Les jeunes sont désormais le cœur battant de l’Asie centrale. Dans une région où plus d’un habitant sur deux a moins de 30 ans, selon l’UNICEF, la démographie devient à la fois un levier de croissance inédit et un défi politique majeur, entre natalité élevée, pression sur l’éducation, emploi sous tension et transformation rapide de la population.
En Asie centrale, une bascule démographique historique
Le 26 novembre 2025, l’UNICEF a publié une nouvelle évaluation démographique consacrée à l’Asie centrale, révélant que les jeunes représentent désormais plus de 50% de la population de la région, un basculement historique qui redessine en profondeur les équilibres économiques, sociaux et politiques des cinq États concernés.
Les jeunes s’imposent aujourd’hui comme la majorité silencieuse de la population d’Asie centrale, et pourtant, leur poids devient impossible à ignorer. En effet, plus de 50% des habitants de la région ont moins de 30 ans, rapportait l’UNICEF le 26 novembre 2025, un niveau rarement observé dans les économies intermédiaires. Par ailleurs, cette structure par âge s’explique par plusieurs décennies de natalité soutenue, mais aussi par une transition démographique plus lente que dans d’autres régions du monde. Ainsi, la population d’Asie centrale continue de croître rapidement, et devrait encore augmenter de plus de 30 millions d’habitants d’ici 2050. Dès lors, les jeunes deviennent à la fois un moteur de croissance potentiel et un facteur de tension pour les politiques publiques, notamment dans les domaines de l’éducation, de l’emploi et des infrastructures.
Dans le détail, et toujours selon les dernières données démographiques, les jeunes composent une pyramide des âges particulièrement expansive. En effet, 31,4% de la population a moins de 15 ans, tandis que 62,2% se situe dans la tranche 15–64 ans, correspondant à la population en âge de travailler, et seulement 6,4% dépasse 65 ans. Or, cette configuration place l’Asie centrale à contre-courant du vieillissement accéléré observé dans de nombreuses régions d’Europe et d’Asie orientale. Cependant, cette jeunesse massive de la population implique aussi un effort colossal d’investissement public, car les jeunes d’aujourd’hui détermineront directement la trajectoire économique de demain. Ainsi, sans politiques adaptées, cette dynamique démographique risque de se transformer en vulnérabilité structurelle.
Les jeunes, l’UNICEF et la natalité : un dividende démographique sous condition
Pour l’UNICEF, la montée en puissance des jeunes offre à l’Asie centrale une occasion unique de transformation économique, à condition d’investir massivement dans le capital humain. Selon Regina De Dominicis, directrice régionale pour l’Europe et l’Asie centrale de l’UNICEF, « l’Asie centrale entre dans un moment démographique historique, mais sans investissements urgents dans les enfants et les jeunes, la région risque de perdre une opportunité unique de croissance économique et de progrès social ». Ainsi, les jeunes ne constituent pas seulement un enjeu social, mais bien un pilier stratégique du développement à long terme. Par conséquent, la démographie devient une question centrale de gouvernance, bien au-delà des seuls indicateurs statistiques.
Cette jeunesse s’explique notamment par des niveaux de natalité et de fertilité encore élevés dans l’ensemble de la région. En 2025, le taux de fécondité dépasse toujours 2,5 enfants par femme dans les cinq pays d’Asie centrale, les plaçant parmi les plus dynamiques démographiquement de l’ex-URSS. Or, alors que ce niveau de fertilité garantit le renouvellement rapide des générations, il crée également une forte pression sur les systèmes éducatifs, les réseaux de santé et les marchés du travail. Ainsi, les jeunes arrivent chaque année en nombre croissant sur le marché de l’emploi, tandis que, parallèlement, l’économie peine parfois à absorber cette main-d’œuvre abondante. Dès lors, la natalité, moteur de croissance potentielle, devient aussi un défi structurel si elle n’est pas accompagnée d’investissements massifs dans la formation et l’emploi des jeunes.
Une fenêtre d’opportunités unique pour capter le « dividende démographique »
Si les jeunes représentent un atout numérique majeur pour l’Asie centrale, leur potentiel économique reste aujourd’hui partiellement entravé. Selon les estimations issues des travaux conjoints de l’UNICEF et de la Banque mondiale, les enfants nés actuellement dans la région ne seraient, à l’âge adulte, que 50 à 60% aussi productifs qu’ils pourraient l’être avec une éducation complète et un accès optimal à la santé. Autrement dit, malgré une population jeune et abondante, la qualité du capital humain demeure insuffisante pour garantir une croissance durable. Pourtant, et dans le même temps, les besoins des jeunes en compétences numériques, techniques et scientifiques ne cessent d’augmenter sous l’effet de la transformation des économies locales. Ainsi, le déséquilibre entre le volume des jeunes et leur niveau de qualification constitue aujourd’hui l’un des principaux risques économiques pour la région.
Pour autant, les perspectives restent considérables si les politiques publiques s’alignent sur les enjeux démographiques. Dans son rapport « Generation 2050 », l’UNICEF fait savoir que l’Asie centrale dispose d’une fenêtre d’opportunités unique pour capter ce que les économistes appellent un « dividende démographique ». Le rapport évoque explicitement une chance exceptionnelle d’exploiter cette dynamique positive si l’investissement dans les jeunes devient une priorité nationale. Toutefois, cette trajectoire repose sur un équilibre fragile entre croissance de la population, amélioration de l’éducation, accès à la santé et création d’emplois durables. En effet, si ces conditions ne sont pas réunies simultanément, l’essor des jeunes pourrait au contraire accentuer les fractures sociales, les inégalités territoriales et les migrations économiques, déjà très présentes dans l’espace centrasiatique.
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