Depuis Baïkonour, au Kazakhstan, un laboratoire orbital unique a été lancé dans l’espace où souris et plantes cohabiterontt pour trente jours, une expérience qui éclaire les défis de la médecine spatiale et la protection des futurs équipages.
Un laboratoire orbital parti de Baïkonour
Le 20 août 2025, depuis le cosmodrome de Baïkonour, un lanceur Soyouz-2.1b a mis sur orbite le satellite scientifique Bion-M n° 2. Ce projet, qui associe des souris, des plantes et d’autres organismes vivants, vise à comprendre les effets de la microgravité et du rayonnement cosmique sur le vivant. Pour Moscou, cette mission illustre la volonté de consolider ses recherches en médecine spatiale à l’heure où l’exploration habitée de longue durée redevient prioritaire.
Le biosatellite Bion-M n° 2, lancé depuis Baïkonour, a emporté 75 souris de laboratoire. Ces rongeurs sont divisés en trois groupes, dont un restera trente jours dans l’espace, sous observation permanente par caméras et capteurs. À leurs côtés se trouvent environ 1.000 à 1.500 drosophiles, micro-organismes, cultures cellulaires et semences végétales. Grâce à cette diversité, les chercheurs peuvent comparer les réactions entre espèces animales et plantes et mieux cerner les processus biologiques affectés.
L’orbite choisie est quasi circulaire, entre 370 et 380 km d’altitude, avec une inclinaison polaire de 96,6°. Cette trajectoire expose davantage le satellite aux radiations, ce qui intensifie la valeur scientifique des résultats. En étudiant à la fois les souris et les plantes dans ces conditions, les biologistes espèrent évaluer la capacité d’adaptation des organismes à un environnement spatial plus hostile que celui de la Station spatiale internationale.
Souris et plantes comme modèles d’étude
Les souris constituent un modèle essentiel pour comprendre les effets de l’apesanteur sur les os, les muscles et le système immunitaire. Elles permettront de mesurer les pertes de densité osseuse ou les modifications du microbiote. Les plantes, elles, représentent un indicateur précieux pour évaluer la croissance et la photosynthèse dans un milieu confiné. Ces travaux sont indispensables à la conception de serres orbitales et de systèmes de recyclage lors de missions de longue durée.
Le vice-président de l’Académie russe des sciences, Sergey Chernyshyov, a qualifié le lancement de « puissante fondation pour l’exploration humaine de l’espace lointain ». En ce sens, la mission de Baïkonour n’est pas seulement un projet académique : elle prépare la construction de bases lunaires où souris et plantes serviront de références biologiques. Les résultats obtenus seront essentiels pour évaluer la viabilité d’écosystèmes fermés et pour protéger la santé des cosmonautes lors de voyages interplanétaires.
Baïkonour et l’avenir de la recherche spatiale
Le retour sur Terre du satellite est prévu autour du 19 septembre 2025, après trente jours en orbite. L’expérience accumulée depuis Baïkonour doit aider à bâtir des protocoles médicaux adaptés aux missions vers Mars ou vers la Lune. L’expérience intègre même des échantillons de poussière lunaire, ce qui ouvre une nouvelle dimension à la recherche : tester la réaction du vivant en contact avec des matériaux extraterrestres.
La médiatisation de cette mission souligne aussi la place stratégique de Baïkonour, héritage soviétique toujours actif. Ce lancement marque une étape symbolique pour la coopération scientifique régionale. Les autorités kazakhstanaises y voient une vitrine des capacités conjointes de recherche, associant l’étude des souris et des plantes à une ambition géopolitique plus large. À mesure que la médecine spatiale progresse, Baïkonour demeure au centre d’une dynamique où science, technologie et diplomatie orbitale se rencontrent.