Ouzbékistan : vers une consigne obligatoire sur les bouteilles et les canettes
Ouzbékistan : vers une consigne obligatoire sur les bouteilles et les canettes

L’Ouzbékistan envisage d’instaurer une consigne obligatoire sur les bouteilles en plastique et en verre ainsi que sur les canettes de boissons. Le principe : payer une somme supplémentaire à l’achat, puis la récupérer en rapportant l’emballage vide. Encore à l’état de proposition, le dispositif pourrait transformer les habitudes des consommateurs et l’organisation du recyclage, comme c’est déjà le cas dans plusieurs pays européens.

En Ouzbékistan, une consigne obligatoire envisagée pour les bouteilles et canettes

Et si les bouteilles vides avaient bientôt une valeur dans les supermarchés ouzbeks ? Le 20 octobre 2026, devant la Chambre législative du parlement, les autorités environnementales ont proposé d’introduire une consigne obligatoire sur certains emballages de boissons. Présentée lors de l’examen d’une nouvelle version de la loi sur les déchets, cette mesure entend répondre aux difficultés persistantes du pays en matière de collecte sélective.

Le constat est préoccupant. D’après les chiffres présentés par le vice-président du Comité national de l’écologie et du changement climatique, Iskandar Koutbiddinov, en Ouzbékistan, seuls 6,2% des déchets issus des emballages de boissons concernés sont recyclés. Pour les autorités, le système actuel ne crée pas suffisamment d’incitations économiques pour pousser les habitants à rapporter leurs bouteilles et leurs canettes.

En Ouzbékistan, la consigne doit donner une valeur aux bouteilles

Le fonctionnement envisagé repose sur un mécanisme simple : lors de l’achat d’une boisson, le consommateur paierait une petite somme en plus de son prix habituel. Ce dépôt ne serait pas une taxe définitive. Il pourrait être récupéré en rapportant la bouteille ou la canette vide dans un point de collecte agréé. Les emballages collectés seraient ensuite orientés vers les filières de recyclage.

L’objectif est de modifier le geste du consommateur. Aujourd’hui, une bouteille vide peut finir dans une poubelle ordinaire, dans la rue ou dans la nature. Avec la consigne, elle conserverait une valeur financière, même après consommation. La perspective de récupérer son argent encouragerait son retour plutôt que son abandon. « Il est nécessaire d’instaurer une consigne obligatoire pour les bouteilles en plastique et en verre, ainsi que pour les canettes de boissons en aluminium », a déclaré Iskandar Koutbiddinov devant les députés. Le responsable estime que les mécanismes volontaires n’ont pas donné les résultats attendus et qu’une obligation permettrait de structurer davantage la récupération des emballages.

Le périmètre proposé concerne donc les bouteilles de boissons en plastique et en verre, ainsi que les canettes en aluminium. En revanche, aucune précision n’a encore été donnée sur les contenances admissibles, les catégories de boissons concernées ou les éventuelles exemptions. Il n’est pas non plus établi que tous les emballages en verre seraient traités de la même manière.

Autre inconnue majeure : le montant du dépôt. Les autorités n’ont annoncé ni tarif définitif ni barème selon le type ou la taille du contenant. Elles n’ont pas davantage précisé qui serait chargé de gérer les sommes versées, de rembourser les consommateurs ou d’organiser le transport des déchets récupérés.

La proposition intervient toutefois dans un contexte législatif plus large. Selon le Comité national de l’écologie et du changement climatique, le projet de loi sur les déchets comprend 9 chapitres et 60 articles. Il prévoit notamment de moderniser la classification des déchets, de préciser les responsabilités des administrations et des entreprises, et de renforcer les mécanismes de contrôle et de financement.

Adopté en première lecture par les députés le 20 octobre 2026, ce texte doit encore suivre les étapes de la procédure législative. La date d’entrée en vigueur de la consigne obligatoire n’est donc pas connue. Sa formulation exacte dans le projet de loi reste également à confirmer.

Bouteilles et bocaux : les défis pratiques pour les commerces d’Ouzbékistan

Avant de rendre la consigne obligatoire, l’Ouzbékistan expérimente déjà la récupération automatisée des emballages. Le 23 septembre 2026, des machines de collecte ont commencé à fonctionner à Tachkent et dans la région de Sourkhandaria, dans le cadre d’un programme mené par l’Agence de gestion des déchets et de développement de l’économie circulaire avec l’entreprise norvégienne TOMRA. Ces automates acceptent les bouteilles en plastique, les bouteilles en verre et les canettes en aluminium. Pour chaque emballage rapporté, l’utilisateur reçoit actuellement une récompense équivalant à environ 0,01 euro. La somme peut être transférée vers un portefeuille électronique via le service Click ou affectée à une organisation caritative.

La différence avec une véritable consigne est fondamentale. Dans cette expérimentation, le consommateur reçoit de l’argent sans avoir préalablement payé de dépôt. Dans le dispositif obligatoire envisagé, il avancerait une somme au moment de l’achat avant de la récupérer lors du retour. La récompense actuelle ne préjuge donc pas du futur montant de la consigne.

L’installation de machines ne représente qu’une partie du chantier. Pour fonctionner à grande échelle, le système nécessiterait des points de retour suffisamment nombreux, des circuits de ramassage réguliers, des équipements capables de reconnaître les emballages admissibles et un mécanisme fiable de remboursement. Il faudrait aussi déterminer comment les dépôts seraient répartis et réglés entre producteurs, distributeurs et opérateurs de collecte. Le sort des bocaux alimentaires illustre, par ailleurs, les limites du périmètre annoncé. Les représentants ouzbeks ont évoqué les bouteilles de boissons et les canettes, mais pas les bocaux de conserves ou autres récipients alimentaires en verre. Leur inclusion ne peut donc pas être considérée comme acquise.

Les entreprises auraient besoin de temps pour s’adapter. « Il faut accorder aux producteurs et aux commerçants une période de transition progressive afin qu’ils puissent mettre en place les infrastructures nécessaires », a fait savoir Iskandar Koutbiddinov. Pour les enseignes, les enjeux iraient de l’espace de stockage des emballages vides à l’entretien des automates, en passant par l’organisation des remboursements.

L’ampleur du problème dépasse les seuls emballages de boissons. L’Ouzbékistan a produit 15,1 millions de tonnes de déchets ménagers en 2025, dont 5,2% seulement ont été triés. Les autorités cherchent ainsi à améliorer une chaîne de collecte encore insuffisamment reliée aux entreprises de recyclage.

La consigne des bouteilles à l’épreuve de l’Europe

Pour mesurer ce que pourrait devenir le dispositif ouzbek, plusieurs expériences européennes offrent des points de comparaison. La Pologne a mis en place son système national de consigne le 1er octobre 2025. Le mécanisme concerne notamment les bouteilles en plastique jusqu’à trois litres et les canettes métalliques jusqu’à un litre. Le montant remboursable pour ces contenants représente environ 0,11 euro. Depuis 2026, les bouteilles en verre réutilisables sont également intégrées au dispositif, avec une consigne équivalant à environ 0,23 euro. Le consommateur polonais peut rapporter un emballage portant le marquage réglementaire sans présenter de ticket de caisse. Il doit toutefois respecter certaines conditions, notamment ne pas écraser le contenant destiné au remboursement. Cette identification permet de distinguer les produits consignés des emballages qui ne relèvent pas du dispositif. Les volumes collectés sont considérables. Après une année de fonctionnement, plus de 5 milliards de bouteilles et de canettes auraient été rapportées. Le média fait également état de plus de 65 500 points de retour, dont 23.500 équipés d’automates. Ces chiffres témoignent de l’importance du réseau nécessaire à un déploiement national.

La Pologne développe aussi des solutions pour éviter aux consommateurs de se déplacer uniquement pour rapporter leurs emballages. Depuis le début d’octobre 2026, certains utilisateurs des services de livraison Delio et Żabka Jush peuvent remettre leurs bouteilles et canettes au livreur venu déposer leurs courses. Le dépôt leur est ensuite reversé sur un compte bancaire. Cette formule reste limitée à certaines grandes agglomérations. Mais l’organisation financière se révèle plus complexe que le geste de retour. Plusieurs opérateurs interviennent sur le marché polonais et doivent se rembourser mutuellement lorsqu’un emballage est rapporté dans un commerce relevant d’un autre réseau. Des professionnels signalent des retards de règlement et des incertitudes sur l’utilisation des dépôts non réclamés.

Au Portugal, une autre expérience récente prend rapidement de l’ampleur. Lancé le en avril 2026, le système national Volta prévoit le remboursement de 0,10 euro pour chaque bouteille en plastique ou canette métallique éligible. L’opérateur SDR Portugal a annoncé avoir dépassé 500 millions d’emballages retournés environ six mois après le lancement. Le pays disposait alors de plus de 3.000 points de collecte manuels et automatiques, complétés par 8 kiosques spécialisés. Ce succès quantitatif s’accompagne de difficultés. Les hôtels, restaurants et cafés rapportent parfois de très importantes quantités d’emballages dans les machines destinées au grand public, ce qui peut provoquer des saturations. SDR Portugal a donc présenté un plan comportant 14 mesures, afin d’améliorer la logistique, les relations avec les collectivités et la propreté urbaine.

En Irlande, la consigne a aussi trouvé une place dans les festivals et les manifestations sportives. Pendant l’été 2026, plus de 2 millions de bouteilles et de canettes ont été récupérées lors d’événements au profit d’associations, selon l’organisme Re-turn. Le festival Electric Picnic aurait contribué à lui seul à hauteur de plus de 1,08 million d’emballages retournés. « Ces retours ont généré plus de 331.000 euros pour des associations et des groupes communautaires pendant cet été seulement », a déclaré Ciaran Foley, directeur général de Re-turn. Le dispositif montre qu’un dépôt remboursable peut également alimenter des collectes solidaires lorsque les consommateurs choisissent de céder leur remboursement à une association. Cette dimension fait désormais partie de la stratégie du gestionnaire irlandais. Re-turn a conclu un partenariat avec l’agence EXP pour renforcer les équipements et les campagnes de sensibilisation lors de grands événements culturels.

Du Québec à la Jamaïque, des bouteilles entre recyclage et réemploi

Hors d’Europe, le Québec illustre une autre dimension du système : son financement. Dans un communiqué du 20 octobre 2026, l’organisme Consignaction rappelle que le réseau doit à la fois rembourser les consommateurs, récupérer les emballages, les transporter, les trier et les préparer pour leur valorisation. « Le financement du système repose essentiellement sur trois sources de revenus : les consignes non réclamées par les consommateurs, la vente des matières récupérées et les contributions des producteurs », explique Consignaction.

Cette organisation présente un paradoxe économique. Plus les habitants rapportent leurs bouteilles et leurs canettes, plus ils récupèrent leurs dépôts. Les recettes provenant des sommes non réclamées diminuent alors, tandis que les volumes à transporter et à traiter augmentent. Les contributions des producteurs peuvent donc devenir nécessaires pour équilibrer le fonctionnement du réseau. Consignaction estime les coûts du dispositif québécois à environ 197 millions d’euros pour 2026**, puis 287 millions d’euros pour 2027. La hausse attendue reflète notamment l’extension du réseau et l’intégration de nouvelles catégories d’emballages. Le Québec prévoit en effet d’étendre la consigne aux bouteilles de boissons en verre et aux cartons multicouches à partir du 1er mars 2027. Cette échéance suscite déjà des tensions : des entreprises locales de traitement du verre redoutent qu’une nouvelle usine ne détourne une partie de leurs approvisionnements, mettant potentiellement en péril près de 500 emplois. Il s’agit d’un risque invoqué par les industriels, non de suppressions d’emplois déjà constatées.

La Jamaïque présente un modèle différent, centré sur la réutilisation. Le fabricant de bière Red Stripe organise le retour de ses bouteilles en verre par son réseau commercial et ses distributeurs. Contrairement aux dispositifs européens de collecte destinés principalement au recyclage, les bouteilles récupérées peuvent ici être inspectées, nettoyées, désinfectées et remplies à nouveau. L’entreprise a récupéré 86,8% des bouteilles qu’elle avait vendues au cours des neuf mois achevés le 30 septembre 2026. Red Stripe vise désormais un taux de 94%. Ces performances concernent uniquement les emballages de la société et ne constituent pas un taux national de collecte jamaïcain.

La vitesse de retour représente toutefois un enjeu particulier. Lorsqu’un consommateur conserve longtemps ses bouteilles vides avant de les échanger contre de l’argent, celles-ci restent indisponibles pour une nouvelle utilisation. Or, dans un système fondé sur le réemploi, une bouteille revenue rapidement peut être nettoyée et remise en circulation, tandis qu’un contenant endommagé ou trop souillé doit être écarté et éventuellement recyclé.

Enfin, tous les pays n’ont pas retenu la consigne obligatoire comme réponse unique. En France, le gouvernement a indiqué qu’il privilégiait des dispositifs proposés aux collectivités volontaires plutôt qu’une obligation uniforme à l’échelle nationale. Le ministère rappelle un taux de recyclage des bouteilles plastiques de 58,3% en 2024 et un objectif européen de 90% de collecte en 2029. Ces indicateurs, fondés sur d’autres périmètres que les chiffres ouzbeks, ne sont pas directement comparables.

Les expériences étrangères soulignent ainsi des choix d’organisation très différents : restitution dans les magasins, collecte lors des livraisons, récupération lors des festivals, réseau de centres spécialisés ou retour des bouteilles pour réemploi. Pour l’Ouzbékistan, dont les règles de consigne restent à écrire, chacune de ces solutions implique des décisions concrètes sur la proximité des points de retour, le remboursement des consommateurs, la responsabilité financière des producteurs et le traitement final des emballages.

Par Païsiy Ukhanov
Le 10/24/2026

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