Le groupe énergétique émirati AMEA Power lance trois projets majeurs en Ouzbékistan pour 1,3 milliard de dollars. Cette offensive comprend une centrale éolienne de 1.000 MW au Karakalpakstan et deux systèmes de stockage d’énergie.
AMEA Power transforme le paysage énergétique ouzbek avec un investissement de 1,3 milliard de dollars
L’entreprise émiratie AMEA Power franchit un nouveau cap dans sa stratégie d’expansion régionale en lançant simultanément trois projets énergétiques d’envergure en Ouzbékistan. Annoncée officiellement le 13 mai 2026 dans le cadre de la Semaine énergétique ouzbèke, cette offensive commerciale matérialise un investissement total de 1,3 milliard de dollars destiné à renforcer durablement l’infrastructure énergétique du pays.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large d’interconnexion énergétique en Asie centrale, région où la sécurité des approvisionnements et la modernisation des réseaux sont devenues des priorités stratégiques aussi bien pour les États que pour les investisseurs privés.
Un triptyque de projets stratégiques pour l’avenir énergétique du pays
Le déploiement orchestré par AMEA Power repose sur trois piliers technologiques complémentaires, chacun répondant à des enjeux spécifiques du système énergétique ouzbek. Cette approche méthodique révèle une compréhension fine des défis infrastructurels auxquels fait face l’Asie centrale.
Le projet phare concerne l’érection d’une centrale éolienne de 1.000 mégawatts dans le district de Kungrad, au Karakalpakstan. Cette installation, dont le coût s’élève à 1,06 milliard de dollars, s’accompagnera de la construction de 40 kilomètres de lignes électriques haute tension. Selon les estimations officielles, cette infrastructure générera annuellement 3,5 milliards de kilowattheures, permettant d’économiser plus d’un milliard de mètres cubes de gaz naturel.
Les systèmes de stockage, clé de voûte de la transition énergétique
Parallèlement à cette centrale éolienne, AMEA Power développe deux systèmes de stockage énergétique dont les spécifications témoignent de l’ambition du programme. Le premier, implanté dans le district de Mirzo-Ulugbek à Tachkent, affichera une puissance de 150 mégawatts pour une capacité de 300 mégawattheures. Son investissement de 86,1 millions de dollars traduit l’importance accordée à la stabilisation du réseau électrique national.
Le second dispositif, prévu dans le district de Gijduvan en région de Boukhara, développera une puissance de 200 mégawatts avec une capacité étendue à 800 mégawattheures. Cet équipement, nécessitant un investissement de 200 millions de dollars, constitue un maillon essentiel dans la chaîne de modernisation énergétique ouzbèke. La centrale éolienne de Karakalpakstan représente à elle seule 1,06 milliard de dollars, tandis que les deux installations de stockage — respectivement 86,1 et 200 millions de dollars — complètent un portefeuille pensé pour couvrir l’ensemble du spectre, de la production à la régulation du réseau.
Une stratégie géopolitique à l’échelle régionale
L’engagement d’AMEA Power en Ouzbékistan s’inscrit dans une logique géopolitique plus vaste. Comme le soulignait récemment le vice-Premier ministre ouzbek Jamshid Khojaev lors d’une réunion de la Banque asiatique de développement à Samarkand, l’Ouzbékistan ambitionne de devenir un « producteur fiable » et un « intégrateur régional des systèmes énergétiques ».
Cette ambition repose sur des fondements quantifiables solides. Le pays, autrefois importateur net d’électricité, exporte désormais vers le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizstan et l’Afghanistan, illustrant une mutation énergétique régionale dont la portée dépasse largement les frontières nationales.
Cette expansion énergétique intervient dans un contexte de pression démographique soutenue. L’Ouzbékistan, fort d’une population jeune et en croissance rapide, a élaboré une stratégie de développement énergétique courant jusqu’en 2035 qui anticipe une consommation atteignant 123 milliards de kilowattheures, impliquant l’ajout de quelque 34 gigawatts de capacité génératrice. Les investissements d’AMEA Power s’inscrivent directement dans la trajectoire de comblement de ce déficit structurel.
Bien plus qu’un simple investissement infrastructurel
L’initiative d’AMEA Power catalyse une dynamique industrielle locale prometteuse. L’Ouzbékistan développe progressivement sa filière de production de composants pour les installations solaires et éoliennes, créant un écosystème industriel intégré qui répond aux impératifs de souveraineté énergétique tout en générant une valeur ajoutée locale substantielle. La modernisation du secteur, incluant la création d’un marché de gros électrique et la mise en place de tarifs RAB devrait transformer l’économie nationale. Cette évolution s’accompagne d’une diversification des sources d’approvisionnement et d’une amélioration sensible de la stabilité énergétique à l’échelle régionale.
Dans cette perspective, les projets d’AMEA Power constituent bien plus qu’un simple investissement infrastructurel. Ils matérialisent une vision stratégique de long terme, ancrée dans les réalités géopolitiques d’une région en pleine recomposition et dans les impératifs d’une transition énergétique qui, en Asie centrale comme ailleurs, ne souffre plus d’être différée.
