La mer Caspienne, en recul spectaculaire, menace directement l’économie régionale. L’Azerbaïdjan et le Kazakhstan, dépendants de ses ports et de ses ressources, voient leurs infrastructures fragilisées tandis que leurs flux commerciaux se réduisent dangereusement.
La mer Caspienne, un atout économique stratégique pour le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan
Le 21 août 2025, les autorités azerbaïdjanaises ont officiellement sonné l’alarme face à l’assèchement rapide de la mer Caspienne. Cette évolution, dont la baisse a atteint 2,5 mètres en trente ans et désormais 20 à 30 centimètres par an, bouleverse les équilibres économiques et logistiques de la région. Entre Bakou et Aktau, l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan subissent de plein fouet les conséquences d’un phénomène climatique et hydrologique qui s’impose comme une urgence économique majeure.
Le littoral azerbaïdjanais, où vivent près de quatre millions d’habitants, est au cœur de la transformation énergétique du pays. La mer Caspienne, qui fournit 80% de son eau via le fleuve Volga, a vu son niveau reculer de 0,93 mètre en cinq ans et de 1,5 mètre en dix ans. Cette diminution perturbe directement les infrastructures portuaires. Au terminal pétrolier de Dubendi, le transport d’hydrocarbures a reculé de 880.000 tonnes au premier semestre 2024 à 810.000 tonnes sur la même période en 2025, rapportait Reuters le 21 août 2025.
Les autorités de Bakou réagissent par des mesures coûteuses. Plus de 250.000 m³ de sédiments ont été extraits en 2024 pour maintenir la navigabilité. De plus, un nouveau navire de dragage, l’Engineer Soltan Kazimov, a été mis en service avec une capacité de creuser jusqu’à 18 mètres de profondeur. Comme l’a résumé dans un entreptien à Reuters Rauf Hajiyev, le vice-ministre de l’Écologie de l’Azerbaïdjan, « Le recul du littoral modifie les conditions naturelles, perturbe l’activité économique et crée de nouveaux défis pour le développement durable ».
Le Kazakhstan face à la contraction logistique de la mer Caspienne
Le Kazakhstan, dont les exportations pétrolières transitent en partie par la mer Caspienne, est confronté à un dilemme similaire. Le pays a malgré tout réussi à augmenter de 12% ses exportations via le pipeline Bakou–Tbilissi–Ceyhan, atteignant 785.000 tonnes au premier semestre 2025. Toutefois, cette performance masque des fragilités logistiques, puisque les ports kazakhs comme Aktau doivent investir massivement pour compenser la baisse du niveau marin.
La mer Caspienne a reculé de près de 80 centimètres en quatre ans, atteignant un niveau historiquement bas inférieur à –29 mètres. Le débit annuel du Volga, qui oscille entre 210 et 232 km³ contre une moyenne historique d’environ 250 km³, accentue ce déclin. Cette raréfaction des flux impacte directement la rentabilité des corridors énergétiques reliant le Kazakhstan à l’Europe via la Turquie. Sans investissements rapides, la compétitivité du pays pourrait être compromise dans un contexte mondial où les routes maritimes alternatives se multiplient.
Une équation économique et écologique à haut risque
Les conséquences économiques de l’assèchement de la mer Caspienne se doublent d’une crise écologique qui fragilise encore davantage les perspectives des deux États. Les esturgeons perdent déjà jusqu’à 45% de leurs habitats de reproduction saisonniers. Quant aux phoques de la Caspienne, une baisse de 5 mètres pourrait entraîner la disparition de 81% de leurs sites de reproduction, et une baisse de 10 mètres rendrait l’espèce quasi condamnée. Pour l’Azerbaïdjan comme pour le Kazakhstan, qui tirent une partie de leurs revenus du secteur halieutique, cette situation signifie une perte potentielle de ressources alimentaires et économiques.
À l’échelle régionale, près de 15 millions de personnes dépendent des rives de la mer Caspienne. Le Caspian Post soulignait le 26 mai 2025 que le niveau de la mer était tombé à –29,21 mètres, avec plus de 31.000 km² disparus depuis 2006. Une telle contraction n’est pas seulement une statistique : elle redéfinit les lignes côtières, expose des infrastructures et augmente les coûts de transport maritime. Les deux pays cherchent désormais à coordonner leurs réponses, l’Azerbaïdjan et la Russie ayant déjà lancé un groupe de travail conjoint, dont le premier plan d’action est attendu en septembre 2025.
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