La Russie accuse l’Occident de vouloir la chasser d’Asie centrale
La Russie accuse l'Occident de vouloir la chasser d'Asie centrale

Mikhail Galouzine, vice-ministre russe des Affaires étrangères, accuse ouvertement l’Occident de mener une campagne pour évincer la Russie d’Asie centrale. Cette déclaration révèle les inquiétudes croissantes de Moscou face à l’érosion de son influence traditionnelle dans cette région stratégique, notamment au profit de la Chine, qui multiplie les accords bilatéraux.

L’Asie centrale au cœur des rivalités entre Russie et Occident

Dans un entretien au journal russe Izvestia, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Galouzine, a dénoncé ce qui est, selon lui, une stratégie occidentale visant à affaiblir l’influence de Moscou en Asie centrale. Cette prise de parole s’inscrit dans un climat de tensions croissantes autour de cette région stratégique, où se croisent intérêts énergétiques, routes commerciales et enjeux de sécurité.

Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, l’Asie centrale est devenue un espace d’équilibrage diplomatique pour ses cinq États, pris entre la Russie, la Chine et l’Occident. Selon Mikhaïl Galouzine, la stratégie occidentale en Asie centrale dépasse largement le cadre de la coopération économique. « On assiste à une intensification de la propagation d’un ‘syndrome de la menace russe’ artificiel. Nous constatons que le Royaume-Uni et certains États membres de l’UE diffusent systématiquement un discours sur un danger imaginaire qui émanerait prétendument de Moscou », a-t-il déclaré. Cette accusation s’inscrit dans une rhétorique de plus en plus directe, Moscou estimant que ses intérêts stratégiques sont désormais frontalement contestés.

Dans le détail, le diplomate russe décrit une offensive multidimensionnelle. « Aujourd’hui, l’Occident poursuit ses efforts pour remodeler la région selon ses propres intérêts, cherchant à sécuriser l’accès à ses ressources naturelles et à prendre le contrôle de ses corridors de transit », a-t-il affirmé. Cette analyse met en avant deux leviers essentiels : les matières premières et les infrastructures logistiques.

Par ailleurs, les autorités russes considèrent que les initiatives occidentales, souvent présentées comme des programmes de développement ou de diversification économique, dissimulent en réalité une volonté d’isolement de Moscou. L’Asie centrale, historiquement intégrée à la sphère d’influence russe depuis l’époque soviétique, devient ainsi un terrain de compétition directe.

Cette perception est renforcée par l’évolution des politiques occidentales dans la région. En multipliant les accords bilatéraux et les investissements, les États-Unis et l’Union européenne cherchent à renforcer leur présence, ce que Moscou interprète comme une tentative de repositionnement stratégique durable.

Ressources et routes commerciales : un enjeu clé pour l’Asie centrale et la Russie

Au-delà des considérations sécuritaires, les enjeux économiques occupent une place centrale dans cette confrontation. L’Asie centrale dispose en effet de ressources naturelles majeures. Le Kazakhstan, par exemple, est l’un des principaux producteurs mondiaux d’uranium et possède d’importants gisements de terres rares. L’Ouzbékistan se distingue par ses réserves d’or, tandis que le Turkménistan figure parmi les pays les mieux dotés en gaz naturel.

Les corridors de transport jouent également un rôle déterminant. L’Asie centrale constitue un carrefour entre l’Europe et l’Asie, notamment dans le cadre des routes commerciales alternatives à la Russie. Le développement de ces axes logistiques est perçu par Moscou comme une menace directe pour son rôle traditionnel de hub régional.

Ainsi, l’enjeu dépasse la simple influence politique. Il s’agit également de contrôler les flux commerciaux et énergétiques, dans une région où les équilibres économiques sont en pleine mutation.

L’Asie centrale face à une recomposition géopolitique accélérée

Depuis 2022, les États d’Asie centrale ont adopté une stratégie de diversification de leurs partenariats. Cette dynamique s’explique par la volonté de réduire leur dépendance vis-à-vis de la Russie, tout en évitant une alignement exclusif sur une autre puissance.

Dans ce contexte, les initiatives occidentales trouvent un écho favorable. Les investissements, les projets d’infrastructures et les accords commerciaux proposés par l’Union européenne et les États-Unis offrent des alternatives aux pays de la région. Toutefois, cette ouverture reste prudente, les gouvernements cherchant à préserver un équilibre délicat.
Pour Moscou, cette évolution constitue un signal d’alerte. Les autorités russes considèrent l’Asie centrale comme une zone d’influence historique. Dès lors, toute progression occidentale est perçue comme une remise en cause de cet héritage.

Cette tension est également alimentée par la concurrence avec la Chine, autre acteur majeur dans la région. Pékin, via ses projets d’infrastructures et son initiative des nouvelles routes de la soie, renforce sa présence économique. L’Asie centrale devient ainsi un espace de rivalités multiples, où les intérêts russes doivent composer avec ceux de plusieurs puissances.

Moscou multiplie les mises en garde sur l’influence occidentale en Asie centrale

Les déclarations de Mikhaïl Galouzine ne constituent pas un cas isolé. Elles s’inscrivent dans une série de prises de position similaires. Fin avril 2026, le ministre russe de la Défense avait mis en garde l’Occident contre ses tentatives de poser ses pions et diminuer l’influence de Moscou en Asie centrale.

Dans cette perspective, les autorités russes dénoncent une stratégie globale visant à détourner les pays d’Asie centrale de leur partenariat traditionnel avec la Russie. En octobre 2025, Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, avait ainsi affirmé que « l’Occident tente d’utiliser ces liens non pas tant pour une coopération mutuellement bénéfique que pour détacher ces pays de la Fédération de Russie ». Il avait également estimé que « l’OTAN et l’Union européenne établissent leurs propres dialogues et structures d’interaction avec les pays d’Asie centrale et de Transcaucasie », pointant une institutionalisation croissante de la présence occidentale. Face à cette évolution, Moscou affiche une posture résolue. « Nous avons l’intention d’utiliser l’ensemble des moyens à notre disposition, tant diplomatiques, politiques qu’économiques, pour mettre fin à ces tendances », a ajouté Sergueï Lavrov.

Dans ce contexte, les déclarations de Mikhaïl Galouzine apparaissent comme une nouvelle étape dans l’escalade verbale entre Moscou et l’Occident. Elles illustrent surtout l’intensification de la compétition pour le contrôle d’une région clé, au croisement des intérêts énergétiques, commerciaux et géopolitiques.

Par Rodion Zolkin
Le 05/23/2026

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