Minéraux critiques : l’Asie centrale et les États-Unis renforcent leur partenariat stratégique
Minéraux critiques : l'Asie centrale et les États-Unis renforcent leur partenariat stratégique

Le dialogue C5+1 sur les minéraux critiques organisé à Astana marque un tournant stratégique dans les relations entre les États-Unis et l’Asie centrale. Avec ses 9.500 gisements et sa position géographique privilégiée, le Kazakhstan devient un partenaire essentiel pour diversifier les approvisionnements américains face à la domination chinoise du secteur.
Un dialogue stratégique qui redessine les équilibres géopolitiques.

Le Kazakhstan, un géant minier aux ressources considérables

Le 10 juin 2026, à Astana, les cinq pays d’Asie centrale et les États-Unis ont organisé leur premier dialogue sur les minéraux critiques dans le format C5+1. Cette rencontre révèle l’importance croissante de l’Asie centrale dans la stratégie américaine de diversification des approvisionnements, face à la domination chinoise sur ces ressources stratégiques. Yersayin Nagaspayev, le ministre kazakhstanais de l’Industrie et de la Construction, a rappelé que les minéraux critiques constituent désormais « le fondement de la transition technologique mondiale et un élément clé du nouveau paysage industriel global ». L’Asie centrale dispose en effet d’une base de ressources minérales substantielle, d’un potentiel industriel croissant et d’une position stratégique entre les grands marchés mondiaux.

Avec plus de 9.500 gisements minéraux, dont plus de 100 contenant des métaux rares et des terres rares, le Kazakhstan s’impose comme un acteur incontournable. Le pays domine le marché mondial de l’uranium avec 39% de la production globale et 48,8% des exportations d’uranium naturel.

Les chiffres témoignent de cette puissance minérale : les exportations de cuivre raffiné ont généré 2 milliards de dollars en 2024, tandis que celles de zinc atteignaient 788 millions de dollars et l’argent 588 millions de dollars. En 2025, le Kazakhstan avait annoncé la découverte du gisement Zhana Kazakhstan, riche de plus de 20 millions de tonnes métriques de terres rares contenant néodyme, cérium, lanthane et yttrium.

Des réformes d’envergure pour séduire les investisseurs occidentaux

Depuis 2018, le Kazakhstan a transformé son secteur minier par des réformes ambitieuses. L’adoption d’un nouveau Code du sous-sol, inspiré des systèmes australiens et canadiens, introduit le principe « premier arrivé, premier servi » et simplifie l’accès aux ressources. La plateforme unifiée d’utilisation du sous-sol, lancée en 2023, et l’implémentation complète des normes internationales CRIRSCO depuis 2024 modernisent le cadre réglementaire.

Les résultats sont probants : les investissements dans l’exploration géologique ont triplé depuis 2018, dépassant le milliard de dollars. Rio Tinto, Barrick Gold, First Quantum, Ivanhoe, Teck, Fortescue et Cove Capital ont ainsi investi sur le marché kazakhstanais.

Minéraux critiques : l'Asie centrale et les États-Unis renforcent leur partenariat stratégique

© Akorda

Washington mise sur la diversification géographique

Sergio Gor, envoyé spécial américain pour l’Asie du Sud et centrale, a souligné l’importance croissante de la région dans la stratégie américaine. « Lorsque le président Trump a reçu les dirigeants du C5+1 à Washington l’automne dernier, il a clairement indiqué que l’Asie centrale n’avait pas reçu le niveau d’attention qu’elle méritait de la part des États-Unis », a-t-il déclaré.

Les résultats économiques témoignent de ce regain d’intérêt : au cours des neuf derniers mois, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan ont chacun annoncé plus de 20 milliards de dollars d’investissements aux États-Unis, tandis que les entreprises américaines multiplient les projets dans la région.

Le corridor transcaspien, une alternative géostratégique

Le développement du corridor de transport transcaspien, appelé corridor médian, constitue un enjeu stratégique majeur. Yersayin Nagaspayev a rappelé que « le Corridor transcaspien peut jouer un rôle important dans la diversification des routes de transport mondiales, le renforcement de la connectivité eurasiatique et le soutien aux chaînes d’approvisionnement fiables pour les minéraux critiques ».

La Société américaine de financement du développement international (DFC) explore des investissements dans les minéraux critiques, les télécommunications et les infrastructures centrasiatiques. Le mois dernier, la DFC a approuvé 2,5 milliards de dollars d’investissements stratégiques pour renforcer les chaînes d’approvisionnement.

Enjeux technologiques et indépendance stratégique

Les minéraux critiques occupent une position centrale dans la transition énergétique mondiale. Le cuivre relie directement l’exploitation minière aux réseaux électriques, aux véhicules électriques et aux centres de données. La Chine contrôle environ 70 % de la production mondiale de terres rares, créant une dépendance que Washington cherche à réduire.

Le projet Kaz Resources Inc dans la région de Karaganda illustre parfaitement l’extraction innovante de minéraux stratégiques. Le développement des gisements North Katpar et Upper Kairakty, avec leurs réserves estimées à 1,4 million de tonnes d’oxyde de tungstène, bénéficie d’une ligne de crédit de 900 millions de dollars de l’Export-Import Bank américaine et jusqu’à 700 millions de dollars de financement de la DFC.

Institutionnalisation d’une coopération prometteuse

Alissa Bibb, directrice adjointe du Bureau de l’Asie du Sud et centrale au département d’État américain, a présenté les plans du comité spécial nouvellement créé pour le dialogue sur les minéraux critiques. L’objectif vise à « opérationnaliser les engagements pris par nos dirigeants lors du sommet présidentiel de novembre 2025 ».

Le comité concentrera ses efforts sur l’exploration géologique, l’exploitation minière et le traitement, ainsi que l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales. Parmi les propositions figurent une plateforme numérique unifiée pour l’échange de données géologiques, l’harmonisation des normes techniques et environnementales, et l’expansion des programmes de transfert de technologie.

Avec 65% du territoire kazakhstanais demeurant géologiquement peu exploré, les opportunités de développement restent considérables dans ce pays classé au neuvième rang mondial par sa superficie. La convergence entre les besoins américains de sécurisation des approvisionnements et les ressources centrasiatiques ouvre une nouvelle ère de coopération stratégique. Dans un contexte géopolitique tendu, l’Asie centrale émerge comme un partenaire privilégié pour la diversification énergétique et minérale, à l’image des nouvelles découvertes de ressources énergétiques alternatives qui redessinent la géopolitique mondiale.

Par Païsiy Ukhanov
Le 06/11/2026

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