Les ruines d’un vaste complexe qui pourrait avoir servi de palais à des dirigeants du VIIIe siècle viennent d’être mises au jour sur le site archéologique de Mingtepa, en Ouzbékistan. Cette découverte pourrait renouveler les connaissances sur l’organisation politique de la Sogdiane à la veille des profondes mutations du début du Moyen Âge.
Des ruines d’un palais au cœur de l’ancienne citadelle de Mingtepa
Le 20 juillet 2026, l’Agence du patrimoine culturel d’Ouzbékistan a annoncé une découverte majeure réalisée sur le site archéologique de Mingtepa, dans le district de Jomboy, près de Samarcande. Des chercheurs y ont identifié les ruines d’un imposant complexe architectural susceptible d’avoir constitué le palais des dirigeants locaux durant la première moitié du VIIIe siècle. Les investigations se poursuivent, mais les premiers éléments mis au jour laissent entrevoir un ensemble de grande importance pour la compréhension de l’histoire politique et urbaine de la Sogdiane.
Les fouilles sont conduites par Amriddin Berdimurodov, Husniddin Rakhmonov et Nigora Makhkamova, trois spécialistes de l’Institut d’archéologie Yahya Gulyamov de Samarcande. Selon les autorités ouzbèkes, les vestiges découverts présentent des caractéristiques architecturales qui témoignent d’un haut niveau de maîtrise technique et pourraient apporter un éclairage inédit sur les centres de pouvoir de cette région stratégique de la Route de la soie.
Les archéologues ont localisé le bâtiment dans l’ancienne citadelle, ou Ark, qui constituait le noyau politique et administratif de la ville antique. Cette partie fortifiée accueillait traditionnellement les résidences des souverains ainsi que les principaux bâtiments du pouvoir. Les spécialistes estiment que le complexe remonte à la première moitié du VIIIe siècle, une période charnière marquée par de profonds bouleversements en Asie centrale.

© Агентство культурного наследия Республики Узбекистан
Au cours des fouilles, plusieurs éléments remarquablement conservés ont été dégagés. Les chercheurs ont notamment identifié les fondations de vastes salles, des structures murales ainsi que des fragments de sculptures datant de la même époque. Ces sculptures, retrouvées dans ce qui pourrait correspondre à la salle principale du palais, font actuellement l’objet d’analyses approfondies afin de déterminer leur fonction et leur iconographie. Selon l’Agence du patrimoine culturel d’Ouzbékistan, ces découvertes « permettront d’obtenir de nouvelles informations scientifiques sur la vie politique et culturelle de Mingtepa ainsi que sur le développement de la région au début du Moyen Âge », indiquent les archéologues.
Cette découverte s’inscrit dans un programme de recherches plus vaste engagé depuis plusieurs années sur le site. Dès le printemps 2026, des campagnes de fouilles associant des chercheurs ouzbeks et japonais avaient déjà permis de mettre au jour des peintures murales, des vestiges monumentaux ainsi qu’un probable temple remontant au VIIe siècle. Les nouvelles ruines complètent désormais un ensemble exceptionnel qui permet de mieux comprendre l’évolution de la cité à l’époque où la Sogdiane constituait l’un des principaux carrefours commerciaux entre la Chine, la Perse et le monde méditerranéen.
Le monument mis au jour confirme l’importance historique de Mingtepa
Les historiens considèrent Mingtepa comme l’un des plus importants établissements sogdiens de la vallée du Zeravchan. Occupée approximativement entre le Ve siècle et le milieu du VIIIe siècle, la ville contrôlait un axe majeur de circulation reliant Samarcande aux autres grands centres urbains d’Asie centrale. Plusieurs chercheurs estiment également qu’elle pourrait correspondre à l’ancienne cité de Kabudan évoquée dans certaines chroniques chinoises, même si cette identification continue de faire l’objet de débats scientifiques.
L’intérêt de cette découverte dépasse largement le seul cadre architectural. Les techniques de construction observées, l’organisation des espaces et la qualité des éléments décoratifs offrent de précieux indices sur la manière dont les élites sogdiennes administraient leurs territoires avant la généralisation de la domination arabe dans la région. Les spécialistes espèrent également que les analyses des sculptures et des matériaux permettront de préciser les influences artistiques qui circulaient alors le long de la Route de la soie. À une époque où marchands, diplomates, religieux et artisans parcouraient quotidiennement ces itinéraires commerciaux, les grands ensembles monumentaux jouaient autant un rôle politique que symbolique, incarnant la puissance des souverains locaux tout en reflétant les multiples échanges culturels qui façonnaient l’Asie centrale.

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Les ruines du VIIIe siècle trouvent un écho dans les grands sites du Tadjikistan
La découverte de Mingtepa présente de nombreuses similitudes avec les grands ensembles archéologiques conservés au Tadjikistan voisin, où plusieurs sites permettent déjà de mieux comprendre la civilisation sogdienne du haut Moyen Âge. Le plus emblématique est celui de Pendjikent, situé dans la vallée du Zeravchan. Occupée entre le Ve et le VIIIe siècle, cette ancienne cité a livré depuis le milieu du XXe siècle des palais, des temples zoroastriens, des demeures aristocratiques et de spectaculaires peintures murales qui figurent parmi les témoignages les plus remarquables de l’art sogdien.
Les fouilles de Pendjikent ont profondément renouvelé les connaissances sur l’organisation des villes d’Asie centrale avant la conquête arabe. Les chercheurs y ont identifié un urbanisme élaboré, avec des quartiers spécialisés, un système défensif sophistiqué et des bâtiments officiels richement décorés. Les éléments mis au jour à Mingtepa pourraient désormais compléter ce tableau en apportant des informations inédites sur un autre grand centre politique de la même période. La comparaison entre les deux sites devrait notamment permettre de mieux comprendre les différences régionales dans l’architecture des résidences princières.
Les archéologues s’intéressent également aux archives exceptionnelles découvertes au mont Mug, dans l’ouest du Tadjikistan. Ce site a livré 81 documents rédigés en sogdien, qui constituent aujourd’hui l’une des principales sources sur les événements politiques du début du VIIIe siècle. Ces manuscrits relatent notamment les difficultés rencontrées par le souverain Devashtich face à l’expansion arabe et offrent un éclairage précieux sur les structures administratives de la Sogdiane. Si des inscriptions ou des documents venaient un jour à être retrouvés à Mingtepa, ils pourraient considérablement enrichir cette documentation encore relativement limitée.
Au-delà de leur intérêt historique, ces différents monuments témoignent du remarquable niveau de développement atteint par les cités sogdiennes. Leur architecture associe influences iraniennes, traditions locales et apports venus de l’Inde comme de la Chine, illustrant le rôle majeur joué par cette région au cœur des échanges de la Route de la soie. Les chercheurs espèrent désormais que les nouvelles fouilles permettront d’établir des parallèles plus précis entre ces grands centres urbains contemporains.
Ruines, palais et sculptures ouvrent de nouvelles perspectives scientifiques
À Mingtepa, les investigations sont loin d’être terminées. Les spécialistes poursuivent actuellement l’étude des sculptures découvertes dans la salle principale du palais présumé, ainsi que l’analyse des techniques de construction employées. L’objectif est de déterminer avec davantage de certitude la fonction exacte de l’édifice et son statut au sein de la ville antique. Les premières observations laissent penser qu’il s’agissait d’un complexe officiel de premier plan, mais plusieurs campagnes de fouilles seront encore nécessaires pour confirmer cette hypothèse.
Les archéologues accordent également une attention particulière aux matériaux de construction, aux décors architecturaux et aux objets qui pourraient être mis au jour dans les niveaux encore inexplorés. Ces éléments permettront de reconstituer l’organisation des espaces, les pratiques cérémonielles et, peut-être, certains aspects de la vie quotidienne des élites qui administraient la cité au cours de la première moitié du VIIIe siècle.
Cette découverte confirme surtout le potentiel scientifique encore considérable des grands sites archéologiques d’Asie centrale. Si Samarcande, Boukhara ou Pendjikent concentrent depuis longtemps l’attention des chercheurs, Mingtepa apparaît désormais comme un monument majeur pour comprendre les derniers siècles d’indépendance des cités sogdiennes avant les profondes transformations politiques intervenues au début du Moyen Âge. Les travaux en cours pourraient ainsi contribuer à préciser l’organisation du pouvoir régional, les échanges artistiques et les réseaux économiques qui faisaient de cette partie de l’Asie centrale l’un des principaux carrefours du continent.
