Réorganisation du parlement, création d’un vice-président, nouveaux équilibres institutionnels… : lors du Vᵉ Kurultaï national, tenu le 20 janvier 2026, le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev, a présenté une réforme politique d’une ampleur inédite depuis l’adoption de la Constitution actuelle.
Au Kazakhstan, une réforme du parlement pour refonder l’architecture institutionnelle
Réuni le 20 janvier 2026, le Kurultaï national a servi de tribune au président du Kazakhstan pour détailler une réforme destinée à transformer durablement le fonctionnement des institutions. Dans un contexte de recomposition politique, le chef de l’État kazakhstanais a mis en avant une réforme constitutionnelle visant à redéfinir les rapports entre exécutif, parlement et société civile, tout en affichant une volonté de rationalisation et de clarification des pouvoirs.
La réforme du parlement constitue l’un des piliers du discours présidentiel. D’abord, Kassym-Jomart Tokaïev a proposé le passage à un parlement monocaméral. Cette réforme mettrait fin au système actuel à deux chambres, jugé complexe et peu lisible. Selon les annonces faites au Kurultaï national, le futur parlement serait composé de 145 députés élus pour un mandat de cinq ans, avec un mode de scrutin proportionnel assorti d’un seuil électoral de 5%.
Cette réforme du parlement s’accompagnerait d’un changement symbolique fort : le président a suggéré de renommer l’institution « Kurultaï », en référence à une tradition politique historique. Cette nouvelle appellation vise à renforcer l’ancrage national du parlement et à souligner son rôle central dans la réforme de la gouvernance. Par ailleurs, cette réforme prévoit également une nouvelle organisation interne, avec la présence de trois vice-présidents chargés d’assurer la coordination des travaux législatifs.
Parallèlement, la réforme parlementaire inclut la suppression des quotas présidentiels dans la composition de l’assemblée. Jusqu’à présent, certaines nominations relevaient directement du chef de l’État ou de structures associées. Désormais, la réforme prévoit que l’ensemble des députés soient issus du suffrage, renforçant ainsi le caractère représentatif du parlement. Cette évolution s’inscrit dans une volonté affichée de limiter l’influence directe de l’exécutif sur le pouvoir législatif, tout en consolidant son autonomie institutionnelle.

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La création d’un vice-président au cœur de la réforme constitutionnelle
Autre annonce majeure du discours : la création de la fonction de vice-président. Cette réforme constitutionnelle introduirait un nouveau poste inscrit dans la Constitution. Le vice-président serait nommé par le président de la République, mais uniquement avec l’accord du parlement, ce qui inscrit cette réforme dans une logique de contre-poids institutionnel. Le vice-président aurait pour missions principales de représenter l’État à l’étranger, de coordonner certaines politiques publiques et d’assurer le lien entre l’exécutif et le parlement. Cette réforme vise à mieux répartir les responsabilités au sommet de l’État, tout en assurant une continuité institutionnelle.
Dans le même temps, cette réforme s’accompagnerait d’une rationalisation administrative. La création du vice-président entraînerait la suppression de plusieurs postes existants, notamment celui de conseiller d’État. Cette réorganisation s’inscrit dans une réforme plus large de l’exécutif, présentée comme un moyen de réduire les chevauchements de compétences et de simplifier les circuits décisionnels.
Enfin, cette réforme institutionnelle prévoit également une redéfinition des relations entre le vice-président et le parlement. Dans son discours, le présiden du Kazakhstan a insisté sur la nécessité d’un dialogue permanent entre ces deux pôles, afin de garantir la stabilité politique et la cohérence des réformes engagées. Cette architecture vise à renforcer la collégialité au sommet de l’État sans remettre en cause la prééminence présidentielle.

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Un nouveau Conseil du peuple pour accompagner la réforme politique
Au-delà du parlement et de l’exécutif, la réforme annoncée lors du Kurultaï national concerne également la participation de la société civile. Kassym-Jomart Tokaïev a ainsi présenté la création d’un nouveau Conseil du peuple, appelé à devenir un organe consultatif central. Cette réforme prévoit que ce Conseil absorbe les fonctions du Kurultaï national et de l’Assemblée du peuple du Kazakhstan.
Ce nouveau Conseil du peuple compterait 126 membres. Sa composition serait répartie de manière équilibrée entre 42 représentants d’associations ethnoculturelles, 42 délégués des assemblées locales et 42 membres issus de la société civile. Cette réforme vise à institutionnaliser la consultation citoyenne, tout en donnant à cet organe un droit d’initiative législative, ce qui constitue une évolution notable.
Cette réforme du Conseil du peuple s’inscrit dans une logique de modernisation de la gouvernance. Le président a insisté sur le rôle de cet organe comme interface entre la population et le parlement. Dans le cadre de la réforme, le Conseil serait chargé de formuler des propositions de lois et de participer à l’évaluation des politiques publiques.
Enfin, l’ensemble de ces annonces s’inscrit dans un calendrier constitutionnel précis. Les différentes réformes présentées lors du Kurultaï national devraient être formalisées par des amendements constitutionnels, soumis à un référendum national. Cette consultation populaire constituerait l’ultime étape de la réforme, destinée à légitimer démocratiquement la nouvelle architecture institutionnelle du pays.
