L’Ouzbékistan creuse son déficit malgré l’essor des échanges
L’Ouzbékistan creuse son déficit malgré l’essor des échanges

Le commerce extérieur de l’Ouzbékistan continue de grossir, mais derrière la progression des échanges se dessine un déséquilibre beaucoup moins confortable. Les importations accélèrent, les ventes d’or ont ralenti et le déficit s’élargit. Dans le même temps, de nouveaux marchés, de l’Afghanistan à Hong Kong, prennent une place inattendue dans la géographie commerciale du pays.

Le commerce extérieur de l’Ouzbékistan grossit, le déficit aussi

Au 18 août 2026, la photographie du premier semestre révèle une économie ouzbèke toujours plus connectée au reste du monde. Entre janvier et juin 2026, le commerce extérieur a atteint environ 35,4 milliards d’euros, en hausse de 7,4% sur un an, annonce le Comité national des statistiques. L’Ouzbékistan échange davantage, avec davantage de partenaires, mais la croissance des flux masque une évolution beaucoup moins homogène entre exportations et importations.

Les ventes à l’étranger ont en effet reculé de 8,8%, à environ 13,7 milliards d’euros, alors que les importations ont bondi de 21%, à près de 21,7 milliards d’euros. Le résultat est immédiat : le déficit extérieur atteint quelque 8 milliards d’euros sur seulement six mois. Pour Tachkent, le sujet n’est donc plus uniquement d’augmenter le volume des échanges. Il s’agit désormais de vendre davantage de produits à forte valeur ajoutée et de limiter l’écart entre une demande d’importations très dynamique et des recettes d’exportation plus irrégulières.

Le contraste est saisissant. D’un côté, les flux commerciaux progressent de 7,4%. De l’autre, le solde extérieur se détériore fortement. La raison tient d’abord au rythme des importations, dont la hausse de 21% a largement dépassé la dynamique générale du commerce. Cette poussée intervient dans une économie qui investit, équipe ses entreprises et absorbe toujours davantage de biens étrangers. Elle alourdit néanmoins la facture extérieure à un moment où les exportations totales se replient.

La baisse des ventes à l’étranger ne raconte toutefois qu’une partie de l’histoire. En retirant l’or de l’équation, la tendance change complètement : les exportations de marchandises hors métal précieux ont atteint environ 7,1 milliards d’euros, soit une progression de 28,7% en un an. Cette donnée est essentielle pour comprendre le commerce ouzbek actuel. Le recul global des exportations provient donc largement de la composante aurifère, traditionnellement capable de faire varier fortement les statistiques d’un mois à l’autre, tandis qu’une partie plus diversifiée de l’appareil exportateur continue de croître.

La structure des ventes confirme cette évolution encore incomplète. Les marchandises représentent 60,9% des exportations. Les produits industriels pèsent 15,2% du total, les différents articles manufacturés 8,6%, l’alimentation et les animaux vivants 8,3%, tandis que les produits chimiques et apparentés comptent pour 8,1%. L’économie ouzbèke reste donc exposée aux matières premières, mais son commerce extérieur ne se limite plus à quelques produits emblématiques. Le défi consiste désormais à transformer cette diversification en recettes suffisamment importantes pour compenser l’augmentation des achats à l’étranger.

Ce décalage explique pourquoi le déficit mérite davantage d’attention que la seule hausse du commerce total. Un déficit commercial n’est pas nécessairement un signal négatif lorsque les importations correspondent à des machines, des équipements ou des intrants destinés à augmenter la capacité productive. Mais une progression durable des achats extérieurs exige, à terme, une base exportatrice capable de suivre. C’est précisément sur ce terrain que les autorités ouzbèkes cherchent désormais à intervenir.

Chine, Russie, Afghanistan : les échanges changent de géographie

La Russie demeure le premier marché des produits ouzbeks. Au premier semestre 2026, les exportations vers la Fédération de Russie ont représenté environ 2,1 milliards d’euros. La Chine arrive en deuxième position avec environ 1,21 milliard d’euros, devant l’Afghanistan, qui a absorbé près de 831 millions d’euros de marchandises et de services ouzbeks. Le Kazakhstan suit avec environ 620 millions d’euros, puis la France avec près de 611 millions.

Ce classement illustre une caractéristique centrale de la diplomatie économique de Tachkent : ses débouchés ne se limitent ni à l’espace postsoviétique ni à la Chine. Les dix premiers marchés représentent 52,8% des exportations, selon le Comité national des statistiques. Autrement dit, presque la moitié des ventes ouzbèkes se répartissent déjà sur une multitude d’autres destinations. Cette dispersion offre une forme de protection face aux chocs touchant un partenaire particulier, même si la Russie, la Chine et plusieurs voisins d’Asie centrale conservent un poids déterminant.

Les flux bilatéraux montrent cependant que la Chine occupe une place bien plus importante lorsqu’on additionne achats et ventes. Le commerce sino-ouzbek a progressé de près de 38% au premier semestre pour atteindre environ 8,2 milliards d’euros. Les exportations ouzbèkes vers la Chine ont augmenté de 32,4%, mais les importations en provenance du pays ont grimpé de 39,3%, à près de 7 milliards d’euros. Le déficit bilatéral avec Pékin s’est ainsi élevé à environ 5,7 milliards d’euros.

La relation avec la Russie est moins déséquilibrée, même si les importations restent nettement supérieures aux exportations. Les échanges russo-ouzbek ont progressé de 15,7%, à environ 6,1 milliards d’euros. Les exportations ouzbèkes se sont accrues de 15,4%, tandis que les importations russes vers l’Ouzbékistan ont progressé de 15,9%. La Russie conserve ainsi son statut de premier débouché, alors que la Chine s’impose surtout comme le principal pôle d’approvisionnement.

L’Ouzbékistan diversifie son commerce au-delà de l’or

Les évolutions les plus spectaculaires se trouvent pourtant ailleurs. Le commerce avec l’Afghanistan a augmenté de 50,2 % au premier semestre, à environ 934 millions d’euros, selon Meo.ru. Les seules exportations ouzbèkes vers le voisin méridional ont progressé de 60,2 % pour avoisiner 831 millions d’euros, faisant de l’Afghanistan le troisième marché d’exportation du pays. Pour une économie enclavée, l’importance grandissante de ce débouché frontalier est loin d’être secondaire.

Le Kirghizstan enregistre lui aussi une forte accélération. Les échanges ont augmenté de 45%, à environ 540 millions d’euros, tandis que les exportations ouzbèkes ont bondi de 70%, à quelque 391 millions d’euros. Ce dynamisme confirme la densification économique de l’Asie centrale, où l’ouverture des frontières, la multiplication des accords bilatéraux et l’amélioration des infrastructures ont progressivement transformé les relations commerciales depuis plusieurs années.

Plus surprenant encore, Hong Kong a émergé parmi les principaux débouchés. Le Comité national des statistiques chiffre les exportations ouzbèkes vers le territoire à environ 470 millions d’euros au premier semestre, ce qui le place devant la Turquie et derrière la France. Le commerce total avec Hong Kong a été multiplié par plus de huit sur un an, tandis que les exportations ont été multipliées par environ vingt. Cette poussée extrêmement rapide illustre la capacité de certains flux spécifiques à modifier, en quelques mois, la carte du commerce extérieur ouzbek.

La France constitue un autre cas notable. Les échanges ont progressé de 30,7%, à environ 770 millions d’euros, tandis que les exportations ouzbèkes vers le marché français ont augmenté de 56%, à quelque 611 millions d’euros. À l’inverse, la Turquie présente une dynamique beaucoup plus modérée : le commerce bilatéral n’a augmenté que de 3,7% et les exportations ouzbèkes sont restées pratiquement stables, selon le même média. Les marchés extérieurs de l’Ouzbékistan ne progressent donc pas au même rythme, et plusieurs destinations jusque-là secondaires gagnent rapidement en poids.

Cette diversification reste néanmoins très concentrée lorsqu’on observe le haut du classement. Le président Shavkat Mirziyoyev a indiqué le 18 août que 60% des exportations de l’Ouzbékistan étaient encore dirigées vers vingt pays, selon la présidence. Pour Tachkent, l’objectif n’est donc pas seulement d’ajouter de nouveaux marchés sur la carte, mais aussi d’augmenter la profondeur commerciale dans les pays où les entreprises ouzbèkes ont déjà appris à répondre aux normes, à la concurrence et à la demande locale.

Soutenir les échanges : la nouvelle offensive exportatrice de Tachkent

Le pouvoir ouzbek a précisément choisi ce moment pour renforcer son dispositif d’accompagnement. Lors de son dialogue avec les entrepreneurs le 18 août 2026, Shavkat Mirziyoyev a déclaré qu’« une forte concurrence se joue désormais sur les marchés extérieurs pour chaque euro d’exportation », traduction de sa déclaration publiée par la présidence. Derrière cette formule, Tachkent reconnaît plusieurs faiblesses très concrètes : 40% des exportateurs interrogés rencontrent des difficultés pour trouver des clients étrangers, 36% peinent à adapter leurs produits aux normes et certifications, 37% signalent un manque d’outils financiers adaptés et 33% un déficit d’informations, de marketing ou de compétences en matière de marque, selon la présidence ouzbèke.

La réponse annoncée prend la forme d’un « Export Navigator ». Le gouvernement veut identifier 100 produits capables de renforcer leurs positions à l’étranger, puis travailler, pour chacun d’eux, sur la concurrence, les tarifs douaniers et les solutions logistiques, selon la présidence. Les autorités prévoient parallèlement un programme d’adaptation de la production aux marchés extérieurs dans 2.000 entreprises, ainsi qu’un accompagnement spécifique sur les normes, les certifications et le financement.

Tachkent entend aussi subventionner directement la conquête commerciale. L’État prévoit de prendre en charge la moitié des coûts liés au recours à un spécialiste étranger de la marque, d’accorder jusqu’à environ 43.000 euros pour promouvoir une marque nationale à l’étranger, de rembourser la moitié des dépenses de stockage et de commercialisation via les places de marché et de couvrir 80% de certaines prestations de conseil liées aux appels d’offres internationaux, selon la présidence. L’ensemble du nouveau système de soutien aux exportateurs doit bénéficier d’une enveloppe équivalente à environ 865 millions d’euros.

La politique commerciale avance en parallèle par accords préférentiels. En 2026, l’Ouzbékistan a obtenu la levée au Kazakhstan de restrictions portant sur onze catégories de matériaux de construction, instauré avec le Turkménistan un régime mutuel de commerce sans droits de douane pour des produits fabriqués localement et conclu des accords préférentiels couvrant 150 catégories de produits avec la Jordanie, 88 avec le Pakistan et 34 avec l’Iran et l’Afghanistan. D’autres négociations concernent notamment la Mongolie, les Émirats arabes unis, Oman, la Malaisie, Singapour, l’Indonésie, l’Égypte et l’Inde.

L’effort touche enfin la logistique, talon d’Achille structurel d’un pays doublement enclavé. La présidence prévoit notamment la mise en service d’un centre logistique d’une capacité de 500.000 tonnes dans le port géorgien de Poti, ainsi que de nouveaux centres de transport et de logistique en Ouzbékistan. L’objectif officiel est d’augmenter de 25% le volume de marchandises en transit et de porter les exportations de services logistiques à environ 3 milliards d’euros. Dans le même temps, le gouvernement fixe pour 2026 une cible de plus de 34,6 milliards d’euros d’exportations : un objectif ambitieux au regard du recul enregistré pendant les six premiers mois de l’année, et qui place désormais les entreprises exportatrices au centre de la stratégie économique.

Illustration www.magnific.com.

Par Païsiy Ukhanov
Le 08/19/2026

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