Centre financier international : l’Ouzbékistan mise sur Tachkent pour transformer son économie
Centre financier international : l'Ouzbékistan mise sur Tachkent pour transformer son économie

Le gouvernement de l’Ouzbékistan vient de créer le Centre financier international de Tachkent, un territoire spécial doté de régimes juridiques, monétaires et fiscaux particuliers. Avec des avantages fiscaux jusqu’en 2076 et l’application du droit anglais, Tachkent vise à diversifier une économie dépendante du coton et des hydrocarbures en attirant capitaux étrangers et expertise financière.

Le Centre financier international comme vecteur de transformation structurelle

Le 13 juillet 2026, l’Ouzbékistan a officialisé la création du Centre financier international de Tachkent. Selon le droit constitutionnel adopté le 1er juillet par la Chambre législative puis approuvé le 9 juillet par le Sénat, ce centre doit contribuer au développement des services financiers internationaux, à l’attraction des investissements et à l’augmentation de la compétitivité de l’économie nationale. L’application du droit de l’Angleterre et du Pays de Galles, incluant la common law et l’equity, offre un cadre juridique familier aux investisseurs occidentaux, réduisant les coûts de transaction et les risques perçus. L’anglais devient la langue officielle du centre pour tous les actes, registres et procédures judiciaires, facilitant l’intégration aux standards internationaux.

Le dispositif fiscal constitue l’argument principal du TIFC. Les participants bénéficieront d’avantages fiscaux jusqu’en 2076, soit un horizon de plus de cinquante ans, inédit dans la région. Cette stabilité fiscale vise à attirer non seulement des institutions financières établies, mais aussi des fonds d’investissement, des sociétés de gestion d’actifs et des acteurs de la fintech. Le centre autorise explicitement les opérations sur actifs numériques, cryptomonnaies et bourses de cryptomonnaies, anticipant la montée en puissance de la finance numérique. Les décisions du Conseil du centre auront une force prépondérante sur son territoire face aux actes nationaux contradictoires, sauf la Constitution, le droit constitutionnel et les traités internationaux.

L’économie ouzbèke en proie à une dépendance au coton et aux hydrocarbures

L’Ouzbékistan reste largement tributaire de ses exportations traditionnelles. Le coton, surnommé « or blanc », et les hydrocarbures constituent les piliers d’un modèle économique peu diversifié, vulnérable aux fluctuations des cours mondiaux. Face aux tensions géopolitiques régionales et à la volatilité des marchés des matières premières, Tachkent cherche depuis plusieurs années à élargir sa base productive. Les services financiers internationaux représentent un secteur à forte valeur ajoutée, susceptible de générer emplois qualifiés et transferts de technologies.

Avec ce Centre financier international, l’Ouzbékistan se positionne face à ses concurrents : le Kazakhstan, Dubaï, Singapour

L’Ouzbékistan ne part pas seul dans cette course aux centres financiers. Le Kazakhstan a lancé l’Astana International Financial Centre (AIFC) en 2018, Dubaï consolide son Dubai International Financial Centre (DIFC) depuis 2004, tandis que Singapour domine la finance asiatique depuis des décennies. Tachkent doit donc différencier son offre. Les avantages fiscaux jusqu’en 2076 surpassent ceux de nombreux concurrents. La proximité géographique avec les marchés russe, chinois et indien, combinée à des coûts opérationnels inférieurs à ceux de Dubaï ou Singapour, constitue un atout. Reste à convaincre les investisseurs que la stabilité politique et la prévisibilité réglementaire seront au rendez-vous sur plusieurs décennies.

La rapidité du processus législatif témoigne d’une volonté politique forte. Entre l’adoption par la Chambre législative le 1er juillet et la signature présidentielle le 13 juillet, moins de deux semaines se sont écoulées. Les frontières initiales du centre seront établies par le président, avec possibilité d’expansion mais pas de réduction, garantissant une trajectoire de croissance. Une cour commerciale indépendante, le Ташкентский международный коммерческий суд, traitera les litiges selon les standards internationaux. Les participants peuvent inclure des personnes morales étrangères et ouzbèkes, ainsi que des sociétés créées selon les règles du centre, élargissant le vivier potentiel d’acteurs économiques.

Cibles sectorielles : services financiers, fintech, actifs numériques

Le TIFC cible trois segments prioritaires. Les services financiers classiques (banques, assurances, gestion d’actifs) doivent s’implanter pour offrir une gamme complète de produits. La fintech, secteur en pleine expansion, bénéficiera d’un environnement réglementaire favorable et d’une main-d’œuvre qualifiée à coût compétitif. Les actifs numériques, souvent mal encadrés dans la région, trouvent ici un cadre juridique clair, susceptible d’attirer les plateformes d’échange et les fonds spécialisés. Le Conseil du centre déterminera les critères de participation, permettant une sélection rigoureuse des acteurs admis.

Plusieurs défis menacent la réussite du projet. La fragmentation juridique entre droit ouzbek et droit anglais pourrait générer des conflits normatifs, compliquant la gouvernance. La capacité à former suffisamment de juristes, régulateurs et professionnels financiers maîtrisant le droit anglais et la common law reste incertaine. La concurrence régionale s’intensifie, avec des centres établis disposant d’une avance considérable en termes de réputation et de réseau. Enfin, la stabilité politique et économique de l’Ouzbékistan sur plusieurs décennies, condition indispensable à la crédibilité des engagements fiscaux jusqu’en 2076, dépendra de facteurs internes et géopolitiques difficiles à anticiper.

Pourtant, le pari mérite d’être tenté. Si Tachkent parvient à attirer une masse critique d’institutions financières internationales, l’effet d’entraînement sur l’ensemble de l’économie pourrait être substantiel : création d’emplois qualifiés, transferts de compétences, intégration aux chaînes de valeur financières mondiales. Le succès du TIFC se mesurera moins à court terme qu’à l’horizon 2030-2035, lorsque les premiers résultats tangibles en termes d’investissements directs étrangers et de diversification sectorielle seront visibles. D’ici là, l’Ouzbékistan devra prouver que son centre financier international n’est pas qu’une vitrine législative, mais un véritable levier de transformation économique.

Illustration www.magnific.com.

Par Rodion Zolkin
Le 07/17/2026

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