L’Ouzbékistan s’apprête à récupérer neuf artefacts archéologiques exceptionnels datant des IIe au VIIe siècles, retrouvés au terme d’une enquête internationale sur le trafic d’antiquités. Ces pièces, sorties illégalement du territoire ouzbek puis saisies à Londres, doivent désormais rejoindre le Centre de la civilisation islamique de Tachkent, symbole de la politique culturelle ambitieuse menée par les autorités ouzbèkes depuis plusieurs années.
Des sculptures en gypse et en terre cuite de l’époque kouchane retrouvent leur terre natale
Début mai 2026, les autorités britanniques ont officiellement confirmé la restitution à l’Ouzbékistan de plusieurs objets historiques rares issus de fouilles anciennes et du trafic international d’œuvres d’art. L’opération, menée avec le concours de la police métropolitaine de Londres, de spécialistes européens et de plusieurs organisations internationales, marque une nouvelle étape dans la stratégie de récupération du patrimoine culturel ouzbek.
Les objets concernés avaient été découverts dans le cadre d’une enquête baptisée « Operation Inherent Vice », ouverte après l’identification de biens archéologiques d’origine centrasiatique circulant sur le marché européen des antiquités. Les pièces avaient été saisies dès novembre 2025 par l’unité spécialisée de Scotland Yard chargée des crimes liés à l’art et aux antiquités.
Les neuf objets archéologiques renvoyés vers l’Ouzbékistan couvrent une période historique particulièrement importante pour l’Asie centrale. Plusieurs sculptures en gypse et en terre cuite sont associées à l’époque kouchane, entre les IIe et Ve siècles. D’autres fragments de fresques murales remontent aux VIIe et VIIIe siècles et seraient liés aux traditions artistiques sogdiennes.
Ces pièces proviennent notamment de la région de Termez, dans le sud de l’Ouzbékistan, un territoire qui fut un important centre du bouddhisme et des échanges culturels le long de la Route de la soie. Les sites de Karatepa, Fayoztepa et Dalverzintepa, mentionnés par Euronews, comptent parmi les grands centres archéologiques de l’ancienne Bactriane.
Les experts considèrent ces objets comme particulièrement précieux pour la compréhension de l’histoire culturelle de l’Asie centrale. Certains fragments retrouvés témoignent de l’influence artistique de la civilisation sogdienne, connue pour son rôle majeur dans les échanges commerciaux entre la Chine, la Perse et le monde méditerranéen. Les objets seront prochainement exposés au Centre de la civilisation islamique de Tachkent, un gigantesque complexe culturel voulu par les autorités ouzbèkes afin de valoriser l’histoire intellectuelle et religieuse du pays.
Une enquête internationale mobilisant police et experts archéologiques
Cette affaire illustre l’ampleur croissante du trafic mondial d’antiquités. Les investigations ayant conduit à la restitution des objets ont mobilisé des spécialistes de plusieurs pays européens, des historiens de l’art, des chercheurs en provenance des œuvres ainsi que des organisations internationales.
Parmi les structures impliquées figurent l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, plus connue sous le nom d’OSCE, ainsi que l’Art Loss Register, société spécialisée dans la recherche d’objets d’art volés ou exportés illégalement. La World Society for the Study, Preservation and Popularization of the Cultural Heritage of Uzbekistan, également appelée WOSCU, a aussi participé aux recherches. Les enquêteurs britanniques ont pu identifier les pièces grâce à des analyses stylistiques et à des comparaisons avec des découvertes archéologiques conservées dans les musées ouzbeks.
La cérémonie officielle de remise des objets s’est déroulée à l’ambassade d’Ouzbékistan à Londres. L’événement était organisé dans le cadre des manifestations culturelles consacrées au 690e anniversaire d’Amir Temur, figure historique majeure en Asie centrale.
Le directeur du Centre de la civilisation islamique, Firdavs Abdukhalikov, a fait savoir que le retour des artefacts résultait d’un travail engagé depuis plusieurs années par les autorités ouzbèkes. Selon lui, plusieurs projets de grande ampleur ont été lancés depuis 2017 afin d’identifier et de récupérer les biens culturels dispersés à l’étranger.
L’Ouzbékistan multiplie les opérations de récupération de ses objets archéologiques
Cette restitution ne constitue pas un cas isolé. Depuis plusieurs années, l’Ouzbékistan mène une politique active de rapatriement de son patrimoine historique. Les autorités culturelles cherchent notamment à retrouver des manuscrits, miniatures, sculptures et objets religieux ayant quitté le pays durant la période soviétique ou lors de trafics plus récents. Le Centre de la civilisation islamique avait déjà obtenu le retour de miniatures orientales authentiques des XVe et XVIe siècles provenant de collections britanniques.
Des responsables ouzbeks ont également indiqué vouloir renforcer leur coopération avec les grandes maisons de vente internationales comme Sotheby’s et Christie’s afin d’identifier d’autres objets d’origine ouzbèke présents sur le marché de l’art européen.
Le projet dépasse désormais la simple restitution d’objets isolés. Le Centre de la civilisation islamique ambitionne de devenir une institution scientifique et muséale de référence en Asie centrale. Certaines estimations relayées dans des publications récentes évoquent déjà près de 2.000 artefacts et manuscrits récupérés ces dernières années grâce aux coopérations internationales.
Les autorités culturelles ouzbèkes souhaitent également développer des laboratoires de restauration modernes afin de préserver les œuvres retrouvées dans des conditions adaptées. Plusieurs programmes de numérisation et de catalogage sont actuellement en cours afin d’améliorer la traçabilité des collections nationales.
Une bataille mondiale contre le trafic des antiquités archéologiques
L’affaire ouzbèke s’inscrit dans un mouvement international beaucoup plus large de restitution des biens culturels. De nombreux pays réclament aujourd’hui le retour d’objets historiques sortis illégalement de leur territoire au cours des dernières décennies. Le marché de l’art londonien demeure cependant l’un des principaux centres mondiaux du commerce d’antiquités anciennes, ce qui explique l’importance stratégique des collaborations engagées par les autorités ouzbèkes au Royaume-Uni.
Pour Tachkent, ces restitutions possèdent également une dimension diplomatique. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Shavkat Mirziyoyev en 2016, l’Ouzbékistan cherche à renforcer son image internationale à travers la valorisation de son héritage historique et culturel. Les grands projets muséaux et les campagnes de récupération patrimoniale participent directement à cette stratégie d’influence culturelle.
