L’Ouzbékistan inaugure sa première Association de soins palliatifs et des hospices, marquant une avancée majeure dans la prise en charge des patients en fin de vie. Ce projet s’accompagne d’un programme de formation internationale destiné à 50 professionnels de santé, avec le soutien d’experts venus de Lituanie, Roumanie et Russie.
Soins palliatifs : l’Ouzbékistan franchit une étape historique dans l’accompagnement des patients en fin de vie
L’Ouzbékistan vient de poser un jalon décisif dans le développement de ses soins palliatifs avec la création officielle de l’Association de soins palliatifs et des hospices d’Ouzbékistan. Cette organisation non gouvernementale, fondée à Tachkent, marque un véritable tournant dans la prise en charge des patients atteints de maladies graves et de leurs proches. Selon un reportage du média Gazeta.uz, cette initiative s’accompagne d’un ambitieux programme de formation internationale destiné à une cinquantaine de professionnels de santé.
Cette création répond à un besoin pressant dans un pays où les infrastructures de soins palliatifs demeurent encore embryonnaires. L’association se donne pour mission de soutenir les hospices existants, d’y ancrer les standards internationaux en vigueur et de bâtir un système de formation spécialisée, adapté aux réalités du terrain.
Une vision humaniste au cœur du projet associatif
« L’Association réunit des personnes qui croient sincèrement que chaque patient, indépendamment de son diagnostic et du stade de sa maladie, a le droit à une vie digne, au soulagement de ses souffrances, au soutien et à une approche humaine », affirme Iakov Ten, directeur exécutif de l’association, dans les colonnes de Gazeta.uz. Cette philosophie traduit une évolution profonde des mentalités dans un pays où la médecine palliative était jusqu’alors largement absente du paysage sanitaire.
L’idée de créer cette structure a germé il y a environ deux ans. Durant cette période préparatoire, les fondateurs ont étudié avec soin l’expérience internationale, témoignant d’une volonté d’adopter d’emblée les meilleures pratiques mondiales plutôt que de procéder par tâtonnements successifs.
Un programme éducatif ambitieux porté par des experts internationaux
Le premier chantier concret de l’association consiste en une formation internationale réunissant une quarantaine d’infirmières et dix médecins de diverses spécialités. Conduite en partenariat avec le fonds britannique PACED (The Foundation for Palliative Care Education), cette initiative bénéficie du soutien du ministère de la Santé et de l’Agence nationale de protection sociale.
« Les soins palliatifs sont impossibles sans des spécialistes formés, c’est pourquoi nous avons besoin de programmes éducatifs, de cours de perfectionnement, d’implémentation de standards cliniques modernes et de formation d’une approche multidisciplinaire », précise Iakov Ten. Une attention toute particulière sera portée aux infirmières, psychologues, travailleurs sociaux et médecins qui accompagnent au quotidien des patients gravement malades et leurs familles.
Étalé sur six jours, le programme couvre des thématiques fondamentales : les principes éthiques et les fondements de la médecine palliative, la gestion de la douleur et le traitement des symptômes, les soins directs aux patients ainsi que la communication avec les familles et le soutien psychologique qui leur est dû.
Des figures de référence venues de trois pays
Pour conduire ces formations, l’association a fait appel à des experts reconnus de Lituanie, de Roumanie et de Russie. « Ils sont tous des leaders et fondateurs des directions palliatives dans leurs pays respectifs », souligne Iakhio Ziaev, président du conseil d’administration, dont les propos sont rapportés par Gazeta.uz. Cette collaboration internationale garantit un transfert de compétences exigeant et ancré dans des expériences éprouvées.
Parmi ces experts figure Diane Nevzorova, spécialiste principale externe du ministère de la Santé de Russie pour les soins palliatifs, qui voit dans cette discipline un marqueur de maturité institutionnelle : « Le développement des soins palliatifs devient un indicateur important de la maturité du système de santé. Quand, dans un pays, dans la communauté professionnelle, apparaît l’idée des soins palliatifs, cela signifie que ce système de santé est prêt à penser aux patients qui ne guériront pas, mais à qui il faut aider ».
Un système de certification adossé à des incitations financières
L’originalité du dispositif ouzbek tient également à son système de certification assorti d’incitations financières concrètes. À l’issue de la formation, les participants passeront un test d’évaluation dont les résultats conditionneront une prime d’État : « Sur la base de ses résultats, l’État versera pendant leur travail un supplément de 100% », précise Iakhio Ziaev. Une mesure qui traduit l’engagement des pouvoirs publics à valoriser durablement les compétences palliatives.
Roman Sklotsky, directeur général du fonds PACED, insiste quant à lui sur la nécessité de bâtir « un système d’apprentissage durable à l’intérieur même de l’hospice », rappelant que « l’expérience internationale montre que ce sont justement les investissements dans les compétences professionnelles des équipes qui permettent d’assurer une qualité stable des soins palliatifs ».
Vers une expansion nationale portée par le numérique
Le premier hospice pour adultes, où exerceront les participants au programme, ouvrira en juillet dans le district de Kibrai, en région de Tachkent, avec une capacité de cinquante lits. Cette inauguration, plusieurs fois repoussée, a été retardée par l’impératif d’aménager un environnement pleinement accessible aux personnes à mobilité réduite.
L’association ne borne pas ses ambitions à la capitale. Des hospices inter-régionaux sont d’ores et déjà prévus à Boukhara et Ferghana, dotés chacun d’une capacité identique. Plus innovant encore, le projet mise résolument sur des brigades mobiles plutôt que sur la seule hospitalisation. « Environ 80% des patients nécessitant des soins palliatifs peuvent rester à domicile », rappelle Iakhio Ziaev — une approche qui repositionne le lieu de soin au plus près du patient et de son environnement familier.
Cette vision s’appuiera sur une plateforme numérique baptisée E-Palliative, conçue pour suivre en temps réel le parcours du patient, la distribution et la prise des médicaments, ainsi que l’efficacité de chaque brigade. Cette digitalisation des soins palliatifs place l’Ouzbékistan à l’avant-garde de l’innovation dans ce domaine, au sein d’une région d’Asie centrale qui peine encore à structurer une offre palliative digne de ce nom.
L’hospice, rappelle Roman Sklotsky, « n’est pas simplement un lieu où le patient ne doit pas se sentir abandonné. C’est un lieu où la douleur doit être entendue et soulagée, où la famille reçoit du soutien, où la médecine se combine avec la miséricorde ». Cette formule résume à elle seule l’ambition portée par cette initiative pionnière, qui pourrait bien faire école dans l’ensemble de la région.
