Le Centre d’art contemporain de Tachkent ouvrira ses portes en septembre 2026, transformant un bâtiment industriel de 1912 en première institution artistique moderne d’Ouzbékistan. Cette initiative ambitieuse, menée par Studio KO et Sara Raza, illustre la stratégie culturelle du pays pour rayonner à l’international.
Tachkent ouvre ses portes à l’art contemporain international
L’Ouzbékistan franchit un cap historique avec l’ouverture programmée du Centre d’art contemporain de Tachkent (CCA Tashkent) le 6 septembre 2026. Cette première institution du genre dans le pays transforme un ancien dépôt de tramways de 1912 en vitrine culturelle ambitieuse, portée par le Fonds de développement de la culture et de l’art d’Ouzbékistan.
Gayanè Oumérova, présidente du Fonds, ne cache pas ses ambitions : « Quand nous avons conçu le CCA Tachkent, je voulais en faire un lieu ouvert à tous, un espace d’inspiration, de dialogue et d’opportunités, un centre d’attraction pour la communauté ».
Quand l’industrie soviétique devient écrin artistique
Le choix du lieu témoigne d’une approche patrimoniale réfléchie. L’ancien dépôt de tramways et centrale électrique, conçu en 1912 par Wilhelm Heinzelmann, architecte en chef de la direction de construction de la région du Turkestan, renaît sous la houlette du prestigieux Studio KO parisien.
Karl Fournier et Olivier Marty ont respecté l’ossature de briques originelle tout en créant un pavillon suspendu destiné aux performances. L’innovation se niche dans les détails : les nouvelles fenêtres arborent des reflets violacés vus de l’extérieur, mais demeurent parfaitement transparentes de l’intérieur. Une prouesse technique qui dialogue avec l’histoire industrielle du bâtiment.

© CCA Tashkent
Cette renaissance architecturale s’inscrit dans un mouvement plus large de valorisation patrimoniale, où les anciens sites industriels deviennent des lieux de création contemporaine.
Sara Raza impose sa vision cosmopolite
La programmation artistique repose sur l’expertise de Sara Raza, directrice artistique forgée au Guggenheim de New York et à la Tate de Londres. « Le Centre d’art contemporain se conçoit comme un espace de dialogue entre artistes et audiences intergénérationnelles, locales, globales et numériques, toutes impliquées dans l’art et l’échange d’idées », précise-t-elle.
L’exposition inaugurale « Hikmah » (Sagesse) matérialise cette ambition en mêlant créateurs ouzbeks et artistes internationaux. Une approche qui se distingue nettement du futur Musée national d’Ouzbékistan de Tadao Ando, davantage centré sur l’art historique national.
Le centre proposera des espaces d’exposition contemporains, des résidences d’artistes installées dans un ancien médresse du XIXe siècle, des ateliers équipés de technologies numériques, une bibliothèque spécialisée, des espaces de coworking, ainsi qu’un restaurant et une boutique conceptuelle. Cette diversité fonctionnelle vise à créer un véritable écosystème culturel.

© CCA Tashkent
Les mahallas historiques comme laboratoire créatif
Le projet dépasse les murs du bâtiment principal pour investir les mahallas (quartiers traditionnels) environnants. Les résidences d’artistes, nichées dans un médresse historique avec sa mosquée, tissent un dialogue permanent entre patrimoine et création contemporaine.
Cette stratégie territoriale répond explicitement aux enjeux de préservation urbaine. Le partenariat entre le Fonds de développement culturel et Studio KO vise à « sauvegarder les mahallas historiques de Tachkent et protéger leur patrimoine culturel unique ». Une approche qui anticipe les risques de gentrification tout en valorisant l’authenticité locale, à l’image d’autres destinations culturelles émergentes qui misent sur leur identité singulière.
Tachkent défie les capitales artistiques établies
Cette ouverture s’inscrit dans une dynamique régionale remarquable. Après la première Biennale de Boukhara en septembre dernier et les projets de Zaha Hadid Architects pour le Centre de recherche international Alisher Navoi, l’Ouzbékistan multiplie les investissements culturels structurants.
La stratégie répond à des impératifs géopolitiques précis. Dans une Asie centrale longtemps absente de la scène artistique internationale, Tachkent ambitionne de devenir un hub créatif régional. Cette initiative accompagne également une diversification économique, le pays cherchant à réduire sa dépendance aux matières premières par le développement du tourisme culturel.
Vycheslav Akhounov comme caution artistique internationale
L’exposition « Instruments de l’esprit » de Vycheslav Akhounov, programmée de mai à novembre 2026, illustre cette ambition de reconnaissance. Ce pionnier du conceptualisme centre-asiatique sera présenté parallèlement à la Biennale de Venise au Palazzo Franchetti, positionnant d’emblée le Centre d’art contemporain de Tachkent sur l’échiquier mondial.
La donation de sa bibliothèque personnelle au centre créera le premier fonds de recherche dédié à l’histoire de l’art, à la littérature mondiale et aux études orientales. Cette initiative académique renforce la crédibilité institutionnelle et dessine les contours d’un futur pôle d’excellence régional.
Reste à observer comment cette programmation ambitieuse trouvera son public et son équilibre financier. Le pari de Gayanè Oumérova consiste à démontrer qu’un pays d’Asie centrale peut rivaliser avec les capitales artistiques établies tout en préservant son identité culturelle. Une équation complexe dont le succès déterminera l’avenir du rayonnement culturel ouzbek et sa capacité à s’imposer sur la scène internationale.
