Tadjikistan : 35 ans après l’indépendance, le bilan en chiffres
Tadjikistan : 35 ans après l’indépendance, le bilan en chiffres

Trente-cinq ans après l’indépendance, le Tadjikistan met en avant une transformation de grande ampleur : un PIB presque centuplé depuis 2000, plus de 4.000 entreprises industrielles, 6.700 MW de capacités énergétiques, des milliers de kilomètres de routes et une forte extension des systèmes éducatif et sanitaire. À l’occasion de l’anniversaire national, le président Emomali Rahmon a détaillé, lors d’une cérémonie, ce que les autorités présentent comme le bilan économique et social de cette période.

L’indépendance, l’ouverture et le redressement économique

Le Tadjikistan a célèbré le 9 septembre 2026 le 35e anniversaire de l’indépendance proclamée en 1991. La veille, au Théâtre national de Douchanbé, le président Emomali Rahmon a consacré une large partie de son discours anniversaire aux résultats obtenus depuis la disparition de l’Union soviétique et, surtout, depuis la sortie de la guerre civile. Ce bilan doit être lu pour ce qu’il est : une présentation officielle des réalisations revendiquées par le pouvoir tadjik. Le discours revient d’abord sur les années de conflit. Plus de 150.000 personnes ont péri pendant la guerre civile. Plus d’un million de Tadjiks dispersés à l’étranger ont ensuite regagné le pays. Le chef de l’État présente le rétablissement de la paix et de l’unité nationale comme le préalable à toutes les transformations économiques qui ont suivi.

Sur le terrain économique, les écarts annoncés sont considérables. Au cours des 25 dernières années, la croissance annuelle moyenne a dépassé 7,7%. Le PIB est passé de 1,8 milliard de somonis en 2000 à 177 milliards en 2025, s’est félicité Emomali Rahmon lors d’un discours solennel prononcé au tout nouveau Théâtre national à Douchanbé. Les finances publiques ont suivi une trajectoire comparable. Les recettes du budget de l’État sont passées de 252 millions de somonis en 2000, soit environ 23,4 millions d’euros, à 65 milliards de somonis en 2026, soit environ 6,05 milliards d’euros. Sur l’ensemble de la période d’indépendance, plus de 205 milliards de somonis, soit environ 19,07 milliards d’euros, ont été consacrés au secteur social.

Tadjikistan : 35 ans après l’indépendance, le bilan en chiffres

© ПРЕЗИДЕНТ РЕСПУБЛИКИ ТАДЖИКИСТАН

Le pouvoir met également en avant les indicateurs de niveau de vie. Le taux de pauvreté aurait reculé de 83% à 19%. L’espérance de vie atteindrait désormais 77 ans, soit sept années supplémentaires. Sur 25 ans, plus de 4,3 millions d’emplois auraient été créés. Ces chiffres dessinent le récit officiel d’une économie qui, après l’effondrement des années 1990, aurait progressivement élargi sa base productive et ses capacités financières.

L’investissement constitue l’autre pilier de cette évolution. Sur les 25 dernières années, 760 milliards de somonis d’investissements auraient été dirigés vers l’économie, soit environ 70,72 milliards d’euros. Sur ce montant, 337 milliards de somonis, soit près de 31,36 milliards d’euros, auraient été apportés sous forme d’investissements étrangers. Cette ouverture du financement est présentée par les autorités comme l’un des moteurs de la construction de routes, de centrales, d’écoles et d’infrastructures sanitaires.

Industrie, énergie et engagement : les piliers de l’indépendance

L’industrialisation est l’un des marqueurs les plus visibles du bilan présenté à Douchanbé. Le Tadjikistan comptait 358 entreprises industrielles en 1991, contre plus de 4.000 aujourd’hui. Le gouvernement prévoit encore la création de 500 entreprises et ateliers de production avant la fin de 2026. Parallèlement, le nombre de catégories de produits industriels fabriqués dans le pays est passé de 85 en 1991 à plus de 1.400 en 2026.

En valeur, la production industrielle est passée de 4,1 milliards de somonis en 2000, (soit 381 millions d’euros) à 66,4 milliards de somonis en 2025 (soit 6,18 milliards d’euros). Le président a également indiqué que la production de biens destinés à remplacer des importations avait atteint 163 milliards de somonis en dix ans, soit environ 15,17 milliards d’euros. Métallurgie, transformation minière, construction, chimie, agroalimentaire et industrie légère composent désormais, dans le discours officiel, une base productive nettement plus diversifiée qu’au début de l’indépendance.

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L’énergie concentre un engagement financier tout aussi important. Au cours de l’indépendance, 36 projets publics d’investissement énergétique représentant 30 milliards de somonis, soit environ 2,79 milliards d’euros, ont été achevés. Vingt projets supplémentaires, pour 23 milliards de somonis, soit environ 2,14 milliards d’euros, sont encore en cours. Le pays aurait ajouté plus de 2.300 MW de nouvelles capacités, portant la puissance totale du système énergétique à 6.700 MW.

La prochaine étape est déjà programmée. Deux centrales solaires d’une puissance cumulée de 500 MW doivent être mises en service dans les districts d’Asht et de Jayhun d’ici novembre 2026. Le chef de l’État estime en outre que la mise en service du troisième groupe de la centrale hydroélectrique de Rogoun en 2027 permettra au pays d’atteindre son objectif d’indépendance énergétique. À plus long terme, la présidence affiche l’ambition de transformer entièrement le Tadjikistan en pays « vert » à l’horizon 2037.

L’agriculture complète cette stratégie de souveraineté économique. Quelque 140.000 hectares ont été attribués à la population pendant les années d’indépendance. La production agricole aurait atteint 85 milliards de somonis en 2025, soit environ 7,91 milliards d’euros. Par rapport à la situation d’il y a 25 ans, la production de céréales aurait été multipliée par six, celle de pommes de terre par douze, celle de légumes par onze et celle de fruits par quarante-huit. La production nationale couvrirait désormais plus de 85 % des besoins en principaux produits alimentaires et les produits agricoles tadjiks seraient exportés vers plus de 30 pays.

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L’État tadjik a investi massivement dans l’éducation et la santé

Les données sociales occupent une place centrale dans le bilan présenté par la présidence. Le nombre d’établissements d’enseignement général est passé de 3.229 en 1991 à 4.056 en 2026. Durant les 35 années d’indépendance, des infrastructures éducatives modernes capables d’accueillir 1,8 million d’élèves ont été construites pour 8,4 milliards de somonis, soit environ 782 millions d’euros. Le pays compte désormais 2,462 millions d’élèves, soit environ deux fois plus qu’en 1991.

L’enseignement supérieur s’est lui aussi élargi. Le Tadjikistan comptait 13 établissements supérieurs et 70.600 étudiants en 1992, contre 51 établissements et 226.000 étudiants en 2026. Plus de 41.000 jeunes Tadjiks étudient actuellement à l’étranger et plus de 6.000 partent chaque année dans des établissements de pays développés. Le président a par ailleurs indiqué que le pays disposait désormais de 7.000 scientifiques titulaires de grades ou titres universitaires.

Dans la santé, le point de départ était particulièrement difficile selon le récit officiel : plus de 70% des professionnels médicaux hautement qualifiés auraient quitté le pays pendant les premières années de l’indépendance. Depuis lors, plus de 40.000 médecins et 228.000 professionnels de niveau médical intermédiaire ont été formés au Tadjikistan ou à l’étranger, selon le président. Parallèlement, 3.111 nouvelles structures sanitaires ont été construites.

Le président a également souligné le poids des femmes dans ces secteurs. Elles représentent 73% des personnels de l’éducation et 72% de ceux de la santé. Sur le plan culturel, 446 équipements ont été construits, reconstruits ou mis en service pendant la période d’indépendance. En 2026, 24 sites historiques et culturels tadjiks figurent sur les listes du patrimoine matériel de l’Unesco et 13 éléments culturels sont inscrits au patrimoine immatériel.

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Ouverture régionale et engagement international : du désenclavement à 2050

Le désenclavement constitue l’une des transformations physiques les plus importantes revendiquées par Douchanbé. Pendant les années d’indépendance, 63 projets publics d’investissement dans les transports et les routes ont été réalisés pour 30 milliards de somonis, soit environ 2,79 milliards d’euros. Ils ont notamment permis la construction de 3.200 kilomètres de routes nationales et internationales, de 254 ponts et de 43 kilomètres de tunnels routiers. Quelque 220 kilomètres de lignes ferroviaires accompagnées de leurs infrastructures ont également été mis en service.

Cette transformation répond à une contrainte géographique majeure. Certaines parties du territoire tadjik étaient autrefois coupées les unes des autres durant de longs mois, a rappellé le président dans son discours. La mise en place d’un réseau de transport continu est ainsi présentée par les autorités comme le passage d’un pays enclavé et fragmenté vers un territoire mieux connecté, avec l’ambition de renforcer son rôle de transit en Asie centrale.

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Sur le plan diplomatique, Douchanbé revendique une politique d’ouverture fondée sur le principe des « portes ouvertes ». Le Tadjikistan est aujourd’hui reconnu par 192 États et entretient des relations diplomatiques avec 186 pays. À l’initiative du pays, 20 résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies actuellement mises en œuvre ont été adoptées. Le président met notamment en avant les dossiers de l’eau, du climat, de la sécurité, de l’énergie verte et de la paix comme les principaux champs d’engagement international du pays.

Pour Emomali Rahmon, ces acquis ne ferment toutefois pas le chapitre de l’indépendance. « L’indépendance est une responsabilité continue des générations », a déclaré le président. Le cap annoncé est désormais fixé à 2040, échéance à laquelle le pouvoir veut faire du Tadjikistan une économie industrielle et technologique appuyée sur l’énergie verte, des infrastructures modernes et un capital humain compétitif, selon le chef de l’État. À l’horizon 2050, l’objectif officiel est de construire une économie fondée sur la connaissance, la numérisation et l’utilisation à grande échelle de l’intelligence artificielle.

Par Païsiy Ukhanov
Le 09/10/2026

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