Turkménistan : les artistes sommés de maigrir pour la fête nationale
fête nationale

À l’approche du Jour de l’Indépendance, le Turkménistan a imposé une directive controversée : les artistes doivent perdre du poids sous peine d’être exclus de la scène. Cette mesure, justifiée par la promotion d’un mode de vie sain, suscite autant d’adhésions que de critiques, entre santé publique et atteinte aux droits fondamentaux.

Pression accrue sur les artistes avant la fête nationale

Le 23 août 2025, plusieurs médias régionaux ont révélé qu’un ordre officiel avait été transmis aux artistes du Turkménistan. Le mot d’ordre est clair : perdre du poids avant le 27 septembre, date de la fête nationale. Selon la radio Azathabar, le service turkmène de Radio Liberty, ceux qui échoueront seront exclus des concerts et des retransmissions télévisées. Cette décision place les artistes au cœur d’un débat mêlant politique culturelle, lutte contre l’obésité et contrôle social dans un pays déjà connu pour sa discipline stricte.

À l’occasion du 34ᵉ anniversaire de l’Indépendance, qui sera célébré le 27 septembre 2025, les autorités turkmènes veulent présenter une image irréprochable de leurs artistes. L’ordre a été relayé dans les théâtres, les centres culturels régionaux et les maisons de la culture. Comme l’indique Azathabar, les acteurs du Théâtre dramatique d’État S. Niyazov, les chanteurs populaires et les salariés du secteur de la culture de la province de Balkan ont reçu des avertissements oraux. Les termes sont sans équivoque : « Les travailleurs de la culture souffrant d’obésité ont reçu l’ordre de maigrir d’ici au 27 septembre. Faute de quoi, ils seront exclus du système culturel ». Cette directive ne prévoit aucune exception. Même les titulaires des titres prestigieux d’« artiste honoré » ou « artiste du peuple » sont concernés.

Obésité, santé publique et contrôle social

Le discours officiel associe cette décision à une politique ancienne de lutte contre l’obésité. Déjà sous l’ancien président Gurbanguly Berdymukhammedov, les fonctionnaires de divers ministères avaient été sommés de surveiller leur silhouette. Son fils et successeur, Serdar Berdymukhammedov, poursuit la même orientation. Azathabar rappelle que ces directives sont présentées comme une promotion du « mode de vie sain ».

Cependant, cette justification interroge. D’un côté, certains citoyens considèrent la mesure comme bénéfique pour encourager les artistes à adopter une hygiène de vie plus rigoureuse. De l’autre, elle est perçue comme une intrusion directe dans la vie privée et une contrainte excessive. Ainsi, la lutte contre l’obésité se double d’un débat sur les libertés individuelles dans une société marquée par le contrôle politique.

La mise en scène de l’image nationale

Au Turkménistan, la culture et les artistes jouent un rôle stratégique dans la projection d’une image nationale disciplinée et homogène. Les festivités de l’Indépendance sont une vitrine internationale. Chaque détail, des chorégraphies aux costumes, doit refléter la puissance et l’harmonie du pays. Dans ce contexte, l’excès de poids devient non seulement un problème de santé publique, mais aussi une question esthétique et politique.

La date du 27 septembre fonctionne comme une échéance contraignante. Les artistes se voient sommés d’atteindre un objectif en un mois, sans précision sur les critères médicaux ou les méthodes acceptées. Cela accroît la pression psychologique. Le risque de recours à des pratiques dangereuses (régimes drastiques, perte rapide de poids) inquiète des spécialistes de la santé, bien que ces derniers ne puissent s’exprimer ouvertement dans les médias nationaux. Ce lien entre discipline corporelle et image nationale traduit un contrôle étendu de l’État sur la sphère culturelle.

Une mesure révélatrice des tensions sociales

Au-delà du secteur artistique, l’ordre révèle des fractures sociales. Dans un pays où les prix des denrées de base sont élevés, où l’accès aux produits équilibrés reste limité, demander une perte de poids généralisée relève d’un paradoxe. Certains artistes, souvent mal rémunérés, peinent déjà à acheter des aliments de qualité ou à s’inscrire dans des salles de sport. Le contraste est frappant : le pouvoir exige discipline corporelle sans offrir toujours les conditions sociales pour y parvenir.

L’obésité est ainsi mobilisée comme symbole de désordre personnel, interprété comme une atteinte à la discipline collective. Mais cette logique entretient une tension avec la réalité économique quotidienne. Ce double décalage entre injonction politique et moyens concrets nourrit le mécontentement de certains artistes, même si leurs critiques restent formulées à voix basse dans un climat où la liberté d’expression demeure restreinte.

Par Rodion Zolkin
Le 08/23/2025

Newsletter

Pour rester informé des actualités de l’Asie centrale