Aviation : le Kirghizstan quitte enfin la liste noire de l’Union européenne
Aviation : le Kirghizstan quitte enfin la liste noire de l'Union européenne

Le Kirghizstan tourne une page importante de son histoire aérienne. Après vingt ans passés sur la liste européenne des transporteurs jugés insuffisamment sûrs, le pays d’Asie centrale a obtenu son retrait de l’EU Air Safety List. Une décision qui récompense plusieurs années de réformes et qui pourrait ouvrir de nouvelles perspectives aux compagnies aériennes kirghizes sur le marché international.

Kirghizstan : pourquoi l’Union européenne l’a retiré de sa liste noire aérienne

Le 8 juin 2026, les autorités kirghizes ont annoncé que la Commission européenne avait décidé de retirer l’ensemble des transporteurs certifiés au Kirghizstan de sa liste communautaire des compagnies aériennes interdites d’exploitation dans l’Union européenne. Cette décision, prise à l’issue d’une réunion du Comité européen de la sécurité aérienne tenue du 19 au 21 mai 2026, marque une étape majeure pour le Kirghizstan, qui figurait sur cette liste depuis 2006.

L’annonce a été saluée à Bichkek comme un succès stratégique pour le secteur aérien national. Selon l’administration présidentielle kirghize, la Commission européenne a reconnu les progrès accomplis par le pays lors des consultations techniques menées ces dernières années, ainsi qu’à l’occasion d’une mission d’évaluation réalisée en mars 2026.
Dans une déclaration relayée par la présidence kirghize, la Commission européenne a estimé que « les progrès réalisés, notamment lors des consultations techniques, de la mission d’évaluation de mars 2026 et des auditions organisées à Bruxelles » avaient été déterminants pour parvenir à cette décision, selon l’administration présidentielle du Kirghizstan publiée le 8 juin 2026.

Le retrait sera officiellement entériné par un règlement de la Commission européenne. Une fois cette formalité achevée, les compagnies aériennes kirghizes ne seront plus soumises à l’interdiction générale qui les empêchait d’opérer des vols vers ou à l’intérieur de l’espace aérien européen.

Cette évolution constitue également un signal positif pour les investisseurs et pour le tourisme. Elle améliore la crédibilité internationale du système de supervision aérienne du pays et rapproche davantage le Kirghizstan des standards appliqués par les principaux marchés mondiaux du transport aérien.

Pourquoi le Kirghizstan est resté vingt ans sur la liste des compagnies aériennes

Contrairement à une idée répandue, l’inscription d’un pays sur l’EU Air Safety List ne signifie pas nécessairement que chacune de ses compagnies aériennes présente un danger immédiat. La Commission européenne évalue également la capacité des autorités nationales à assurer un contrôle efficace du secteur. Or, au milieu des années 2000, les autorités européennes avaient estimé que la supervision de l’aviation civile kirghize ne répondait pas pleinement aux exigences internationales. En conséquence, l’ensemble des transporteurs certifiés dans le pays avait été placé sur la liste en 2006.

Le fonctionnement même de l’EU Air Safety List repose sur ce principe. Lorsqu’une autorité nationale de l’aviation civile ne dispose pas des moyens, des procédures ou des compétences suffisantes pour garantir la sécurité des opérateurs qu’elle certifie, la Commission européenne peut décider de sanctionner toutes les compagnies concernées. Pendant deux décennies, le Kirghizstan a ainsi dû composer avec cette réputation défavorable. Cette situation limitait fortement les possibilités d’expansion internationale des transporteurs nationaux et constituait un frein au développement du secteur aérien.

Le Kirghizstan et sa compagnie aérienne nationale face aux exigences européennes

Le processus de sortie de la liste s’est accéléré à partir de 2023. Les autorités kirghizes ont engagé un vaste programme de modernisation réglementaire afin d’aligner leur système sur les normes recommandées par l’Organisation de l’aviation civile internationale. Les réformes ont notamment porté sur le renforcement de la formation des inspecteurs, la modernisation des mécanismes de certification et l’amélioration des procédures de contrôle. Les autorités ont également travaillé en étroite coopération avec les experts européens.
Des audits successifs ont été réalisés afin d’évaluer les progrès accomplis. Une mission européenne s’est notamment rendue dans le pays pour examiner les procédures de surveillance de la sécurité aérienne et le fonctionnement de l’autorité de l’aviation civile.

Au moment de ces évaluations, le Kirghizstan comptait 11 compagnies aériennes certifiées, selon Kabar. Les résultats obtenus lors des inspections ont progressivement convaincu les experts européens que les lacunes historiques étaient désormais corrigées.

L’Union européenne maintient une surveillance mondiale de la sécurité aérienne

Créée pour protéger les passagers européens, l’EU Air Safety List demeure l’un des principaux instruments de contrôle de la sécurité aérienne au niveau mondial. Les compagnies qui y figurent sont interdites de vols vers, depuis, dans ou au-dessus du territoire de l’Union européenne.

La liste est régulièrement révisée par la Commission européenne sur recommandation du Comité européen de la sécurité aérienne. Elle ne concerne pas uniquement des compagnies individuelles. Dans certains cas, ce sont tous les transporteurs certifiés par une même autorité nationale qui sont visés lorsque des défaillances systémiques sont identifiées.

Selon les données de la Direction générale de la mobilité et des transports de la Commission européenne, la dernière version de la liste recensait 169 compagnies aériennes interdites d’exploitation au sein de l’Union européenne. Ces transporteurs étaient liés à 17 États dont les systèmes de supervision étaient considérés comme insuffisants.
Depuis sa création, l’EU Air Safety List a fait l’objet de 47 mises à jour officielles. Son objectif n’est pas seulement de sanctionner, mais aussi d’inciter les pays concernés à améliorer leurs dispositifs de contrôle et leurs standards de sécurité.

Le retrait du Kirghizstan illustre précisément cette logique. Après vingt ans d’efforts, le pays est parvenu à convaincre les autorités européennes que son système de supervision aérienne répond désormais aux exigences internationales. Pour l’aviation kirghize, cette décision représente sans doute l’une des avancées les plus importantes depuis l’indépendance du pays.

Par Païsiy Ukhanov
Le 06/09/2026

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