Le Kazakhstan en première ligne contre les essais nucléaires
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Le 29 août n’est pas une simple journée commémorative pour le monde entier : c’est la date où le Kazakhstan a fermé le site de Semipalatinsk, théâtre de quatre décennies d’essais nucléaires sous l’URSS. Parce que l’héritage humain et environnemental y reste palpable, le pays s’appuie sur cette journée pour pousser une diplomatie exigeante et multilatérale visant à bannir, partout, les essais nucléaires, de manière durable et vérifiable.

À Semeï, les séquelles de Semipalatinsk restent vives

Le 29 août 2025, la planète marque la Journée internationale contre les essais nucléaires. Cette journée correspond à la fermeture, le 29 août 1991, du site d’essais nucléaires de Semipalatinsk, au Kazakhstan. Elle coïncide aussi, cette année, sur le 80e anniversaire du premier essai nucléaire, rappelant que plus de 2.000 essais nucléaires ont été conduits dans le monde et qu’ils ont laissé des séquelles sanitaires et écologiques durables. En effet, cette date symbolique structure l’action diplomatique d’Astana contre tout retour des essais nucléaires.

Au cœur des steppes kazakhstanaises, le site de Semipalatinsk reste le marqueur d’une ère où les essais nucléaires servaient de boussole stratégique, alors que les populations locales payaient le prix fort. Or, la journée du 29 août rappelle, d’une part, la fermeture du site militaire en 1991 et, d’autre part, la nécessité de prévenir toute reprise des essais nucléaires. À l’échelle mondiale, la référence reste le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (CTBT), promu à l’ONU, tandis que le Kazakhstan en incarne la mémoire vive via le site de Semipalatinsk.

Concrètement, les besoins médicaux demeurent : à Semeï, la demande de soins spécialisés atteint « près de 1.000 personnes par an », et « des centaines de milliers » de personnes restent impactées, ce qui justifie des investissements ciblés. Ainsi, le 25 août 2025, Tokyo et Astana ont annoncé un don de 7,4 millions de dollars destiné à l’hôpital universitaire de Semeï ; l’objectif est d’améliorer le diagnostic et la prise en charge des pathologies liées aux essais nucléaires (IRM, scanners, chirurgie). « Ils ont alloué 7 millions de dollars pour l’achat d’équipements », a expliqué Marat Kurmanbayev, de l’ONG Polygon-21, lors de cette journée d’annonces, confirmant un calendrier d’équipement jusqu’à fin 2026. Déclarant pour sa part l’importance du geste, « il est très significatif que la visite du ministre japonais coïncide avec l’anniversaire de la fermeture du site de Semipalatinsk », a souligné le ministre kazakhstanais des Affaires étrangères, Murat Nurtleu.

De Semipalatinsk à la tribune onusienne : la diplomatie kazakhstanaise contre les essais nucléaires

Parce que la journée du 29 août a été impulsée par le Kazakhstan à l’Assemblée générale de l’ONU, Astana a fait du site de Semipalatinsk un symbole pour rendre véritablement mondiale l’interdiction des essais nucléaires. Le pays rappelle ainsi que la résolution 64/35 a été adoptée à l’unanimité, et que la date renvoit à la fois au premier tir soviétique (29 août 1949) et à la fermeture du site (29 août 1991). Ce levier mémoriel, étayé par l’expérience du site de Semipalatinsk, sert de tremplin à une action diplomatique constante pour mettre fin aux essais nucléaires partout dans le monde.

Sur le plan juridique, la priorité kazakhstanaise demeure l’entrée en vigueur du CTBT : aujourd’hui, 187 signatures et 178 ratifications sont recensées, mais l’absence de ratification de plusieurs États recensés sur l’« Annexe 2 » bloque encore l’objectif de bannir juridiquement tous les essais nucléaires. Dans ce contexte, l’édition 2025 de cette Journée prépare une séquence clé : la conférence de l’Article XIV sur la facilitation de l’entrée en vigueur du CTBT se tiendra à New York le 26 septembre 2025. Astana milite pour y rallier des soutiens.

Vérifier, prévenir, convaincre : l’autre bataille contre les essais nucléaires

Au-delà des tribunes, il faut des moyens. De fait, la prévention de tout essai nucléaire passe par une capacité technique à détecter, attribuer et vérifier. Ainsi, les 11-15 août 2025, la CTBTO a réuni à Hanoï plus de 30 experts de 11 pays d’Asie de l’Est et du Pacifique pour muscler les centres nationaux de données et l’usage des réseaux de surveillance. « 80 % des États signataires participants ont démontré leur capacité à analyser un événement et à en déterminer la nature, qu’elle soit d’origine humaine ou naturelle », a résumé Yassine Chaari, responsable de formation à la CTBTO. Cette montée en compétence technique soutient l’argumentaire kazakhstanais : la journée du 29 août n’a de sens que si l’architecture de vérification peut empêcher, en amont, de nouveaux essais nucléaires.

De plus, le lien entre diplomatie et vérification demeure central : le message d’Astana est que la mémoire du site de Semipalatinsk doit s’adosser à un régime de surveillance robuste pour rendre irréversible la fin des essais nucléaires. Ainsi, le pays combine plaidoyer normatif (ONU, CTBT) et soutien aux capacités régionales, afin que la journée du 29 août ne soit pas qu’un rappel historique mais un point d’appui opérationnel contre toute reprise des essais nucléaires. Dans cette optique, la sensibilisation publique — adossée à des données et à des chiffres récents — renforce le socle du consensus, du site de Semipalatinsk jusqu’aux enceintes multilatérales.

Par Païsiy Ukhanov
Le 08/26/2025

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