Le Tadjikistan enregistre une diminution importante de la pauvreté multidimensionnelle, à contre-courant d’une tendance mondiale préoccupante. Selon les dernières données du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le pays a réduit à la fois la proportion et le nombre d’habitants confrontés à de graves privations. Une amélioration notable, même si les difficultés économiques et les inégalités d’accès aux services essentiels restent des enjeux majeurs.
Une méthode d’évaluation de la pauvreté basée sur dix indicateurs
Le rapport mondial sur l’indice de pauvreté multidimensionnelle 2026, publié le 12 octobre par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’Initiative d’Oxford sur la pauvreté et le développement humain, confirme une évolution favorable au Tadjikistan. Entre 2017 et 2023, le pays a enregistré un recul statistiquement significatif de la précarité. Dans le détail, la proportion d’habitants concernés est passée de 7,4% en 2017 à 3,8% en 2023. Leur nombre a diminué de 673.000 à 396.000 personnes sur cette période. La tendance s’inscrit dans un mouvement plus ancien : en 2012, 12,2% de la population, soit environ 977.000 personnes, vivaient dans cette situation.
La particularité de cet indicateur réside dans sa méthode. Contrairement aux mesures traditionnelles fondées essentiellement sur les revenus, la pauvreté multidimensionnelle examine les difficultés concrètes rencontrées quotidiennement par les ménages. Elle repose sur dix indicateurs répartis entre la santé, l’éducation et les conditions de vie.
L’alimentation, la mortalité infantile, la scolarisation, l’électricité, l’approvisionnement en eau potable, l’assainissement et la qualité du logement figurent parmi les critères étudiés. Une personne est considérée comme multidimensionnellement pauvre lorsque ses privations atteignent au moins un tiers des indicateurs pondérés.
Au Tadjikistan, la valeur de l’indice est passée de 0,029 à 0,014 entre 2017 et 2023. Cette évolution traduit une amélioration combinée de la fréquence des privations et de leur intensité. Il faut néanmoins souligner que les résultats publiés en 2026 reposent sur des enquêtes antérieures et ne constituent pas une photographie de la situation actuelle.
Le pays se distingue également au niveau international. Avec l’Égypte et le Népal, il figure parmi les trois États dont les nouvelles évaluations montrent une baisse simultanée et statistiquement significative du taux et du nombre de personnes pauvres. À l’inverse, le Kirghizstan voisin a connu une dégradation de son indicateur entre 2018 et 2023.
Cette progression contraste avec le bilan mondial. Environ 1,2 milliard de personnes, soit 18,9% de la population couverte par l’étude, subissent une pauvreté multidimensionnelle aiguë. Le total dépasse de 51,5 millions celui de l’édition précédente. Cette augmentation reflète toutefois aussi des actualisations démographiques et statistiques, et ne signifie pas nécessairement une détérioration annuelle équivalente à périmètre constant. Les enfants représentent 617 millions de personnes touchées, tandis que 83% de la population concernée vit en milieu rural. « La hausse de la pauvreté doit être un signal d’alarme pour le monde », a déclaré Alexander De Croo, administrateur du PNUD.
La croissance ne résout pas automatiquement les difficultés sociales. Le travail indépendant représente environ 60% de l’emploi au Tadjikistan. Selon les scénarios du Fonds, le pays pourrait devoir créer jusqu’à 2,1 millions d’emplois supplémentaires d’ici 2040. L’enjeu dépasse ainsi la seule augmentation de la production : il concerne aussi la qualité des emplois, l’accès à une énergie fiable, à l’eau potable, à l’éducation et aux services de santé, autant de dimensions prises en compte dans l’évaluation internationale de la pauvreté.
