À Ekibastouz, le Kazakhstan lance un projet inédit de data center à l’échelle industrielle : quatre unités de 50 MW chacune pour bâtir une véritable « vallée des centres de données ». Soutenu par le gouvernement, ce méga-chantier ambitionne de positionner le pays comme hub numérique régional, capable d’attirer les géants technologiques et de soutenir l’essor de l’intelligence artificielle.
Un data center géant au cœur d’Ekibastouze
Le 25 février 2026, le gouvernement du Kazakhstan a officialisé l’entrée en phase active du projet de « doline des centres de données », un vaste campus numérique implanté à Ekibastouz. Ce programme structurant prévoit la construction de quatre data center d’une capacité unitaire de 50 mégawatts, soit 200 MW cumulés à court terme, avec une montée en puissance pouvant atteindre 1 gigawatt à terme. Derrière cette initiative, une ambition claire : transformer le Kazakhstan en centre régional d’infrastructure numérique et de calcul haute performance.
Le choix d’Ekibastouz n’est pas anodin. Cette ville industrielle de la région de Pavlodar dispose d’importantes capacités énergétiques héritées de son histoire minière et thermique. Or, l’électricité demeure le nerf de la guerre pour tout data center de grande envergure.
Chaque installation affichera une puissance de 50 MW, un niveau comparable à celui des grands campus européens. Au total, quatre centres sont prévus. À terme, la puissance du site pourrait atteindre 1 GW. Un seuil qui placerait le Kazakhstan dans la cour des grands marchés émergents du cloud et du calcul intensif. L’État a réservé 1.400 hectares pour le développement du projet. Une surface considérable, pensée pour accueillir non seulement les bâtiments techniques mais aussi les infrastructures énergétiques, les réseaux de fibre optique et, potentiellement, des entreprises technologiques connexes. En parallèle, une zone dite « Greenfield » est créée afin d’attirer des partenaires internationaux, précise le même média. Autrement dit, le gouvernement prépare un terrain vierge, prêt à accueillir des investissements étrangers massifs.
Un data center aux standards internationaux et à faible latence
Sur le plan technique, le projet vise un standard Tier III. Concrètement, cela signifie une architecture redondante, une maintenance possible sans interruption de service et un niveau de disponibilité élevé, critère indispensable pour séduire les opérateurs cloud et les grandes entreprises.
Le gouvernement table également sur un PUE de 1,25. Ce ratio, qui mesure l’efficacité énergétique d’un data center, indique une consommation optimisée par rapport à la moyenne mondiale. Plus le chiffre est bas, plus l’infrastructure est performante. À 1,25, le Kazakhstan se positionne dans la fourchette des installations modernes, capables de rivaliser avec les hubs numériques européens ou asiatiques.
Autre élément stratégique : la latence réseau. L’objectif affiché est de descendre à 57 millisecondes. Ce paramètre est crucial pour les services en temps réel, le cloud computing, le streaming ou encore l’intelligence artificielle distribuée. En réduisant la latence, le pays améliore son attractivité auprès des grandes plateformes technologiques.
Cette orientation technique traduit une vision industrielle cohérente. Il ne s’agit pas seulement d’ériger des bâtiments, mais bien de bâtir un écosystème numérique capable d’héberger des charges critiques, du calcul intensif et, à terme, des applications liées aux véhicules autonomes ou à la mobilité intelligente — un segment en pleine expansion que je suis particulièrement attentivement en tant que spécialiste des technologies électriques et connectées.
Soutien gouvernemental et stratégie d’infrastructure numérique
Le 25 février 2026, le Premier ministre du kazakhstan a consacré une réunion gouvernementale à l’avancement du projet. Ce signal politique est fort. Il confirme que la « doline des centres de données » n’est pas un simple investissement privé, mais un pilier de la stratégie nationale de transformation numérique.
Le gouvernement prévoit des mécanismes supplémentaires de soutien aux investisseurs et aux participants du projet, rapporte Kazinform le même jour. Même si les montants précis n’ont pas été détaillés dans les sources accessibles, l’implication directe de l’exécutif laisse entrevoir des incitations fiscales, des facilités foncières et un accompagnement réglementaire adapté.
Le projet a été lancé en janvier 2026 et se trouve désormais en phase active de mise en œuvre. La rapidité du calendrier témoigne d’une volonté d’accélérer, dans un contexte mondial marqué par la course aux capacités de calcul, notamment pour l’intelligence artificielle et le stockage massif de données.
En filigrane, le Kazakhstan cherche à capter une part du marché régional des data center, encore dominé par la Russie, la Turquie ou certains pays du Golfe. La localisation géographique du pays, à la croisée de l’Europe et de l’Asie, constitue un atout logistique indéniable.
Ekibastouze, catalyseur d’un nouvel écosystème technologique
Au-delà des infrastructures, l’impact attendu dépasse largement le seul secteur numérique. L’implantation de plusieurs data center de 50 MW chacun implique des investissements massifs en réseaux électriques, en refroidissement, en génie civil et en télécommunications.
La surface de 1.400 hectares réservée au projet ouvre la voie à un véritable cluster technologique. Autour des centres de données pourraient s’installer des entreprises spécialisées dans la cybersécurité, le développement logiciel, l’intelligence artificielle ou encore la maintenance d’équipements de haute performance.
La montée en puissance vers 1 GW laisse également entrevoir une capacité d’accueil pour des supercalculateurs ou des infrastructures dédiées à l’IA générative, secteur énergivore par nature. À titre de comparaison, certaines plateformes d’entraînement de modèles avancés nécessitent des dizaines de mégawatts en continu.
Enfin, en améliorant la latence à 57 millisecondes et en adoptant un PUE de 1,25, le Kazakhstan se positionne sur des critères techniques exigeants. Cette rigueur est déterminante pour attirer les grands opérateurs internationaux, qui arbitrent leurs investissements en fonction de la fiabilité, du coût énergétique et de la stabilité réglementaire.
