À l’issue de leur rencontre le 19 octobre 2026, les ministres des Affaires étrangères d’Asie centrale, ainsi que Marco Rubio, ont publié un communiqué commun qui dépasse les déclarations d’amitié. Commerce, minerais, corridors de transport, cybersécurité : les six partenaires dessinent une coopération, mais la portée concrète de leurs engagements reste à préciser.
Les ministres à Samarcande veulent consolider un partenariat durable
Réunis le lundi 19 octobre 2026 à Samarcande, en Ouzbékistan, les chefs de la diplomatie du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan, du Turkménistan et de l’Ouzbékistan ont adopté une déclaration avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Cette rencontre s’inscrit dans le format C5+1, qui réunit Washington et les cinq pays d’Asie centrale.
Le texte reprend les principes de souveraineté, d’indépendance et d’intégrité territoriale. Il souligne également le dialogue et le règlement pacifique des différends. Ses signataires rappellent deux anniversaires : les 35 ans d’indépendance des États centrasiatiques et les 250 ans des États-Unis, peut-on lire dans le communiqué.
La déclaration affiche une intention politique : faire des relations entre les États-Unis et l’Asie centrale un choix durable, sans les réduire à des rencontres ponctuelles. « Nous envisageons les États-Unis et l’Asie centrale comme des partenaires de choix durables », affirment les six ministres.
Le C5+1 ne part pas de zéro. Ses auteurs rappellent que la première rencontre ministérielle remonte à plus de dix ans. Ils présentent désormais cette enceinte comme un instrument capable de rapprocher des économies éloignées et de répondre aux défis régionaux. La connectivité devient ainsi un objectif diplomatique autant qu’économique.
Le vocabulaire est ambitieux, mais le communiqué n’annonce ni calendrier opérationnel, ni enveloppe financière commune, ni mécanisme obligatoire de mise en œuvre. Il fixe des orientations partagées plutôt qu’un traité détaillé. Cette distinction importe pour apprécier les résultats de Samarcande, même si plusieurs annonces économiques ont été faites séparément pendant la visite américaine.
Commerce et énergie : les ministres misent sur l’Asie centrale
Le corridor commercial transcaspien occupe une place centrale. Les partenaires veulent investir dans les infrastructures, améliorer les liaisons et stimuler les échanges entre l’Asie centrale et les États-Unis. Ils évoquent aussi la simplification des procédures douanières, la coopération industrielle et la circulation des marchandises entre les pays de la région.
L’objectif déclaré est de faire émerger un marché plus compétitif, capable d’accueillir les entreprises américaines tout en donnant aux sociétés centrasiatiques davantage de possibilités d’investir aux États-Unis. La plateforme B5+1 doit accompagner cette dynamique. Commerce électronique, technologies sécurisées et soutien aux entrepreneurs figurent également parmi les priorités, sans objectifs chiffrés dans le texte.
Autre dossier majeur : les ressources naturelles. Les gouvernements souhaitent intensifier leur coopération énergétique et développer des chaînes de production à forte valeur ajoutée. Il ne s’agit pas seulement d’extraire des minerais, mais aussi de les transformer localement et de faciliter l’exportation de produits élaborés. « Les données valent de l’or », affirment les signataires à propos des informations géologiques.
Cette ambition rejoint les intérêts commerciaux américains. Marco Rubio est arrivé avec plus de 200 dirigeants d’entreprises américaines, selon Reuters. Interrogé sur la concurrence internationale, il a défendu le principe d’une « concurrence équitable » et la possibilité pour les sociétés américaines de participer, rapporte l’agence. La déclaration commune, cependant, ne désigne aucun partenaire extérieur comme adversaire.

© Ministère kazakhstanais des Affaires étrangères
Asie centrale + États-Unis : sécurité, nucléaire et patrimoine au menu
La sécurité constitue un autre volet substantiel. Les ministres envisagent une coopération accrue contre le terrorisme et les réseaux criminels transnationaux, avec une attention particulière aux frontières. Immigration irrégulière, traite humaine, trafic de stupéfiants et circulation illicite des armes figurent parmi les menaces identifiées. Les cyberattaques et la cybercriminalité sont intégrées aux discussions.
Le nucléaire est abordé sous l’angle de la sécurité des matières et des usages pacifiques. Les partenaires veulent renforcer les garanties de non-prolifération, la protection physique des matières nucléaires et le partage de compétences. Ils s’appuient explicitement sur l’expérience de la zone exempte d’armes nucléaires établie en Asie centrale, rappelle le ministère ouzbek des Affaires étrangères.
Le document ne s’arrête pas à l’économie et aux frontières. Il prévoit de favoriser les échanges professionnels, culturels et universitaires, mais aussi de mieux protéger les antiquités et les monuments historiques grâce aux technologies. Les institutions culturelles et les services chargés de l’application de la loi doivent coopérer davantage. Tourisme et industries créatives sont présentés comme des sources possibles d’emplois.
