À la veille de son arrivée en Chine, dans une tribune dans le China Daily, le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev, détaille une feuille de route qui conjugue corridors eurasiens, énergie et sécurité, tandis que le Kazakhstan promet d’intensifier ses partenariats industriels avec la Chine pour peser davantage dans l’Organisation de coopération de Shanghaï et sur les chaînes d’approvisionnement régionales.
Chine–Kazakhstan : un partenariat structurant et chiffré
Publié le 30 août 2025, cette tribune du président du Kazakhstan dans le China Daily fixe un cap : avec la Chine, l’objectif est d’aligner diplomatie, commerce et infrastructures, afin de renforcer la résilience stratégique du cœur de l’Eurasie. L’exercice, très programmatique, intervient alors que le chef de l’État entame une visite officielle en Chine, et qu’il s’apprête à participer au Sommet de l’OCS à Tianjin, ce qui éclaire le lien étroit entre calendrier politique et ambitions industrielles.
Dans sa tribune, Kassym-Jomart Tokaïev campe d’abord le socle politique liant le Kazakhstan et la Chine : « les relations Kazakhstan-Chine sont profondément ancrées dans des siècles de bon voisinage, marquées par la confiance, le soutien et la compréhension », écrit-il, posant un cadre de stabilité qui dépasse les cycles économiques. Cette insistance sur la profondeur historique vise aussi, en Chine, à montrer la continuité d’une ligne stratégique, ainsi qu’une convergence de vues sur l’ordre régional.
Au registre économique, la Chine est présentée comme premier partenaire du Kazakhstan, et ce, malgré les vents contraires internationaux. Le président chiffre ainsi le palier atteint par les échanges Kazakhstan–Chine : 44 milliards de dollars en 2024, niveau record qui confirme la traction du marché chinois ; parallèlement, 27 milliards de dollars d’investissements chinois ont irrigué le Kazakhstan depuis 2005, tandis qu’environ 6.000 entreprises chinoises y opèrent déjà. Ces données ancrent le récit dans le concret ; elles soulignent, en Chine, la densification des chaînes de valeur et, au Kazakhstan, l’accélération de la modernisation industrielle.
Chine–Kazakhstan : corridors, énergie et industrie au cœur de la feuille de route
Sur le plan des lignes de communication, la tribune met en exergue le rôle charnière du Kazakhstan entre la Chine et l’Europe. L’accent est mis sur le corridor transcaspien (Middle Corridor), qui offre une route plus courte et plus résiliente pour le fret Chine–Asie centrale–Europe. Dans ce cadre, l’extension des lignes Dostyk–Moyynty lancées en 2024 doit multiplier par cinq la capacité de transit du Kazakhstan sur l’axe Chine–Europe – un effet d’échelle déterminant pour la fluidité logistique, et donc pour la sécurité des approvisionnements en Chine comme au Kazakhstan.
L’effort s’étend au maritime : la mise en service d’un hub conteneurs à Aktau, développé avec la direction du port chinois de Lianyungang, vise à desservir l’Asie centrale et la Caspienne ; il s’agit d’une brique logistique qui complète, côté Chine, les capacités intérieures, et côté Kazakhstan, l’accès aux flux eurasiens. En parallèle, le pilier énergie demeure central : l’oléoduc Kazakhstan–Chine et la modernisation des capacités de raffinage et de pétrochimie sont cités comme chantiers prioritaires, afin d’adosser l’industrialisation à une base énergétique robuste, tout en renforçant l’interdépendance avec la Chine.
Chine–Kazakhstan : Organisation de coopération de Shanghai, tourisme et diplomatie de sécurité
Au-delà du commerce, la tribune insiste sur l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) comme cadre de stabilité et d’intégration. Sous présidence chinoise, l’OCS est décrite comme un « pierre angulaire » du multilatéralisme eurasiatique, tandis que le Sommet de Tianjin est annoncé comme un moment de consolidation institutionnelle, avec des priorités allant de la sécurité au développement. Dans ce contexte, la Chine et le Kazakhstan « cheminent ensemble sur la voie de la modernisation », citation attribuée à Xi Jinping et reprise par Kassym-Jomart Tokaïev pour illustrer l’alignement politique recherché avec la Chine.
Le calendrier diplomatique conforte ce narratif : la visite officielle de Kassym-Jomart Tokaïev en Chine se déroule du 30 août au 3 septembre 2025, avec participation au Sommet de l’OCS et au format « SCO+ » à Tianjin les 31 août – 1er septembre ; s’y ajoutent, en Chine, des échanges économiques à Pékin avec le Conseil d’affaires Kazakhstan–Chine. Ce séquencement illustre le couplage, voulu par le Kazakhstan, entre agenda de sécurité et partenariats industriels, tandis que la Chine y voit la consolidation d’un hub de transit et d’un fournisseur agro-industriel solide. Enfin, la diplomatie d’influence complète l’ensemble : après l’« Année du tourisme kazakhstanais en Chine » en 2024, 2025 devient l’« Année du tourisme chinois au Kazakhstan », ce qui, à la fois, nourrit les échanges humains et soutient l’image de la Chine comme partenaire culturel de long terme.
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