Trains électriques Škoda : l’Ouzbékistan scelle un contrat de 120 millions d’euros
Trains électriques Škoda : l'Ouzbékistan scelle un contrat de 120 millions d'euros

L’Ouzbékistan vient de finaliser un contrat de 120 millions d’euros avec Škoda Group pour dix trains électriques modernes, livrables en 2027. Au-delà de cette fourniture, ce partenariat stratégique prévoit la création d’une coentreprise locale et le développement d’un hub technologique régional.

Une livraison programmée pour 2027

La compagnie nationale ferroviaire « Ouzbékiston temir youllari » (UTY) vient donc de sceller un accord avec le groupe tchèque Škoda Group pour l’acquisition de dix trains électriques de dernière génération. Ce contrat de 120 millions d’euros, paraphé en présence du président Shavkat Mirziyoyev et du Premier ministre tchèque Andrej Babiš, transcende largement le cadre d’une simple transaction commerciale. « Je considère que cela revêt une importance capitale. La compagnie Škoda figure aujourd’hui parmi les entreprises les plus renommées au monde. Naturellement, pour ‘Ouzbékiston temir youllari’, c’est une source de grande fierté », a confié Khikmatilla Rakhmetov, premier vice-président d’UTY, lors d’un entretien accordé à la chaîne de télévision « Ouzbékistan 24 ».

La chronologie du projet s’ancre dans une vision gouvernementale précise. Conformément aux directives présidentielles, ces dix trains électriques rejoindront le territoire national en 2027. Cette échéance s’intègre dans une stratégie de développement des transports publics visant à transformer la mobilité citoyenne dans les zones périurbaines.

Ces rames seront spécifiquement conçues pour s’adapter à l’écartement de voie de 1520 millimètres, standard hérité de l’époque soviétique, tout en résistant aux conditions climatiques rigoureuses de l’Asie centrale. Cette adaptation technique exige une ingénierie sur mesure que Škoda Transportation maîtrise avec brio, forte de son expertise dans la région balte.

Trains électriques Škoda : l'Ouzbékistan scelle un contrat de 120 millions d'euros

© Škoda Group

Un modèle économique innovant : vers un partenariat industriel approfondi

L’accord transcende la logique traditionnelle de l’exportation pour embrasser une approche de partenariat industriel global. Petr Novotny, directeur général de Škoda Group, a fait savoir que l’Ouzbékistan constituait désormais un marché stratégique pour l’entreprise tchèque. « Nous envisageons d’abord ce premier projet de fourniture de trains de banlieue. Ensuite, nous poursuivrons notre travail de localisation de la production et de création d’un centre de service », a-t-il précisé.

Cette stratégie s’articule autour d’un écosystème économique complet : création d’une coentreprise locale pour la fabrication, transfert progressif de technologies et de savoir-faire, établissement d’un centre de maintenance régional, et développement d’une plateforme éducative Škoda Academy. Les investissements prévus concerneront l’infrastructure, l’équipement industriel et les services après-vente. « Nous commencerons par la maintenance, puis nous approfondirons la localisation », a expliqué Novotny, esquissant une montée en gamme progressive de la valeur ajoutée locale.

Une dimension géostratégique : hub technologique pour l’Asie centrale

L’ambition dépasse les frontières nationales ouzbèkes. Le centre de service envisagé à Tachkent devrait rayonner sur l’ensemble de l’Asie centrale, positionnant le pays comme un pivot technologique régional. Cette approche s’inscrit parfaitement dans la politique de diversification économique menée par le président Mirziyoyev depuis son accession au pouvoir en 2016.

La production s’appuiera initialement sur les capacités manufacturières de Škoda en Lettonie et en Estonie, avant une montée en charge progressive des installations ouzbèkes. Cette stratégie de transfert industriel graduel illustre les nouvelles dynamiques de coopération entre l’Europe centrale et l’Asie centrale post-soviétique, rappelant les enjeux de modernisation du transport ferroviaire européen.

Pour contextualiser l’importance de cet accord, il convient de rappeler qu’en 2023, un premier contrat de 320 millions d’euros avait été signé pour 30 trains électriques, qualifié à l’époque de « révolutionnaire » par le Premier ministre Abdullah Aripov. Cependant, ce projet initial avait connu des difficultés de financement avant d’être relancé avec le soutien d’assureurs tchèques et de la Banque européenne d’investissement.

Trains électriques Škoda : l'Ouzbékistan scelle un contrat de 120 millions d'euros

© Škoda Group

L’Ouzbékistan et la République tchèque approfondissent leurs liens

Cette collaboration s’inscrit dans le cadre plus large de la Déclaration conjointe signée lors de la visite du Premier ministre tchèque, élevant les relations bilatérales au niveau d’un partenariat stratégique élargi. Au-delà des trains, les domaines de coopération embrassent la géologie, la métrologie et la formation diplomatique.

Le développement du transport ferroviaire électrifié répond également aux objectifs environnementaux de l’Ouzbékistan, qui aspire à réduire sa dépendance aux combustibles fossiles dans le secteur des transports. Les nouveaux trains contribueront à moderniser les liaisons de banlieue et à désengorger le trafic routier autour des grandes agglomérations, participant ainsi à la révolution des transports durables qui transforme l’Europe.

Cette opération illustre parfaitement les mutations de l’économie mondiale contemporaine, où les contrats d’équipement évoluent vers des partenariats industriels complexes intégrant transfert technologique, formation et développement local. Elle témoigne également de l’attractivité croissante des marchés d’Asie centrale pour les entreprises européennes en quête de diversification géographique.

Par Rodion Zolkin
Le 05/06/2026

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