Canicule en Ouzbékistan : le pays a connu un pic historique de consommation d’électricité
Canicule en Ouzbékistan : le pays a connu un pic historique de consommation d'électricité

L’Ouzbékistan a connu un pic de consommation électrique historique de 293,4 millions kWh le 17 juillet 2026, provoquant des coupures qui ont touché 8.200 consommateurs et imposant des coûts cachés massifs aux entreprises : location de générateurs, transport d’urgence de marchandises, perte de productivité.

Crise énergétique en Ouzbékistan : quand la demande explose et paralyse les entreprises

Avec 293,4 millions de kilowattheures consommés le 17 juillet 2026, l’Ouzbekistan a franchi un seuil historique qui révèle les failles structurelles de son infrastructure énergétique. Au-delà du record, les entreprises du pays subissent une facture cachée qui menace leur rentabilité. Transport d’urgence de marchandises périssables, location de générateurs, perte de productivité : la canicule se transforme en crise économique silencieuse pour le secteur privé.

Le 17 juillet 2026, l’Ouzbékistan a enregistré une consommation électrique de 293,4 millions de kilowattheures, dépassant de 7,6% le maximum atteint l’été précédent. Cette hausse de 20,8 millions kWh en un an marque une accélération brutale de la demande énergétique. Depuis le 13 juillet, les records s’accumulent quotidiennement, créant une pression inédite sur le réseau national. Selon le ministère de l’Énergie, la production totale a atteint 305 millions kWh le même jour, franchissant pour la première fois la barre des 300 millions. Pourtant, la marge de sécurité reste dérisoire : moins de 5 millions kWh séparent la production de la consommation.

Les températures extrêmes, oscillant entre 43 et 45°C dans les zones tempérées et atteignant 49°C au sud du pays, ont propulsé l’usage des climatiseurs à des niveaux jamais observés. À Tachkent, le thermomètre a grimpé à 44,3°C le 19 juillet 2026, frôlant le record absolu de 1997 avec seulement 0,3°C d’écart. Dans la vallée de Fergana, les records de température maximale ont été renouvelés deux à trois fois en quelques jours seulement, amplifiant la demande électrique dans cette région densément peuplée.

Les coupures ciblées ont impacté 8.200 consommateurs

Face à la saturation du réseau, le ministère de l’Énergie a procédé à des coupures ciblées le 17 juillet 2026, privant d’électricité plus de 8.200 consommateurs dans neuf districts de Tachkent et deux districts de la région environnante. L’autorité gouvernementale justifie ces interruptions par la nécessité d’éviter une défaillance massive du système. « Lorsque besoin il y a, des mesures opérationnelles sont prises, y compris la redistribution de la charge, pour éviter la surcharge et la surchauffe de l’équipement », explique le ministère.

Les entreprises commerciales figurent parmi les premières victimes de ces délestages programmés. Les magasins de détail, supermarchés et restaurants doivent composer avec des interruptions imprévisibles qui compromettent la conservation des produits frais. Les zones industrielles périurbaines subissent également des coupures répétées, perturbant les chaînes de production et générant des retards logistiques. L’impact économique de ces mesures d’urgence dépasse largement le simple désagrément temporaire, comme l’illustrent les témoignages recueillis sur le terrain.

Les commerçants ouzbeks découvrent une réalité financière brutale. Chaque coupure impose un transfert d’urgence des produits réfrigérés vers des entrepôts équipés de générateurs autonomes, multipliant les frais de transport. La location de groupes électrogènes, devenue indispensable pour assurer la continuité d’activité, représente un surcoût mensuel pouvant atteindre plusieurs milliers de dollars selon la taille de l’établissement. À cela s’ajoute le carburant nécessaire au fonctionnement de ces installations, dont le prix flambe avec la demande exceptionnelle. Les petits commerces, dépourvus de trésorerie suffisante, se retrouvent pris en étau entre l’obligation d’investir dans des solutions d’urgence et le risque de perdre leur stock. Certains ont déjà renoncé à commander des produits frais, réduisant leur offre et leur chiffre d’affaires.

Perte de productivité et hausse des dépenses énergétiques : quel impact sur les marges ?

Au-delà des coûts directs, la canicule érode la productivité des entreprises. Les employés travaillant dans des locaux privés de climatisation voient leur efficacité chuter drastiquement. Les ateliers de confection textile, secteur clé de l’économie ouzbèke, signalent des baisses de rendement de 20 à 30% lors des pics de chaleur. Les entreprises du bâtiment suspendent les chantiers aux heures les plus chaudes, accumulant des retards qui compromettent les délais contractuels.

Les dépenses énergétiques explosent parallèlement. Les entreprises équipées de générateurs consomment du carburant à un rythme insoutenable, tandis que celles raccordées au réseau voient leurs factures gonfler avec l’usage intensif de la climatisation. Cette double peine financière comprime les marges bénéficiaires, menaçant la viabilité de nombreuses PME déjà fragilisées par un contexte économique régional tendu. Les prévisions tablent sur une baisse de rentabilité moyenne de 10 à 15% pour le trimestre en cours dans le secteur commercial.

Pourquoi l’Ouzbékistan ne peut pas absorber ses propres besoins

Les chiffres du 17 juillet 2026 révèlent une fragilité structurelle alarmante. Avec 305 millions kWh produits pour une consommation de 293,4 millions kWh, la marge disponible atteint à peine 11,6 millions kWh, soit moins de 4% de la production totale. Cette réserve dérisoire ne permet aucune flexibilité en cas de panne ou de pic supplémentaire. Les normes internationales recommandent une marge de sécurité d’au moins 15 à 20% pour garantir la stabilité d’un réseau électrique national.

L’infrastructure de production énergétique ouzbèke repose principalement sur des centrales thermiques vieillissantes et des installations hydroélectriques dont le rendement fluctue selon les saisons. Le service météorologique Uzgidromet confirme que la vague de chaleur résulte d’une dépression thermique formée au-dessus de l’Iran, créant une crête d’altitude qui canalise l’air surchauffé vers l’Asie centrale. Ce phénomène, appelé à se répéter avec le réchauffement climatique, impose une refonte complète de la stratégie énergétique nationale.

Investissements manquants et dépendance aux importations : les défis structurels du secteur énergétique ouzbek

L’Ouzbekistan accuse un retard d’investissement majeur dans ses capacités de production électrique. Les projets de centrales solaires, pourtant adaptés au climat désertique du pays, peinent à se concrétiser faute de financements suffisants. Les petites installations photovoltaïques contribuent marginalement à la production nationale, loin des volumes nécessaires pour absorber la croissance de la demande. Les experts estiment qu’il faudrait investir au minimum 5 milliards de dollars sur cinq ans pour moderniser le parc énergétique et créer de nouvelles capacités.

La dépendance aux importations d’électricité depuis les pays voisins constitue un autre talon d’Achille. Lorsque la demande régionale explose simultanément, comme lors de cette vague de chaleur, les approvisionnements extérieurs se tarissent. Le pays se retrouve isolé, contraint de rationner sa propre consommation pour éviter un effondrement total du réseau. Les entreprises ouzbèkes paient le prix fort de cette vulnérabilité structurelle, sans perspective d’amélioration à court terme.

Stratégies de redistribution de charge : comment l’État gère la pénurie

Face à la saturation du réseau, le gouvernement ouzbek multiplie les interventions d’urgence. Les équipes de dépannage travaillent 24 heures sur 24 pour redistribuer la charge électrique entre les zones géographiques, soulageant temporairement les districts les plus sollicités. Les industries lourdes, grandes consommatrices d’énergie, reçoivent des injonctions à réduire leur activité aux heures de pointe. Les autorités envisagent également d’instaurer des plages horaires de délestage programmé pour les quartiers résidentiels, permettant de préserver l’alimentation des infrastructures critiques.

Ces mesures palliatives ne résolvent pas le problème de fond. La croissance démographique urbaine, l’expansion du parc de climatiseurs et l’électrification croissante des transports alimentent une demande qui progresse de 5 à 7% par an. Sans investissements massifs dans la production et la modernisation du réseau de distribution, l’Ouzbékistan risque de connaître des crises énergétiques à répétition chaque été. Les entreprises, premières victimes de cette instabilité, réclament un plan d’action gouvernemental ambitieux. Leur survie économique en dépend, tout comme la résilience des infrastructures critiques face aux chocs climatiques futurs.

La canicule de juillet 2026 aura au moins eu le mérite d’exposer crûment les limites du système énergétique ouzbek. Reste à savoir si les autorités sauront transformer cette crise en catalyseur de réformes structurelles, ou si les entreprises devront apprendre à vivre avec des coupures récurrentes comme nouvelle normalité.

Illustration www.magnific.com.

Par Païsiy Ukhanov
Le 07/20/2026

Newsletter

Pour rester informé des actualités de l’Asie centrale