Visite royale : 15 documents signés pour relancer le partenariat Ouzbékistan-Jordanie
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À Samarcande, la visite d’État du roi Abdallah II a accéléré une recomposition diplomatique très concrète entre Amman et Tachkent : visite rituelle sur le fond, mais visite surtout structurante, où la Jordanie et l’Ouzbékistan ont arrêté des décisions immédiates et mesurables pour passer à l’action.

Jordanie-Ouzbékistan : une visite qui fixe un agenda stratégique

Le 26 août 2025, au terme d’une visite de deux jours à Samarcande, le roi Abdallah II et le président de l’Ouzbékistan, Shavkat Mirziyoyev, ont scellé une feuille de route bilatérale ambitieuse. Dans cette visite, marquée par un accueil militaire et un agenda dense, les deux dirigeants ont affiché un cap : transformer la proximité politique en résultats économiques, sécuritaires et humains, tout en encadrant la relation par un dispositif juridique étoffé.

D’abord, la visite a acté un saut politique : à l’issue des entretiens au Centre des congrès, les deux dirigeants ont convenu d’« élever la coopération à un nouveau niveau ». Ensuite, ils ont validé le lancement d’une commission intergouvernementale et d’un conseil d’affaires, avec un premier forum économique prévu afin d’arrimer entreprises et administrations à ce nouvel horizon de la visite. Dans le même esprit, les deux parties ont décidé de mettre en place un régime d’exemption de visa et de lancer des vols réguliers entre les deux capitales, pour que la visite diplomatique se traduise par des flux réels.

Par ailleurs, la visite a porté un message régional : le communiqué conjoint appelle à un cessez-le-feu immédiat à Gaza, à l’accès sans entrave de l’aide et réaffirme la solution à deux États sur les lignes de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale. De plus, le texte souligne le rôle indispensable de l’UNRWA et rappelle la garde hachémite sur les Lieux saints. Cette visite positionne la Jordanie — au cœur des mécanismes de désescalade — et donne à l’Ouzbékistan un espace d’initiative, y compris via l’éventuelle tenue à Samarcande d’une session du « Processus d’Aqaba », lancé il y a dix ans.

Des accords structurants et un régime sans visa

Concrètement, la visite s’est conclue par un paquet juridique rare par son ampleur. D’un côté, Tachkent annonce 15 documents signés, notamment sur l’extradition, la protection des investissements, la création d’une commission conjointe, l’enseignement supérieur, le tourisme, l’agriculture, la santé animale et végétale, ainsi que des protocoles en transport aérien et un échange d’informations préalables en douane. De l’autre, des médias jordaniens détaillent 9 accords, 2 protocoles et 3 mémorandums — soit 14 instruments — recouvrant les mêmes champs ; l’écart tient aux modes de comptage (plan de mise en œuvre et déclarations incluses ou non). Cette visite s’appuie ainsi sur un socle juridique immédiatement mobilisable.

Ensuite, la visite déverrouille la mobilité : l’introduction d’un régime sans visa et de liaisons aériennes régulières vise à convertir la proximité politique en échanges touristiques et d’affaires. De plus, les parties veulent tenir, d’ici la fin de l’année, la première réunion de la commission intergouvernementale et celle du conseil d’affaires. Enfin, la visite a aussi une dimension symbolique, avec la plantation d’un chêne au parc du Congrès — geste qui, au-delà du protocole, matérialise la durabilité des engagements pris.

Industrie, « agriculture intelligente », technologies et tourisme au programme

Sur le fond, la visite cible les secteurs capables de livrer des résultats à court terme : chimie et textile, « agriculture intelligente », géologie, santé et pharmaceutique, tourisme et technologies. D’abord, un accent est mis sur la montée en gamme industrielle ouzbèke, que le roi a pu appréhender lors d’une exposition dédiée aux produits d’exportation ; ensuite, les deux délégations misent sur des chaînes de valeur régionales où la Jordanie dispose d’expertises à transférer, notamment dans les médicaments et les services aériens. Cette visite transforme donc des intentions en pistes d’investissements.

Par ailleurs, la visite s’inscrit dans un temps long : 32 ans après l’établissement des relations diplomatiques (1993), les deux pays veulent amplifier leurs échanges culturels et universitaires, et promouvoir ensemble un islam « tolérant et éclairé ». De plus, Shavkat Mirziyoyev a salué les initiatives hachémites (Message d’Amman, « Une parole commune », Semaine de l’harmonie interconfessionnelle), tandis que — moment fort de la visite — il recevait l’ordre jordanien Al-Nahda. « J’accepte cette distinction avec un grand honneur, comme la reconnaissance de nos efforts communs », a-t-il déclaré, ancrant ainsi la visite dans une dynamique de confiance.

Par Rodion Zolkin
Le 08/27/2025

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