Le Kazakhstan pourrait bientôt devenir un pionnier régional du carburant d’aviation durable, grâce à un projet industriel inédit porté par une entreprise américaine. À partir de maïs et de pommes de terre, un nouveau carburant destiné aux avions pourrait voir le jour dans le nord du pays. Cette initiative, soutenue au plus haut niveau de l’État, symbolise une nouvelle étape dans la coopération économique entre Astana et Washington, tout en ouvrant des perspectives stratégiques pour les secteurs de l’agriculture et de l’énergie kazakhstanais.
Le carburant vert comme moteur d’un nouveau partenariat économique avec les États-Unis
Le 10 novembre 2025, le Premier ministre kazakhstanais a eu un entretien avec les dirigeants de l’entreprise américaine LanzaJet sur la construction d’une usine de carburant d’aviation durable dans la région de Kostanaï. Ce projet, fondé sur la transformation du maïs et des pommes de terre, place le carburant au cœur d’un partenariat technologique ambitieux entre le Kazakhstan et les États-Unis.
D’emblée, le projet apparaît comme un signal fort de convergence stratégique entre Astana et Washington. En effet, LanzaJet, acteur de référence mondiale du carburant d’aviation durable, s’est associé au groupe national KazMunayGas pour implanter à Rudny la première usine de ce type dans le pays. Ainsi, le carburant devient non seulement un enjeu industriel, mais aussi un levier diplomatique. Par ailleurs, la capacité annuelle annoncée atteint déjà 54.000 tonnes de carburant d’aviation durable. De ce fait, le Kazakhstan s’inscrit d’ores et déjà dans les grandes trajectoires mondiales de décarbonation de l’aviation.
Dans le même temps, cette coopération repose sur une logique économique profondément intégrée. Le bioéthanol nécessaire à la production du carburant sera issu de matières premières locales, en particulier du maïs et des pommes de terre. Ainsi, la chaîne de valeur se construit à l’intérieur du pays, tout en s’appuyant sur une technologie américaine avancée. De plus, l’usine pourra traiter jusqu’à 100.000 tonnes de bioéthanol par an, un chiffre qui illustre l’ampleur industrielle de l’investissement. Dans cette dynamique, le carburant devient aussi un outil de sécurité énergétique, car il limite la dépendance exclusive aux hydrocarbures fossiles tout en renforçant les exportations potentielles.

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Le carburant issu du maïs et des pommes de terre, un atout stratégique pour l’agriculture kazakhstanaise
Au-delà de l’innovation énergétique, le projet redéfinit le rôle de l’agriculture dans l’économie nationale. En effet, l’utilisation du maïs et des pommes de terre comme matières premières du carburant crée un nouveau débouché à forte valeur ajoutée pour les producteurs locaux. Ces cultures serviront de base à la production de bioéthanol, ensuite transformé en carburant d’aviation durable. Dès lors, l’agriculture ne se limite plus à l’alimentation, mais s’intègre pleinement aux chaînes industrielles de l’énergie verte. Par conséquent, ce projet pourrait stabiliser les revenus agricoles, tout en favorisant des investissements dans les infrastructures rurales.
Dans ce contexte, les autorités kazakhstanaises mettent en avant l’effet d’entraînement sur l’économie régionale. Askhat Khasenov, directeur général de KazMunayGas, a déclaré que « ce projet influera positivement sur le développement du marché des biocarburants, l’amélioration des paramètres environnementaux de l’aviation et le potentiel de transit de notre pays ». Ainsi, le carburant ne se limite pas à une innovation technique, mais devient un outil de modernisation économique globale. De surcroît, ce projet s’inscrit dans la stratégie nationale de transition écologique, validée le jour même. Dans cette perspective, le maïs et les pommes de terre se transforment en ressources énergétiques stratégiques.
Un carburant durable au cœur de la transition de l’aviation kazakhstanaise
Sur le plan environnemental, l’enjeu est tout aussi décisif. Le projet kazakhstanais est désormais entré dans la phase d’ingénierie et de conception détaillée, après la validation complète de l’étude de faisabilité technique et économique. Cette étape marque un tournant, car elle confirme que la production industrielle de carburant durable est désormais viable au Kazakhstan. Par ailleurs, LanzaJet estime que la demande nationale de carburant d’aviation durable pourrait atteindre environ 70.000 tonnes par an à l’horizon 2030. Ainsi, la capacité annoncée de 54.000 tonnes positionne déjà l’usine comme un pilier central de cette future demande.
Dans cette dynamique, la dimension internationale du projet reste essentielle. Le directeur général de LanzaJet, Jimmy Samartzis, a estimé que « le Kazakhstan est un marché qui offre un potentiel immense pour l’agriculture, la logistique, le pétrole et le gaz, ainsi que l’aviation ». Il a également insisté sur l’impact du carburant durable en matière de décarbonation du transport aérien et de sécurité énergétique régionale. Dès lors, ce projet dépasse largement le cadre national. Il inscrit le Kazakhstan dans une trajectoire globale de transformation de l’aviation, tout en consolidant un partenariat stratégique avec les États-Unis fondé sur l’innovation, la technologie et la transition écologique.
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