Dans une interview dense accordée au journal kazakhstanais Turkistan le 5 janvier 2026, le président de ce pays, Kassym-Jomart Tokaïev, a livré une lecture critique des transformations économiques, sociales et géopolitiques en cours. Le président du Kazakhstan a abordé frontalement la mondialisation ralentie, les inégalités persistantes, les réformes énergétiques controversées et la responsabilité des élites économiques, dessinant les contours d’une politique plus exigeante et assumée.
Le président du Kazakhstan salue la politique douanière de Donald Trump
D’emblée, Kassym-Jomart Tokaïev a inscrit son propos dans une perspective internationale. Selon lui, la dynamique mondiale a changé de nature. « Sous l’influence de la stratégie de ‘pensée intelligente’ du président américain Trump, le processus de mondialisation a commencé à ralentir », a déclaré le président du Kazakhstan. Ainsi, tout en reconnaissant l’interdépendance persistante des économies, il a mis en exergue une fragmentation croissante des échanges, qui impose une adaptation stratégique.
Dans ce contexte, le président du Kazakhstan a dressé un constat nuancé de la situation intérieure. Certes, l’économie évolue, mais lentement. « Selon les institutions financières internationales et les agences de notation, notre pays peut être qualifié d’État prospère, voire riche », a-t-il observé, avant d’ajouter aussitôt que « des inégalités persistent au sein de notre économie » et qu’« il est urgent de tout réglementer et de remettre l’économie sur la bonne voie ».
Pour Kassym-Jomart Tokaïev, la politique du subventionnement des factures d’énergie a été un échec
Sur le terrain sensible de l’énergie, le président du Kazakhstan a adopté un ton particulièrement offensif. Le président a rappellé que la réforme du secteur énergétique et des services publics a été engagée en 2024, précisément pour corriger des distorsions anciennes. « Qui a profité de l’électricité bon marché ? Non pas les familles nombreuses à faibles revenus, mais les grandes entreprises », a-t-il dénoncé. De même, il a pointé les bénéficiaires réels du carburant subventionné, qui sont loin d’être des étudiants ou des retraités.
Poursuivant son raisonnement, Kassym-Jomart Tokaïev a expliqué que le maintien artificiel de tarifs bas n’a jamais servi l’intérêt général. Il a affirmé que ce système profitait surtout à des intermédiaires, qualifiés d’« escroquerie aux services publics ». En affichant « les prix et les tarifs les plus bas de l’espace post-soviétique », le Kazakhstan est même devenu un exportateur clandestin de carburant bon marché, soutenant involontairement les économies des pays voisins. « Il est donc temps d’abandonner l’idée fausse que des tarifs bas profitent aux personnes menant une vie simple », a conclu le président du Kazakhstan.
Élites économiques, armée et prestige international du Kazakhstan
Au-delà de l’économie, Kassym-Jomart Tokaïev s’est attaqué à la question sensible du comportement des grandes fortunes. Le président du Kazakhstan a reconnu avoir toujours défendu les intérêts légitimes de la bourgeoisie nationale, tout en regrettant un manque de retenue culturelle. Il s’est interrogé publiquement sur « le train de vie luxueux de certains grands hommes d’affaires » et a appellé à une prise de conscience. Lors d’une rencontre avec des entrepreneurs, il leur a rappelé que « servir le bien commun n’est pas un devoir imposé par les autorités, mais un devoir noble ».
Interrogé sur les décès survenus au sein de l’armée, Kassym-Jomart Tokaïev a tenu à relativiser la gravité du phénomène en disant que ces tragédies ne concernent pas toutes les unités. Il a ensuite dénoncé les « rumeurs » amplifiées par « certains blogueurs, en quête de popularité ». « La discipline est rigoureuse au sein de l’armée », a insisté le président du Kazakhstan, rappelant que la rudesse du service militaire est explicitement assumée lors de la prestation de serment des soldats.
Enfin, Kassym-Jomart Tokaïev a évoqué les orientations stratégiques de long terme de son pays. Il a défendu la construction de plusieurs centrales nucléaires comme une nécessité historique pour un pays leader mondial de la production d’uranium. Selon lui, ce choix renforcera le prestige du Kazakhstan et permettra l’émergence d’une nouvelle intelligentsia technique. Sur la question de la transition du pouvoir, en revanche, le président est resté catégorique : « Il est trop tôt pour en parler », affirmant que plusieurs années de travail l’attendent encore.
