L’Ouzbékistan mise 200 millions de dollars sur son centre de recherche et développement technologique
L'Ouzbékistan mise 200 millions de dollars sur son centre de recherche et développement technologique

L’Ouzbékistan lance la construction d’un centre de recherche et développement technologique de 200 millions de dollars à Nurafshan. Ce projet pharaonique vise à employer 300.000 jeunes dans l’IT d’ici 2030 et à faire du pays un hub régional de l’innovation.

L’Ouzbékistan dévoile son ambitieux centre de recherche et développement à Nurafshan

Le président de l’Ouzbékistan, Shavkat Mirziyoyev, vient d’approuver la création d’un centre de recherche et développement d’envergure internationale à Nurafshan, représentant un investissement colossal de 200 millions de dollars. Cette initiative audacieuse s’inscrit dans une stratégie plus large visant à positionner le pays comme un acteur incontournable de l’innovation technologique en Asie centrale.

Cette annonce résonne d’autant plus fort que l’Ouzbékistan nourrit des ambitions considérables : employer 300.000 jeunes dans le secteur informatique d’ici 2030 et porter ses exportations de services IT à 5 milliards de dollars. Des objectifs qui relèvent autant de la nécessité économique que du pari technologique pour un pays en pleine mutation, à l’instar d’autres nations cherchant à moderniser leurs infrastructures stratégiques.

Une infrastructure technologique de pointe pour rivaliser avec les géants

Le futur centre de recherche et développement de Nurafshan déploiera ses installations sur 7,3 hectares, abritant six laboratoires de haute technologie, un centre de calcul équipé de 200 unités GPU dédiées à l’intelligence artificielle, un campus pour startups et un centre de commercialisation. Sa concrétisation, programmée entre 2027 et 2031, témoigne d’une planification à long terme remarquable dans cette région du monde.

Cette infrastructure prendra racine dans un écosystème déjà en gestation. L’Ouzbékistan a d’ores et déjà investi 24 millions de dollars dans un cluster GPU, avec 45 millions supplémentaires programmés d’ici fin 2026. Ces investissements massifs dans le calcul haute performance révèlent une compréhension aiguë des enjeux technologiques contemporains, notamment dans l’univers de l’IA générative et du machine learning.

L’écosystème startup ouzbek en pleine effervescence

Les chiffres témoignent d’une dynamique entrepreneuriale saisissante : le nombre de startups a atteint 950, soit une progression de 37,5% en un an. Cette croissance s’accompagne d’une multiplication des fonds de capital-risque, désormais au nombre de 22, et d’un volume d’investissements culminant à 132 millions de dollars. L’écosystème affiche aujourd’hui une valorisation de 4,3 milliards de dollars, propulsant l’Ouzbékistan sur l’échiquier mondial de l’innovation.

Le gouvernement intensifie son soutien avec un fonds de prix présidentiel porté à 5 millions de dollars pour les startups IT et l’introduction d’un concours spécifiquement dédié à l’IA, doté d’un million de dollars. Ces mesures incitatives s’inscrivent dans une logique de compétition internationale où l’Ouzbékistan entend bien jouer dans la cour des grands.

L'Ouzbékistan mise 200 millions de dollars sur son centre de recherche et développement technologique

© Президент
Республики Узбекистан

Une stratégie de localisation technologique audacieuse

L’une des orientations les plus révélatrices concerne la localisation imposée : au moins 45% des produits logiciels devront être développés sur le territoire national. Les entreprises publiques et les établissements bancaires seront tenus de justifier leurs importations de services IT auprès de l’Agence de coopération industrielle. Cette politique protectionniste, qui pourrait paraître rétrograde, vise en réalité à édifier un écosystème technologique autonome et compétitif.

L’expansion géographique accompagne cette stratégie : de nouveaux IT Parks verront le jour à Samarcande, Namangan, Syrdarya et Boukhara, démultipliant les points d’ancrage régionaux. Cette approche décentralisée rompt avec la concentration habituelle des activités technologiques dans les capitales et révèle une vision territoriale équilibrée du développement numérique.

L’intelligence artificielle au service de l’économie nationale

L’IA ne demeure pas confinée aux laboratoires : plus de 100 projets concrets sont déjà en cours d’implémentation, accompagnés de 200 initiatives pilotes supplémentaires. L’exemple de l’usine d’enrichissement de cuivre n°3 d’Almalyk illustre parfaitement cette approche pragmatique : l’intégration de systèmes d’analyse en temps réel a permis de réduire la consommation énergétique de 10%, les coûts de 15% et d’accroître la productivité de 10%.

Cette application concrète de l’IA s’étendra à plus de 130 bases de données gouvernementales couvrant la santé, l’énergie, les transports, les douanes, la fiscalité et l’agriculture. L’ambition : créer un environnement unifié pour le déploiement de modèles d’intelligence artificielle à l’échelle nationale, une démarche qui rappelle les efforts d’optimisation observés dans d’autres secteurs publics, comme celui de la rationalisation des dépenses de santé.

Les défis énergétiques d’une révolution technologique

Cette ambition technologique soulève néanmoins des interrogations pratiques cruciales. Comme le font remarquer certains observateurs locaux, l’alimentation électrique des clusters GPU pose problème dans un pays où les coupures d’électricité demeurent fréquentes, particulièrement durant les pics de consommation estivaux et hivernaux. Cette contradiction entre les besoins énergétiques considérables de l’infrastructure de calcul et les réalités du réseau électrique national constitue un défi majeur.

Le centre de recherche et développement de Nurafshan devra donc intégrer des solutions énergétiques innovantes, probablement incluant des sources d’énergie renouvelable et des systèmes de stockage avancés. Cette contrainte, loin de constituer un frein, pourrait paradoxalement stimuler l’innovation dans les technologies énergétiques. Les spécifications techniques du projet comprennent six laboratoires de haute technologie, 200 unités GPU dédiées à l’intelligence artificielle, un campus startup intégré et un centre de commercialisation, le tout déployé sur 7,3 hectares.

Cette transformation numérique de l’Ouzbékistan s’inscrit dans une dynamique géopolitique plus large. À l’heure où les puissances technologiques se livrent une bataille acharnée pour la suprématie dans l’IA, les nations émergentes cherchent leur voie. L’approche ouzbèke, savant mélange d’investissements massifs, de protectionnisme technologique et d’ouverture aux partenariats internationaux, pourrait servir de modèle à d’autres pays en développement.

Il reste à déterminer si cette stratégie ambitieuse saura surmonter les défis structurels et transformer effectivement l’Ouzbékistan en hub technologique régional. Le succès dépendra largement de la capacité du pays à former massivement sa jeunesse aux métiers du numérique et à attirer les investissements étrangers dans un environnement géopolitique complexe.

Par Rodion Zolkin
Le 05/02/2026

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