Minerais critiques, usines, intelligence artificielle, trains, énergie, santé : la Corée du Sud a transformé le premier sommet au niveau des chefs d’État avec l’Asie centrale en vaste chantier économique. Derrière la déclaration politique de Séoul, les cinq pays de la région ont toutefois négocié des paquets très différents, du portefeuille industriel kazakhstanais aux quinze accords tadjiks, en passant par les infrastructures ouzbèkes et kirghizes.
Kazakhstan : la Corée transforme le partenariat en portefeuille industriel
Le 16 septembre 2026, à Séoul, la Corée du Sud a accueilli pour la première fois au niveau présidentiel le format qui la lie aux cinq États d’Asie centrale. La rencontre a consacré une relation développée depuis près de vingt ans et désormais recentrée sur des secteurs stratégiques : chaînes d’approvisionnement, minerais critiques, industrie, énergie, transport, numérique et formation. La déclaration de Séoul fixe un cadre commun, tandis que les négociations bilatérales ont produit une série d’accords beaucoup plus concrets.
La logique économique est évidente. Le PIB cumulé des cinq pays d’Asie centrale approchait els 478,83 milliards d’euros en 2025, et leur croissance dépassait 6%. Séoul apporte des technologies, des capacités industrielles et du financement ; la région met en avant ses minerais, son énergie, son marché jeune et sa position entre l’Asie orientale et l’Europe. C’est cette complémentarité que le dirigeant kazakhstanais a résumée par la formule de « synergie des ressources au service d’objectifs communs ».
Le Kazakhstan a obtenu le paquet économiquement le plus massif. Astana et Séoul ont convenu d’élever leur relation au rang de partenariat stratégique global tourné vers l’avenir. Le commerce bilatéral avait déjà atteint environ 2,76 milliards d’euros en 2025. Le stock d’investissements sud-coréens au Kazakhstan dépasse l’équivalent de 10,45 milliards d’euros, et plus de 1.000 entreprises à capitaux coréens y opèrent. Avant même le sommet, les autorités kazakhes annonçaient leur intention d’élargir la relation au-delà de Hyundai et Kia, vers l’intelligence artificielle, les centres de données, les métaux critiques, les batteries, l’électronique et la route transcaspienne.

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La visite a ensuite fait grossir le portefeuille. Environ 80 accords commerciaux, représentant près de 16,5 milliards d’euros, ont été annoncés. Le gouvernement kazakhstanais doit en parallèle élaborer avec la Corée un programme global de coopération commerciale, économique et d’investissement pour 2027-2030. Les chiffres officiels font apparaître 51 projets industriels représentant plus de 3,48 milliards d’euros, alors que la communication précédant le sommet en comptabilisait 46 : la différence traduit l’ajout de projets au fil des signatures. « Ce ne sont pas de simples déclarations d’intention, mais des plans concrets », a déclaré le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev, lors de ce sommet d’affaires.
Les accords descendent jusqu’à des secteurs très précis. Dans la pharmacie, le ministère kazakhstanais de la Santé et Kyungdong Pharmaceutical travaillent sur la localisation de médicaments, les transferts de technologies, les essais cliniques et des productions conjointes. Dans l’agroalimentaire, Shin-Line, le ministère de l’Agriculture et le sud-coréen Sungwon Machinery ont conclu un mémorandum technologique, tandis qu’un cluster alimentaire inspiré du complexe coréen Foodpolis doit être développé. Le Kazakhstan, qui a récolté environ 27 millions de tonnes de céréales en 2025 et exporte ses produits agricoles dans plus de 70 pays, propose aussi de fabriquer et transformer avec les groupes coréens des produits destinés aux marchés eurasiatiques.
Séoul est également invité à participer au développement d’Alatau City, notamment dans les transports, la ville intelligente, le numérique et l’IA. Cette diversification possède un versant humain et culturel. Environ 120.000 Coréens ethniques vivent au Kazakhstan, et les deux pays préparent en 2027 les commémorations du 90e anniversaire des déplacements forcés de 1937. Le dialogue parlementaire doit de son côté se poursuivre sur l’énergie et les technologies, tandis que l’Almaty Museum of Arts et le Musée national d’art moderne et contemporain de Corée ont signé un accord prévoyant une grande exposition coréenne à Almaty en 2027.

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Ouzbékistan : la Corée mêle trains, minerais, IA et formation
Pour l’Ouzbékistan, la séquence de Séoul a produit un ensemble beaucoup plus diversifié. 13 documents ont été signés, parmi lesquels l’achat de huit trains à grande vitesse supplémentaires, la création d’un centre national de génomique et de biobanque, des projets sur les minerais critiques et le déploiement de l’intelligence artificielle dans l’industrie. Cinq projets communs ont en outre été lancés, avec notamment la production de Kia Sonet Prime et le nouveau Centre national d’oncologie.
La coopération touche directement la biomédecine. Le futur Biome Center doit rassembler génomique, technologies cellulaires, biobanque et traitement de données biomédicales. Le dispositif existant comprend déjà plus de 1.200 échantillons de cellules souches et des données relatives à plus de 1.200 participants, pour quelque 10 millions de marqueurs génétiques. Dans les infrastructures, l’opérateur de l’aéroport international d’Incheon envisage l’ouverture d’un bureau à Tachkent ainsi qu’un centre de compétences consacré à la gestion et à la numérisation des aéroports et à la formation du personnel. Il participe aussi aux travaux entourant la modernisation de l’aéroport d’Ourguentch et le projet du nouvel aéroport international de Tachkent.

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Tachkent cherche cependant à faire de ses accords bilatéraux une plateforme régionale. La valeur de sa base minérale est estimée par les autorités ouzbèkes à au moins 2.611,8 milliards d’euros, et 120 projets liés aux minerais critiques représenteraient plus de 3,48 milliards d’euros. L’Ouzbékistan propose donc un parc industriel et technologique « Asie centrale-Corée », une alliance régionale d’investissement dans les matières premières critiques et des chaînes allant de l’exploration à la transformation profonde. Dans le même esprit, il a proposé de viser un commerce régional avec la Corée de près de 17,41 milliards d’euros d’ici 2030, avec des productions communes dans les composants automobiles, l’électrotechnique, les machines, la pharmacie et la chimie.
Le capital humain complète cet agenda. Shavkat Mirziyoyev a annoncé une nouvelle coopération de trois ans pour former puis employer des citoyens ouzbeks en Corée du Sud. Des Ouzbeks déjà présents dans le pays pourraient par ailleurs bénéficier de six mois de reconversion dans de grandes universités coréennes, avec financement public des études et d’une allocation. Cette politique prolonge un réseau éducatif déjà dense et fait de la circulation des compétences l’un des outils de transfert technologique entre les deux économies.

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Tadjikistan et Kirghizstan : énergie, transport et santé
Le Tadjikistan a signé 15 documents. Le paquet couvre l’entraide douanière, la propriété intellectuelle, l’éducation, l’industrie, la lutte contre la corruption et le blanchiment, la formation dans les transports, le rail, la restauration numérique des forêts, le climat, les exportations, la sécurité industrielle, l’énergie, la fonction publique et la coopération policière. Un mémorandum associe notamment le ministère tadjik de l’Énergie et des Ressources en eau à KEPCO, tandis qu’un autre rapproche l’agence tadjike des exportations et KOTRA.
Douchanbé veut prolonger ces textes par des investissements. Les discussions avec Séoul ont porté sur une présence locale de KOTRA, la transformation des minerais critiques, l’intelligence artificielle, l’agriculture, l’énergie et le numérique. Le Tadjikistan demande aussi davantage de quotas d’études en Corée dans l’informatique, l’IA, la médecine, l’aviation et l’ingénierie, ainsi que des vols directs. Un soutien financier au bâtiment principal du Centre scientifique républicain d’oncologie a été évoqué. Dans le rail, KORAIL et la compagnie tadjike ont conclu un accord couvrant les projets communs, les échanges de savoir-faire et la formation.
Emomali Rahmon a parallèlement présenté aux investisseurs coréens l’hydroélectricité, les énergies vertes, le textile, l’agriculture, les transports, le tourisme, la finance et les ressources naturelles. Selon les données avancées par le président tadjik, le cadre national offrirait plus de 240 catégories de garanties et avantages, dont plus de 110 préférences fiscales et douanières. Les délégations ont aussi conclu des documents sectoriels sur l’industrie et les chaînes d’approvisionnement ainsi que sur l’IA, la science et les technologies.
Le Kirghizstan pousse une logique davantage centrée sur les infrastructures. Le mémorandum signé entre la Corée et les cinq pays d’Asie centrale sur l’industrie et les chaînes d’approvisionnement prévoit localisation des productions, transformation approfondie des minerais, développement de parcs industriels, transport et logistique. Bichkek a de son côté proposé aux entreprises coréennes de participer à la centrale hydroélectrique Kambar-Ata-1, au complexe touristique Ala-Too Resort et à des centres logistiques installés le long du chemin de fer Chine-Kirghizstan-Ouzbékistan. Plus de 30 entreprises kirghizes et environ 50 entreprises coréennes étaient présentes au sommet d’affaires, qui s’est soldé par la signature de 11 documents.
Sadyr Japarov a aussi proposé la création d’un centre médical conjoint au Kirghizstan et l’examen de mécanismes permettant d’assouplir le régime de visas, tout en demandant de meilleures possibilités d’exporter des produits kirghiz vers la Corée. À l’échelle régionale, il défend également un fonds commun d’investissement, un portefeuille coordonné de grands projets et des plateformes pilotes dans les technologies, le numérique et l’intelligence artificielle. « La volonté politique doit être transformée en résultats concrets », a déclaré le président kirghiz.

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Asie centrale : un cadre régional pour industrialiser les accords
Au-delà des dossiers nationaux, le principal changement réside dans la régionalisation de la relation avec Séoul. Les échanges entre la Corée et l’Asie centrale ont dépassé l’équivalent de 8,71 milliards d’euros en 2025, qui en représente près de la moitié. Astana veut désormais constituer avec Séoul des projets industriels capables de produire pour des marchés tiers ; Tachkent défend un parc industriel régional ; le Kirghizstan réclame des instruments d’investissement communs ; le Tadjikistan met en avant les chaînes d’approvisionnement. Le mémorandum ministériel sur l’industrie et les chaînes logistiques donne à cette convergence un premier cadre institutionnel.
Les minerais critiques en constituent l’un des axes les plus évidents. Le Kazakhstan propose un cycle commun allant de la recherche et de l’extraction jusqu’à la transformation et aux produits à forte valeur ajoutée. L’Ouzbékistan veut créer des clusters régionaux et un mécanisme d’investissement dédié. Le Tadjikistan met en avant ses ressources et la transformation locale. En parallèle, les États de la région associent ces projets à l’IA, à l’hydrogène propre, aux technologies d’économie d’eau, aux infrastructures de transport e

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Le Turkménistan complète ce tableau. Achgabat et Séoul ont échangé un accord de promotion et de protection des investissements et un accord de coopération douanière. Des mémorandums ont été conclus dans la chimie et la construction industrielle, l’eau, la propriété intellectuelle, le rail, les infrastructures, la restauration numérique des forêts et la lutte contre le changement climatique. Des entreprises coréennes sont également engagées dans des textes concernant la maintenance industrielle, le transport routier, les télécommunications et la gestion de l’eau.
Achgabat a parallèlement proposé des programmes de double diplôme, davantage de formation numérique, des recherches communes pour les jeunes scientifiques et une coopération autour des villes intelligentes. Cette dimension éducative rejoint les initiatives kazakhes, ouzbèkes, tadjikes et kirghizes : la compétition pour les technologies coréennes s’accompagne d’une demande généralisée de transfert de compétences. Pour Séoul, la séquence de septembre 2026 ouvre ainsi plusieurs portes à la fois : matières premières stratégiques, nouveaux sites de production, corridors vers l’Europe, marchés de consommation et partenariats technologiques dans chacuns des cinq pays d’Asie centrale.
