Voiture interdite aux étudiants : au Tadjikistan, sept contrevenants sanctionnés
Voiture interdite aux étudiants : au Tadjikistan, sept contrevenants sanctionnés

Sept étudiants de Douchanbé encourent désormais l’exclusion définitive après avoir été surpris conduisant leur voiture personnelle pour rejoindre leurs cours. Cette sanction témoigne de l’inflexibilité avec laquelle le Tadjikistan applique depuis 2017 une législation sans équivalent, prohibant catégoriquement l’usage de véhicules personnels par les élèves et étudiants pour se rendre dans leurs établissements.

Voiture interdite aux étudiants : le Tadjikistan maintient sa ligne dure

L’opération coordonnée entre la police de Douchanbé et les représentants des universités de la capitale tadjike a mis au jour des infractions par des étudiants de plusieurs institutions de renom. Les contrevenants appartiennent notamment à l’Université nationale du Tadjikistan, à l’Université russo-tadjike, à l’Académie d’administration publique rattachée à la présidence, ainsi qu’à l’Université nationale tadjike de commerce.

Cette réglementation singulière, promulguée en 2017 à l’initiative du président Emomalii Rahmon, poursuit officiellement plusieurs finalités. Les autorités tadjikes invoquent d’abord les impératifs de sécurité routière, arguant que les jeunes conducteurs constituent, selon les données du ministère de l’Intérieur, la tranche d’âge la plus susceptible de provoquer de accidents.

Néanmoins, la portée sociale de cette mesure révèle des ressorts plus profonds. L’étalage d’automobiles luxueuses devant les univeristés était perçu comme une exhibition provocante de fortune, heurtant de front les valeurs égalitaires. Cette préoccupation résonne particulièrement dans un pays où le PIB par habitant figure parmi les plus modestes d’Asie centrale, créant un contraste saisissant avec l’opulence affichée par certaines familles.

Des sanctions exemplaires sans possibilité de recours

L’arsenal répressif déployé illustre parfaitement la rigueur du système éducatif tadjik. Comme l’avait explicité Nuriddin Saïd, le ministre de l’Éducation et des Sciences, lors de l’adoption de ces amendements, les étudiants pris en défaut risquent une exclusion de trois années sans perspective de réintégration. Les élèves du secondaire et de l’enseignement technique encourent une suspension d’une année entière.

Cette politique coercitive s’appuie sur un dispositif de surveillance méthodique. Les forces de l’ordre orchestrent périodiquement des contrôles aux abords des universités et lycées, immortalisant les plaques minéralogiques et identifiant les conducteurs fautifs. Ces dossiers remontent ensuite vers le ministère de l’Éducation, qui tranche administrativement.

Le cas emblématique de Fazliddin Bakhriev

L’affaire qui avait soulevé l’indignation concernait Fazliddin Bakhriev, étudiant de deuxième année à l’Université nationale, intercepté au volant de son Range Rover en route vers les amphithéâtres. Cette voiture de prestige avait incarné toutes les crispations entourant cette réglementation, symbolisant avec éclat les fractures socio-économiques que les autorités s’efforcent d’effacer du décor universitaire.

Bien que le destin de cet étudiant n’ait jamais été officiellement dévoilé, son histoire éclaire les complexités d’une loi qui affecte parfois des familles aux ramifications influentes. Les sept nouveaux contrevenants identifiés devront désormais traverser la même épreuve disciplinaire, leurs dossiers ayant été acheminés vers les instances compétentes.

Le Turkménistan, un modèle encore plus restrictif

Cette politique tadjike s’inscrit dans une dynamique régionale plus vaste de contrôle social par l’automobile. Le Turkménistan voisin a adopté des mesures similaires, mais avec une radicalité encore plus prononcée. Achgabat procède même à la confiscation des permis de conduire estudiantins, indépendamment du contexte d’utilisation du véhicule.

Le régime turkmène déploie également ses restrictions dans la sphère vestimentaire, proscrivant certaines teintes et imposant des canons esthétiques draconiens dans l’espace public. Cette approche totalisante du contrôle social fait du Turkménistan un véritable laboratoire des politiques autoritaires centrasiatiques, où la voiture devient l’enjeu d’une souveraineté étatique sur l’individu, rappelant certaines tendances observées dans d’autres contextes de contrôle technologique et social.

Par Païsiy Ukhanov
Le 05/10/2026

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