Les relations entre l’Ouzbékistan et les États‑Unis entrent dans une nouvelle ère stratégique : à l’issue de la visite à Washington du président ouzbek Shavkat Mirziyoyev, un vaste pacte d’investissements et de coopération a été annoncé, combinant la fourniture de réacteurs nucléaires modulaires américains, l’exploitation de minerais critiques et une plus grande ouverture économique renforcée entre les deux pays.
Les États-Unis bénéficieront d’un droit de priorité sur gisements ouzbeks
Le 6 novembre 2025, à Washington, le président de I’Ouzbékistan, Shavkat Mirziyoyev, et le président américain Donald Trump ont signé une série d’accords symbolisant un tournant dans la coopération durable entre l’Ouzbékistan et les États-Unis. Au-delà des symboles diplomatiques, ces accords visent à renforcer les liens économiques, sécuritaires et technologiques entre les deux pays.
L’administration américaine a annoncé un accord « pouvant aller jusqu’à 400 millions de dollars » d’investissements pour renforcer avec l’Ouzbékistan les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques et terres rares. En parallèle, les États-Unis bénéficieront d’un droit de priorité sur les projets d’exploitation des gisements critiques sur le territoire ouzbek, ainsi que d’un échange de données géologiques issues de cartes conjointes. Il faut savoir que l’Ouzbékistan a annoncé en 2024 la découverte de nouveaux gisements contenant tungstène, lithium, germanium et 14 sites de terres rares.
Cet accord marque un virage pour l’Ouzbékistan : il s’engage à ouvrir davantage ses sous-sols aux investissements américains, tandis que Washington cherche à diversifier ses fournisseurs en dehors de la Chine ou de la Russie.
Des accords majeurs conclus entre Washington et Tachkent
Autre volet de coopération : le nucléaire. L’Ouzbékistan a exprimé son intention d’acheter des petits réacteurs nucléaires modulaires auprès d’entreprises énergétiques américaines, fait savoir le Département d’État américain. À Tachkent, le directeur de l’agence nucléaire locale UzAtom a cependant précisé que ce « s’engage » ne signifie pas un contrat ferme mais plutôt une étude des technologies américaines, notamment celles des entreprises NuScale Power, Holtec International ou GE Hitachi Nuclear Energy. Ces réacteurs modulaires (SMR) permettraient à l’Ouzbékistan de moderniser son parc énergétique, de diversifier ses partenaires et de renforcer son autonomie énergétique.
D’autres engagements sont apparus lors de cette visite : des importations de composants automobiles américains pour un montant estimé à 5 milliards de dollars sur trois ans, contrats dans l’aviation (22 appareils Boeing 787 pour 8,5 milliards de dollars) et l’agriculture (machines américaines pour jusqu’à 2 milliards de dollars). L’entreprise américaine Air Products entend investir jusqu’à 3 milliards de dollars dans une usine de méthanol en Ouzbékistan.
Par ailleurs, à partir de 2026, les citoyens américains pourront accéder à l’Ouzbékistan selon un régime sans-visa pour 30 jours, mesure visant à favoriser les échanges d’affaires et le tourisme.

© Президент Республики Узбекистан
Ouzbékistan : diversification des partenariats et réduction de dépendances
Grâce à ces accords, l’Ouzbékistan se positionne comme un pivot de la coopération entre le monde occidental et l’Asie centrale. Le pays, riche en minéraux critiques — cuivre, tungstène, terres rares — voit son rôle monté en grade dans les chaînes mondiales de valeur. En effet, l’Ouzbékistan héberge des gisements de terres rares et lance une initiative de 2,6 milliards de dollars pour 76 projets de minéraux critiques. Par ailleurs, l’accord transfert de technologies américaines de donne à Tachkent un accès inédit à des systèmes nucléaires de pointe, ce qui pourrait transformer sa filière énergétique.
Jusqu’à présent, l’Ouzbékistan a collaboré notamment avec la Russie et la Chine dans le secteur nucléaire et minier. L’accord avec les États-Unis marque une diversification bienvenue. Par exemple, l’agence UzAtom confirme qu’il s’agit d’un « étape préparatoire » à l’évaluation de technologies américaines. Sur les minéraux, une ouverture à l’Occident permet de réduire la dépendance vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement dominées par la Chine.
Un tournant dans la diplomatie américaine en Asie centrale
La rencontre s’inscrit dans le cadre du format C5+1 (Etats-Unis + 5 États d’Asie centrale), qui fête son 10ᵉ anniversaire. L’administration américaine met désormais l’accent sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minéraux stratégiques et le contournement des influences russe et chinoise. L’Ouzbékistan et le Kazakhstan sont identifiés comme les partenaires centraux de cette nouvelle posture.
