En Ouzbékistan, une plateforme numérique pour traquer l’économie parallèle grâce à l’intelligence artificielle
En Ouzbékistan, une plateforme numérique pour traquer l'économie parallèle grâce à l'intelligence artificielle

D’ici fin 2026, en Ouzbékistan, une plateforme numérique baptisée « Carte de l’économie parallèle » sera pleinement déployée afin d’identifier automatiquement les secteurs et les territoires les plus exposés aux activités clandestines. Alimenté en temps réel par les données des administrations publiques, cet outil doit permettre aux autorités d’améliorer la gouvernance économique, de renforcer les recettes budgétaires et de réduire les risques liés aux fraudes.

L’Ouzbékistan mise sur les données pour détecter les risques d’économie parallèle

Le 26 juin 2026, le président Shavkat Mirziyoyev a présidé à Tachkent une réunion consacrée à la réduction de l’économie parallèle et au renforcement du contrôle exercé par le parquet dans ce domaine. Cette présentation a notamment permis de dévoiler les prochaines étapes du déploiement de la plateforme « Carte de l’économie parallèle », un projet qui illustre l’accélération de la transformation numérique de l’Ouzbékistan.

Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l’administration publique. Depuis plusieurs années, les autorités multiplient les réformes destinées à améliorer la transparence économique, à favoriser la concurrence loyale entre les entreprises et à réduire le poids de l’économie clandestine dans le pays.

Conçue par le Parquet général avec l’appui de spécialistes de la fiscalité, des douanes, des finances, des statistiques, de l’économétrie et des technologies numériques, la nouvelle plateforme fonctionne déjà en mode pilote. Son déploiement complet est attendu avant fin 2026.

En Ouzbékistan, une plateforme numérique pour traquer l'économie parallèle grâce à l'intelligence artificielle

© Magnific.com

Le système centralise les informations provenant actuellement de seize ministères et administrations. À terme, plus de soixante-dix systèmes d’information publics supplémentaires devront être interconnectés avant le 1er octobre afin d’enrichir les analyses automatisées, selon les autorités ouzbèkes. Les données sont traitées en temps réel afin d’identifier les anomalies et les activités présentant un risque élevé d’économie parallèle. Selon les informations communiquées par la présidence, la plateforme couvre déjà 22 grands secteurs économiques, 85 branches d’activité, les 14 régions du pays ainsi que 208 districts et villes.

Pour hiérarchiser les risques, l’algorithme s’appuie sur plus d’une centaine de critères. Les secteurs et territoires sont ensuite classés selon trois niveaux — vert, jaune ou rouge — en fonction du niveau estimé d’activités dissimulées et des pertes potentielles pour les finances publiques.

Ouzbékistan : une réponse technologique face aux risques de l’économie clandestine

L’objectif ne consiste pas uniquement à repérer les irrégularités. La plateforme est capable de détecter des entreprises exerçant sans licence, des chiffres d’affaires volontairement minorés, des emplois non déclarés, des masses salariales dissimulées ou encore des bénéfices sous-évalués.

Une fois les anomalies détectées, le système transmet automatiquement des missions aux administrations concernées et suit leur traitement. Si les difficultés persistent au niveau local, elles pourront être remontées automatiquement vers les autorités régionales puis nationales. La plateforme est également appelée à identifier les causes structurelles des dysfonctionnements afin de proposer, lorsque cela s’avère nécessaire, des évolutions réglementaires ou législatives.

Lors de cette présentation, Shavkat Mirziyoyev a insisté sur le rôle des outils numériques dans cette politique publique. Selon la présidence, le chef de l’État a déclaré qu’il fallait « accorder une attention prioritaire à la numérisation, renforcer les échanges de données entre les administrations, réduire au minimum le facteur humain et organiser un contrôle ciblé ».

Une économie parallèle en recul, mais encore importante en Ouzbékistan

Les autorités mettent en avant plusieurs résultats obtenus ces deux dernières années. La part de l’économie non observée serait ainsi passée de 35% à 23% de l’activité économique nationale. Dans le même temps, près de 38.000 milliards de soums de recettes supplémentaires auraient été enregistrés au profit du budget de l’État, tandis que le nombre d’emplois officiellement déclarés dépasse désormais 8,5 millions. Le salaire mensuel officiel moyen atteint pour sa part près de 6,5 millions de soums, selon les données présentées au président.

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Malgré cette amélioration, les pouvoirs publics reconnaissent que l’économie parallèle demeure importante. Les estimations pour le premier trimestre 2026 montrent notamment que les volumes d’activités non observées restent particulièrement élevés dans l’agriculture, évalués à 81,1 milliards de soums. Le commerce et les services représentent 24,5 billions de soums, la construction 23,9 billions et l’industrie 6,7 milliards de soums. Ces chiffres illustrent les difficultés persistantes à formaliser certains pans de l’économie.

Des objectifs ambitieux à l’horizon 2030 pour réduire les risques

Le lancement de cette plateforme s’inscrit dans une feuille de route plus vaste. Le gouvernement souhaite réduire de moitié la taille de l’économie parallèle d’ici à 2030. Parallèlement, les autorités ambitionnent de porter le nombre d’emplois officiellement déclarés à 14 millions et d’augmenter la part des paiements dématérialisés à 75%, afin de limiter les transactions difficiles à tracer.

Cette stratégie repose sur l’idée que la transformation numérique constitue un levier majeur de modernisation économique. En automatisant l’analyse des données administratives et en limitant les interventions humaines, l’exécutif espère renforcer la transparence, améliorer l’efficacité des contrôles et instaurer des conditions de concurrence plus équitables entre les entreprises.

Ces mesures interviennent dans un contexte économique favorable. Le Fonds monétaire international souligne que l’Ouzbékistan continue d’afficher une croissance soutenue et poursuit ses réformes structurelles destinées à renforcer le rôle du secteur privé tout en améliorant la gouvernance économique.

Illustrations www.magnific.comwww.magnific.com et www.magnific.com.

Par Rodion Zolkin
Le 06/30/2026

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