L’Ouzbékistan prépare une nouvelle étape de sa stratégie touristique en regardant sous terre. Dix sites au total, dont neuf grottes et une mine de sel, ont été retenus par le Comité du tourisme de l’Ouzbékistan. L’objectif dépasse la simple ouverture de curiosités naturelles au public : le programme prévoit des itinéraires balisés, des outils numériques, des règles de sécurité, des formations professionnelles et des infrastructures capables d’inscrire ces paysages souterrains dans l’offre touristique du pays.
Des grottes d’Ouzbékistan choisies pour diversifier le tourisme
L’Ouzbékistan a adopté une feuille de route qui fait passer le spéléotourisme d’un potentiel encore dispersé à un programme national organisé. Avant d’attirer davantage de voyageurs, les autorités veulent cependant inventorier les sites, documenter leur état et déterminer précisément les conditions dans lesquelles ils pourront être visités.
Les grottes ne sont donc pas envisagées comme de simples attractions à promouvoir dans l’urgence. Elles doivent devenir des produits touristiques encadrés, intégrés à une plateforme nationale et reliés à des services implantés dans les territoires. Derrière l’image spectaculaire de l’exploration souterraine se dessine ainsi un projet mêlant tourisme de nature, développement régional, conservation du patrimoine et professionnalisation de l’accueil.
Le dispositif couvre Peshagor, dans la région de Djizak, ainsi que Yakhdon, Omonkoton, Kiev et Hazrati Davud dans la région de Samarcande. Dans le Sourkhan-Daria, il retient Korongi Yulduz, Boybuloq et Teshiktosh, auxquels s’ajoute la mine de sel de Khojaikon. La grotte d’Amir Temur, dans la région de Kachkadaria, complète la sélection. Le choix éloigne le visiteur des grands monuments urbains qui structurent habituellement un voyage en Ouzbékistan pour mettre davantage en avant montagnes, cavités et territoires ruraux.
Ces cavités doivent cependant d’abord être examinées et préparées à la visite. Leur situation géographique, leur état technique, leur statut juridique et leur potentiel touristique seront étudiés. Autrement dit, pour le moment le tourisme souterrain est traité comme une filière à construire, et non comme un simple argument promotionnel.
Le tourisme des grottes passe par une mise à niveau numérique
La première étape sera documentaire. L’inventaire des sites doit être achevé avant la fin de 2026. Un registre électronique unifié doit ensuite être constitué d’ici mars 2027. Il doit regrouper les coordonnées géographiques, le potentiel touristique, l’état technique et le statut juridique des lieux concernés. Chaque destination disposera également d’un « passeport électronique ».
La numérisation va beaucoup plus loin. Des photographies et vidéos seront produites, tandis que des modèles 3D et des visites virtuelles sont annoncés. Ces représentations doivent être réalisées en juin 2027. Un système d’information utilisant des QR codes est attendu en août 2027. Les passeports numériques doivent ensuite être intégrés à la plateforme touristique nationale en septembre 2027. L’idée consiste à rendre des lieux difficiles à appréhender depuis l’extérieur beaucoup plus lisibles avant même le départ.
Le calendrier concerne également l’expérience sur place. Les itinéraires de spéléotourisme doivent être élaborés et approuvés en avril 2027, et la signalétique directionnelle doit être installée en juillet 2027, puis les cartes électroniques doivent rejoindre la plateforme touristique nationale en septembre 2027, et des services de réservation en ligne et de guide électronique sont annoncés pour juillet 2027. Le visiteur doit ainsi pouvoir passer d’une cavité encore peu connue à une excursion préparée, documentée et encadrée.
Sécurité et écologie : le tourisme des grottes sous surveillance
L’ouverture au public soulève une question essentielle : comment transformer des milieux souterrains parfois difficiles d’accès en destinations touristiques sans banaliser leurs dangers ? Le ministère des Situations d’urgence dispose d’un délai de trois mois pour élaborer les règles de sécurité applicables aux visites. La formation des guides et des instructeurs ainsi qu’un mécanisme de validation de leurs qualifications font partie du dispositif.
À partir de 2027, des exercices pratiques doivent être organisés deux fois par an. Des panneaux d’avertissement, des plans d’évacuation et des supports d’information doivent être installés d’ici mars 2027. Le programme prévoit parallèlement une coopération avec les services de secours. Le spéléotourisme est donc traité comme une activité nécessitant une chaîne de sécurité spécifique, de l’information du visiteur jusqu’à l’intervention éventuelle des secours.
La protection environnementale est tout aussi importante. Un suivi doit permettre d’évaluer l’état écologique des cavités et la pression liée à la fréquentation humaine. Des critères d’évaluation de l’état écologique et de la charge anthropique doivent être mis au point en 2027. Dans les zones naturelles protégées, les travaux devront obtenir les autorisations nécessaires et respecter les prescriptions des autorités environnementales.
Les contraintes patrimoniales s’ajoutent à ces garde-fous. Les constructions, rénovations ou aménagements concernant des sites relevant du patrimoine culturel devront être coordonnés avec l’Agence du patrimoine culturel. Cette articulation entre tourisme, sécurité et conservation est fondamentale : une grotte à forte valeur naturelle, historique ou archéologique ne peut pas être aménagée selon les mêmes règles qu’une attraction touristique classique.
L’Ouzbékistan veut faire du tourisme souterrain un moteur local
Le programme ne s’arrête pas à l’entrée des grottes. Des parkings, zones de repos, installations sanitaires et réseaux techniques doivent être développés pendant la période 2027-2028. La mise en service des infrastructures réalisées est programmée pour janvier 2029. En parallèle, les autorités régionales doivent faciliter l’ouverture de maisons d’hôtes familiales et l’essor des services de guides locaux, selon Podrobno.uz et le Comité du tourisme. Le développement des cavités est ainsi conçu pour produire une activité économique au-delà du seul billet d’entrée.
Le financement doit mêler capitaux publics et privés. Des mesures destinées à attirer les investisseurs sont prévues sur la période 2026-2027. Des forums d’investissement doivent ensuite être organisés chaque année à partir de 2027, d’après Podrobno.uz et le Comité du tourisme. Les projets pourront être financés par des subventions internationales, des investissements privés, le budget de l’État ainsi que d’autres sources autorisées par la législation.
La science constitue un autre pilier. Des expéditions spéléologiques internationales doivent être organisées chaque année à partir de 2027. Une conférence scientifique et pratique internationale est prévue en mai-juin 2027. Les recherches doivent notamment concerner la spéléologie, la géologie, l’hydrologie et la biospéléologie. Cette dimension doit permettre d’améliorer la connaissance des cavités en même temps que leur potentiel touristique est développé.
Après les villes de la Route de la soie, les coupoles, les médersas et les grands ensembles historiques qui dominent son image internationale, le pays prépare donc la mise en scène d’un patrimoine beaucoup moins visible : celui qui commence sous la surface.
