Finances islamiques : une nouvelle ère s’ouvre en Ouzbékistan
finance islamique

L’Ouzbékistan vient d’adopter une loi encadrant le développement des finances islamiques. Cette initiative, qui s’inscrit dans une série de réformes économiques, vise à diversifier les sources de financement tout en répondant à une demande croissante liée aux pratiques de l’islam.

Finances islamiques en Ouzbékistan : une loi majeure pour les banques

Dans un contexte de modernisation accélérée, les autorités ouzbèkes entendent ainsi structurer un secteur encore embryonnaire. L’objectif est double : attirer de nouveaux capitaux internationaux et intégrer une partie de la population jusque-là éloignée du système bancaire classique, notamment pour des raisons religieuses.

L’adoption de cette loi constitue une avancée majeure pour les banques du pays. Elle instaure un cadre juridique précis permettant l’introduction progressive de produits conformes aux principes des finances islamiques. Concrètement, les établissements financiers pourront désormais proposer des services adaptés, soit via des structures entièrement dédiées, soit à travers des « guichets islamiques » intégrées à leurs activités existantes.

Ce dispositif vise à sécuriser les opérations et à garantir leur conformité avec les règles religieuses. À cet effet, un Conseil de la finance islamique sera créé au sein de la Banque centrale. Cet organe aura pour mission de superviser les produits proposés et de veiller au respect des principes fondamentaux de ce système, notamment l’interdiction de l’intérêt et la nécessité de partager les risques.

Par ailleurs, cette réforme implique des ajustements importants du cadre législatif existant. Le Code civil et le Code fiscal ont été modifiés afin d’intégrer les spécificités des contrats islamiques. Des mesures fiscales spécifiques ont également été introduites, comme l’exonération de TVA sur certaines marges, afin de rendre ces produits compétitifs face aux offres conventionnelles.

Des opérations variées au cœur des finances islamiques et de la loi

La loi adoptée en Ouzbékistan ne se limite pas à un principe général : elle encadre une large gamme d’opérations financières spécifiques. Parmi celles-ci figurent la murabaha, un contrat de vente avec marge connue, ainsi que la mudarabah, qui repose sur un partenariat entre un investisseur et un gestionnaire. D’autres instruments sont également autorisés, comme la musharakah, qui correspond à une forme de co-investissement, ou encore la salam, utilisée notamment dans le financement agricole. La wakalah, basée sur un mandat de gestion, et le leasing islamique complètent cet éventail. Ces mécanismes ont en commun de s’appuyer sur des actifs tangibles et de bannir la spéculation excessive.

Cette diversité d’outils doit permettre de répondre à des besoins économiques variés. En pratique, les entreprises pourront financer leurs projets sans recourir à des prêts classiques, tandis que les particuliers auront accès à des produits d’épargne et de crédit conformes à leurs convictions religieuses. Cette approche pourrait élargir significativement la base de clients des banques.

En outre, l’introduction de ces instruments s’accompagne d’un objectif de formalisation de l’économie. Une part importante de la population — environ 20% — n’utilise pas les prêts traditionnels pour des raisons religieuses. En leur proposant des alternatives adaptées, les autorités espèrent intégrer ces flux dans le circuit officiel.

Finances islamiques et Ouzbékistan : un levier d’investissements internationaux

Au-delà de la dimension domestique, cette réforme vise clairement à renforcer l’attractivité du pays auprès des investisseurs étrangers. Les autorités tablent sur un afflux significatif de capitaux en provenance notamment des pays du Golfe et d’Asie du Sud-Est, où les finances islamiques sont déjà bien développées. D’après les estimations du gouvernement ouzbek, les investissements supplémentaires générés par ce nouveau cadre pourraient atteindre environ 1 milliard de dollars entre 2026 et 2030, soit près de 920 millions d’euros. Cette projection reflète l’ambition du gouvernement de positionner l’Ouzbékistan comme un hub régional dans ce domaine.

S’agissant du calendrier, ;es premiers services devraient être lancés dès 2027 dans une banque pilote. À horizon 2030, au moins trois établissements devraient proposer des produits islamiques. À plus long terme, ce nombre pourrait dépasser dix banques.

Cette montée en puissance progressive devrait s’accompagner d’une croissance rapide des actifs. Les estimations évoquent un volume potentiel de 2,4 milliards de dollars d’ici 2033, soit environ 2,2 milliards d’euros. Un chiffre qui illustre le potentiel de ce marché encore largement inexploité en Asie centrale.

Une transformation progressive du système bancaire et de l’islam financier

L’introduction des finances islamiques s’inscrit dans une transformation plus large du système financier ouzbek. Depuis plusieurs années, le pays multiplie les réformes pour moderniser son économie et renforcer sa transparence. L’intégration de ce modèle alternatif s’ajoute à ces efforts et traduit une volonté d’ouverture.

Cependant, cette transition ne sera pas sans défis. La formation des professionnels du secteur, l’adaptation des systèmes informatiques et la sensibilisation du public constituent autant d’enjeux majeurs. Il s’agira également de garantir la crédibilité du dispositif, notamment à travers le rôle du Conseil de la finance islamique.

Enfin, cette évolution pourrait avoir des répercussions régionales. En se positionnant comme pionnier en Asie centrale, l’Ouzbékistan pourrait inciter ses voisins à suivre une trajectoire similaire. À terme, c’est l’ensemble du paysage financier régional qui pourrait être redéfini sous l’influence croissante de l’islam financier.

Illustration www.freepik.com.

Par Païsiy Ukhanov
Le 04/02/2026

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