L’Ouzbékistan commande 1.500 bus pour moderniser ses transports urbains
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L’Ouzbékistan lance un programme d’acquisition de 1.500 bus pour moderniser les transports en commun de ses villes touristiques. Cette initiative bénéficiera à Khiva, Shakhrisabz, Margilan et Kokand, où le flux touristique explose. Une révolution technologique accompagne cette modernisation avec l’intégration de l’intelligence artificielle.

Quatre joyaux touristiques d’Ouzbékistan verront leurs réseaux de bus améliorés

Shavkat Mirziyoyev, le président de l’Ouzbékistan, a annoncé l’acquisition de 1.500 bus de grande et moyenne capacité destinés à équiper les centres régionaux et les villes touristiques du pays. Cette décision, dévoilée lors d’une présentation présidentielle le 7 mai 2026, témoigne d’une stratégie ambitieuse visant à transformer radicalement la mobilité urbaine ouzbèke.

Cette initiative répond à un contexte d’urbanisation accélérée où l’intensité du trafic aux entrées des villes a bondi de 30%. Face à cette pression croissante sur le réseau routier, les autorités ouzbèkes ont érigé le renforcement des transports collectifs en priorité nationale, particulièrement dans les destinations touristiques. Ce programme de modernisation cible prioritairement quatre villes emblématiques du patrimoine ouzbek : Khiva, Shakhrisabz, Margilan et Kokand. Khiva illustre parfaitement les défis auxquels fait face le pays : le flux touristique y a triplé ces dernières années, créant une pression insoutenable sur les infrastructures de transport existantes.

Cette explosion de la fréquentation touristique révèle un paradoxe typiquement ouzbek : le succès croissant du pays comme destination touristique engendre des problèmes de congestion que seuls des bus modernes et efficaces peuvent résoudre. Shakhrisabz, ville natale de Tamerlan, Margilan, capitale de la soie, et Kokand, ancienne cité princière de la vallée de Ferghana, connaissent des défis similaires.

Une modernisation technologique sans précédent

Parallèlement à l’acquisition des nouveaux véhicules, l’Ouzbékistan développe une approche technologique innovante. L’intégration de l’intelligence artificielle dans les centres de dispatch permettra d’optimiser les flux de passagers et de réduire les coûts de transport de 10 à 15%. Cette digitalisation marque une rupture majeure avec les pratiques traditionnelles de gestion des transports.

Le système de contrats brutto, déjà éprouvé à Tachkent, sera étendu aux itinéraires de banlieue dans un rayon de 12 kilomètres autour des villes. Cette méthode garantit une rémunération des transporteurs basée sur le volume réel de passagers transportés, tout en maintenant la qualité du service et le respect des horaires.

Des chiffres qui révèlent une transformation radicale

Les statistiques officielles dessinent le portrait d’une révolution en marche. Depuis 2022, le nombre quotidien de trajets a explosé, passant de 18.000 à 45.200, tandis que le flux de passagers a bondi de 900.000 à 2,3 millions de personnes. Cette croissance spectaculaire a généré 4.800 nouveaux emplois, démontrant l’impact économique positif de la modernisation des transports.

Actuellement, 3.150 bus sillonnent les routes ouzbèkes sur 279 lignes régulières, soutenus par un budget annuel de 2.000 milliards de soms. Néanmoins, les besoins demeurent colossaux : il manque encore 1.500 véhicules de grande et moyenne capacité pour répondre à la demande croissante.

Une stratégie d’agglomération révolutionnaire

L’innovation majeure réside dans l’adoption d’un système d’agglomération unifié. À Tachkent, des liaisons entre la capitale et les localités de Nazarbek, Mineral’nyie vody et Uch Kakhramon devraient réduire le trafic automobile d’au moins 20%. Cette approche intégrée prévoit 19 nouveaux itinéraires dans la capitale et 79 dans les centres régionaux. L’intégration tarifaire constitue un autre pilier de cette révolution. Les formules « train – bus » et « train – métro » faciliteront les correspondances et encourageront l’usage des transports collectifs. Ces mesures s’inspirent des meilleures pratiques européennes tout en s’adaptant aux spécificités ouzbèkes.

La modernisation ne se limite pas aux véhicules. Les autorités ont identifié des problèmes criants de qualité de service : 1.670 plaintes concernant le comportement des chauffeurs ont été enregistrées à Tachkent en 2025, accompagnées de 109 accidents impliquant des bus.

La politique fiscale elle aussi est appelée à contribuer au développement des transports en commun. L’exonération de taxe de recyclage sur les importations de bus sera prolongée de deux ans, facilitant l’acquisition de nouveaux véhicules. Des lignes de crédit spécialisées complètent ce dispositif de soutien.

Une ambition à l’échelle régionale

L’Ouzbékistan ne cache pas ses ambitions démographiques. Samarkand et Namangan sont appelées à devenir des métropoles millionnaires, nécessitant des plans directeurs spécifiques pour leurs réseaux de « transport vert ». Cette vision à long terme positionne le pays comme un laboratoire régional de modernisation urbaine.

La dimension écologique occupe une place centrale dans cette stratégie. L’électrification progressive du parc, déjà amorcée avec les 202 nouveaux bus électriques Yutong mis en service à Tachkent en octobre 2025, illustre cette préoccupation environnementale croissante.

Cette transformation des transports ouzbeks révèle une ambition plus large : celle d’un pays émergent qui refuse la fatalité de la congestion urbaine et mise sur l’innovation technologique pour construire des villes durables. Dans un contexte géopolitique régional complexe, l’Ouzbékistan affirme ainsi sa capacité à moderniser ses infrastructures tout en préservant son patrimoine touristique exceptionnel.

Les prochains mois révèleront si cette stratégie ambitieuse parviendra à concilier développement touristique et qualité de vie urbaine, un défi que beaucoup de pays émergents peinent encore à relever.

Par Païsiy Ukhanov
Le 05/10/2026

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