’a rappelé le vice-Premier ministre ouzbek Jamshid Khodjaev lors du forum, les échanges bilatéraux ont triplé ces dernières années pour atteindre 18 milliards de dollars, tandis que les investissements directs chinois ont quintuplé, culminant à 17 milliards de dollars en 2025.
Emploi, modernité et rayonnement métropolitain
Les retombées attendues de ces investissements excèdent largement le seul registre économique. L’administration municipale anticipe la création de nombreux emplois, une accélération sensible de la modernisation urbaine et une amélioration tangible du cadre de vie pour les habitants de Tachkent. Ces projets visent également à renforcer le potentiel exportateur de la capitale et à généraliser l’adoption de solutions technologiques et environnementales de pointe.
Dans cette vision à long terme, Tachkent ambitionne de s’imposer comme une métropole moderne, capable de rivaliser avec les grandes capitales régionales. L’ampleur des engagements chinois témoigne d’une confiance réelle dans le potentiel de cette ville en pleine mutation. Ces accords marquent ainsi une étape charnière dans les relations sino-ouzbèkes, et confirment le rôle désormais structurant de la Chine dans le façonnement des infrastructures d’Asie centrale — pour Tachkent, une opportunité rare de se réinventer sans grever ses finances publiques.
