La visite officielle du roi de Jordanie au Kazakhstan, fin août 2025, a marqué un tournant diplomatique majeur entre les deux pays, avec la signature d’accords stratégiques et l’annonce d’ambitieux projets économiques, confirmant la place d’Astana comme partenaire régional incontournable.
Vers un partenariat énergétique et industriel entre la Jordanie et le Kazakhstan
Les 26 et 27 août 2025, le roi Abdallah II de Jordanie a effectué une visite d’État au Kazakhstan. Reçu par le président Kasym-Jomart Tokaev avec tous les honneurs, le souverain a participé à une série de rencontres bilatérales. Cette séquence diplomatique, centrée sur la coopération économique et énergétique, a donné lieu à plusieurs signatures et à la fixation d’objectifs chiffrés, renforçant ainsi le rôle de la Jordanie dans la stratégie régionale du Kazakhstan.
Au cœur des discussions entre la Jordanie et le Kazakhstan, l’énergie a occupé une place centrale. L’accord conclu entre la société kazakhstanaise Kazatomprom et l’entreprise jordanienne JUMCO ouvre la voie à une coopération sur l’uranium. « Grâce au partenariat avec le principal producteur mondial d’uranium, nous avons l’opportunité de développer les ressources de la Jordanie conformément aux meilleures pratiques internationales », a déclaré Khaled Tukan, président du conseil d’administration de JUMCO.
Le Kazakhstan, qui assure près de 40% de la production mondiale d’uranium, entend ainsi partager son expertise. Pour Amman, l’accès à ce savoir-faire stratégique est une chance pour diversifier son bouquet énergétique. En parallèle, les dirigeants ont insisté sur la nécessité de soutenir l’industrie pharmaceutique et la médecine vétérinaire, avec un partenariat annoncé entre QazBioPharm et la société jordanienne DADvet. Cette diversification illustre la volonté commune de ne pas limiter la coopération à l’énergie, mais de l’étendre à l’ensemble du tissu industriel.
Intensification des échanges commerciaux et ouverture de corridors logistiques
La Jordanie et le Kazakhstan affichent des objectifs commerciaux ambitieux. « Le Kazakhstan est prêt à élargir ses exportations vers le marché jordanien, en proposant 60 types de biens non-primaires pour un montant total de 250 millions de dollars », a annoncé le président du Kazakhstan. Ces perspectives s’inscrivent dans la volonté d’atteindre un volume bilatéral de 500 millions de dollars, contre des flux encore modestes aujourd’hui.
Pour y parvenir, les infrastructures de transport sont jugées déterminantes. Kassym-Jomart Tokaïev a mis en avant les ports d’Aktaou et de Kuryk, ce dernier disposant d’un terminal à céréales d’une capacité d’un million de tonnes par an. De plus, le terminal conteneurs d’Aktaou permet déjà un transit annuel de 240.000 unités. Avec des exportations agricoles supérieures à 10 millions de tonnes de blé et environ 2 millions de tonnes de farine chaque année, le Kazakhstan se positionne comme fournisseur stratégique de la Jordanie et du Moyen-Orient. L’annonce par Royal Jordanian de vols directs Amman–Almaty dès 2026 renforcera ce dispositif logistique et réduira les délais commerciaux.
Diplomatie économique et nouvelles technologies au cœur de la visite
Au-delà des signatures, la visite du roi de Jordanie a aussi été l’occasion pour les deux dirigeants de souligner la dimension technologique de leur coopération. Lors de la visite d’Astana Hub, incubateur phare de l’innovation, Kassym-Jomart Tokaïev et Abdallah II ont évoqué une collaboration avec le King Hussein Business Park. Les thèmes abordés incluaient l’intelligence artificielle, la monnaie numérique et le calcul haute performance. Plus de 4.200 entreprises issues de 85 pays sont déjà implantées dans le Centre financier international d’Astana, confirmant le rôle du Kazakhstan comme hub régional.
Cette orientation vers le numérique s’inscrit dans une dynamique économique favorable. « Notre économie connaît une croissance soutenue, en hausse de 6,3% sur les sept premiers mois de l’année », a fait savoir le président du Kazakhstan lors du Forum d’affaires kazakho-jordanien. La Jordanie, soucieuse d’attirer des investissements dans son secteur technologique, a salué ces résultats. En retour, le roi Abdallah II a souligné la complémentarité entre l’expérience numérique d’Astana et les ambitions d’Amman, plaçant l’innovation au cœur de la diplomatie entre les deux pays.