Le Kazakhstan et la Turquie ont signé 14 accords majeurs lors du sommet d’Astana, dont une Déclaration sur l’amitié éternelle et des projets d’investissement de plus de 920 millions de dollars. Cette rencontre stratégique consolide un partenariat économique générant plus de 5 milliards de dollars d’échanges annuels.
Le Kazakhstan et la Turquie scellent un partenariat économique renforcé
Le Kazakhstan et la Turquie viennent de franchir une étape décisive dans leur coopération bilatérale. Lors de la sixième réunion du Conseil de coopération stratégique de haut niveau, qui s’est tenue à Astana le 14 mai 2026, les présidents Kassym-Jomart Tokaïev et Recep Tayyip Erdoğan ont signé quatorze accords majeurs, consolidant ainsi un partenariat économique dont les échanges commerciaux annuels dépassent désormais les 5 milliards de dollars.
Cette rencontre diplomatique couronne un rapprochement stratégique patiemment construit depuis plusieurs années entre les deux nations. « Nos peuples partagent des racines historiques communes. Votre visite d’aujourd’hui revêt donc une importance particulière. Le Kazakhstan considère la Turquie comme un partenaire stratégique de premier plan », a déclaré le président Tokaïev lors de la conférence de presse conjointe.
Une déclaration historique sur « l’amitié éternelle »
La pièce maîtresse de ce sommet réside dans l’adoption de la Déclaration « sur l’amitié éternelle et le partenariat stratégique élargi ». Ce document, qualifié d’« historique » par Kassym-Jomart Tokaïev lui-même, ambitionne de hisser la coopération kazakh-turque à un niveau qualitativement inédit. « Ce document constitue essentiellement un symbole unique de l’unité de nos deux peuples et de leur aspiration vers un avenir radieux », a souligné le chef d’État kazakhstanais.
Cette déclaration s’inscrit dans une dynamique soutenue d’intensification des relations bilatérales, dont témoignent des résultats tangibles : les échanges commerciaux entre les deux pays ont progressé de 8,8% sur la dernière période mesurée, portés par des secteurs aussi variés que l’énergie, l’industrie et les services.
Un arsenal d’accords sectoriels ambitieux
Les quatorze accords signés couvrent un spectre remarquablement large de domaines stratégiques. Dans le secteur de la défense, l’accord le plus commenté concerne la création d’une entreprise conjointe pour la production et la maintenance de drones ANKA. Ces appareils sans pilote, conçus par Turkish Aerospace Industries, incarnent une technologie d’avant-garde que le Kazakhstan entend désormais maîtriser sur son propre territoire. Sur ce dossier, la coopération industrielle autour des drones suscite un intérêt croissant dans toute la région.
Le secteur énergétique n’est pas en reste : la signature d’un mémorandum entre KazMunayGaz et Türkiye Petrolleri Anonim Ortaklığı ouvre la voie à des projets pétroliers et gaziers conduits en commun. Cette coopération revêt une dimension stratégique d’autant plus aiguë dans le contexte géopolitique actuel, où la diversification des approvisionnements énergétiques s’impose comme une nécessité vitale pour les États de la région. À ce titre, la contraction des stocks mondiaux de pétrole sous l’effet des tensions au Moyen-Orient renforce encore l’urgence de tels partenariats.
Des investissements massifs générateurs d’emplois
Au-delà des engagements institutionnels, ce sommet se distingue par l’annonce de projets d’investissement concrets totalisant plus de 920 millions de dollars et susceptibles de générer quelque 3.100 emplois directs au Kazakhstan. Parmi les initiatives les plus notables figure la construction d’un complexe minier par Miryıldız dans la région d’Abay, aux côtés de l’ouverture d’une usine de gélatine par İskefe Holding à Almaty, de la création d’une production de compléments alimentaires par Orzax Group dans la région de Turkestan, du développement d’un centre logistique par S Sistem Lojistik à Aktöbe, et enfin de la construction d’une usine de transformation du blé et des pois par Tiryaki Holding à Astana. Ces projets illustrent la profondeur et la diversité d’un tissu industriel bilatéral en pleine expansion.
Transport et logistique : des corridors renforcés
La dimension transport-logistique occupe une place centrale dans cette nouvelle phase de coopération. Kassym-Jomart Tokaïev a particulièrement insisté sur la vocation géographique partagée des deux nations : « Nos pays peuvent être qualifiés de pont reliant solidement l’Orient et l’Occident. Nous devons utiliser au maximum ce patrimoine commun ».
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les transports ferroviaires entre les deux pays ont progressé de 35% en 2025, tandis que le transport routier affichait une croissance de 5%. Cette dynamique s’inscrit dans le renforcement du Corridor du milieu, axe stratégique reliant l’Asie à l’Europe via le territoire kazakhstanais et turc. Dans cette perspective, le projet confié à TAV Airports Holding de transformer l’aéroport international d’Almaty en hub logistique centre-asiatique revêt une importance particulière, susceptible de repositionner le Kazakhstan comme carrefour incontournable du transport aérien régional. L’ouverture de vols directs entre Astana et Almaty vers les stations balnéaires turques par Flyarystan traduit, à sa manière, cette intégration croissante des deux espaces.
Coopération éducative et culturelle : un socle durable
Au-delà des enjeux économiques, ce sommet a ouvert des perspectives notables en matière d’éducation et de culture. L’ouverture prochaine de deux établissements de la fondation Maarif à Astana et à Almaty témoigne de cette volonté de consolider les échanges humains sur le long terme. Parallèlement, l’implantation d’une antenne de l’université turque Gazi à Shymkent, adossée à l’université pédagogique locale, illustre la profondeur de cette ambition académique partagée.
Quelque 14 000 étudiants kazakhstanais poursuivent aujourd’hui leurs études en Turquie, contre 260 étudiants turcs accueillis dans les universités kazakhes. Cette asymétrie des flux révèle autant un déséquilibre à corriger qu’un potentiel considérable de développement. L’inauguration de l’école Khoja Ahmed Yasawi dans la province turque de Gaziantep, construite par le Kazakhstan en signe de solidarité après le séisme de février 2023, offre quant à elle une illustration saisissante de ce que ces liens peuvent produire de plus concret et de plus humain. À ce titre, la réputation internationale du Kazakhstan se joue aussi dans ces gestes de solidarité et d’engagement.
Cette intensification des relations kazakho-turques s’inscrit dans un contexte géopolitique en pleine recomposition, où les partenariats Sud-Sud gagnent une influence croissante. Avec 4.000 entreprises turques implantées au Kazakhstan, des investissements turcs atteignant 6 milliards de dollars et 2,5 milliards d’investissements kazakhstanais en sens inverse, les fondations économiques de l’alliance apparaissent robustes, quoique déséquilibrées.
Des défis demeurent, au premier rang desquels figurent le rééquilibrage des flux commerciaux et l’optimisation des corridors de transit. La signature prochaine d’une feuille de route visant à accroître les échanges de produits agricoles constitue un pas dans cette direction, particulièrement porteur pour les exportations céréalières kazakhstanaises. L’avenir de ce partenariat dépendra également de sa capacité à embrasser les transformations technologiques en cours : les projets de coopération dans l’intelligence artificielle et la numérisation, évoqués en marge du sommet, pourraient ouvrir de nouveaux champs de collaboration, à l’image des plateformes numériques kazaho-turques déjà opérationnelles ou de la participation de Freedom Holding à l’écosystème financier turc.
Ce sommet de mai 2026 marque ainsi une étape significative dans la consolidation d’un axe géostratégique prometteur, mêlant pragmatisme économique et vision politique à long terme. C’est à l’aune des résultats concrets que ces accords produiront que se mesurera la crédibilité de cette ambition partagée.
