Livres « présidentiels » au Turkménistan : comment sont-ils créés ?

Un réseau structuré de collaborateurs invisibles conçoit, rédige et finalise les ouvrages attribués aux présidents turkmènes. Comme le révèle le média Turkmen.news, derrière ces livres se cache une chaîne organisée d’auteurs, poètes, linguistes et éditeurs, orchestrée par l’entourage politique pour façonner un discours officiel homogène.

Une chaîne de production centralisée

Comme le raconte Turkmen.news, dans les coulisses littéraires du Turkménistan, tout commence par une directive précise du président — que ce soit l’ex-président Gurbanguly Berdymukhamedov ou son fils et successeur Serdar — fixant des axes thématiques : histoire, culture, faune, énergie… Ensuite, le fidèle assistant présidentiel, Kakageldy Charyyardurdyyev, prend le relais en sélectionnant les auteurs et éditeurs susceptibles d’habiller ces sujets.

Une fois la thématique validée, les « ghostwriters » — souvent des universitaires de renom — se chargent de rédiger le contenu. Parmi eux, Yazgylych Orazgylidzhov, docteur en science et chercheur à l’Institut de langue, de littérature et des manuscrits, rédige les sections historiques. Quant à Gozel Shagulyyeva, elle est chargée de composer des poèmes sur demande, selon des consignes techniques précises, avec un ou plusieurs projets soumis au choix avant sélection finale.

L’unification et la validation du texte

Après la rédaction, les auteurs œuvrent souvent de manière indépendante ; seule une coordination ponctuelle est assurée si des renvois entre chapitres sont nécessaires. Vient ensuite la révision rigoureuse menée par Davut Orazsakhedov, directeur de l’Institut des manuscrits : il veille à la cohérence textuelle, au style, à la grammaire et à l’orthographe.

Les derniers arbitrages avant publication

Une fois le texte affiné, il passe entre les mains d’Akynazar Aghaev, responsable de l’édition et de la traduction à l’administration présidentielle. Il revoit les épreuves, souvent de façon confidentielle, pour ajuster tous les détails. Le manuscrit imprimé est alors soumis une dernière fois à Charyyardurdyyev, qui valide la couverture, la maquette, le papier, et donne l’aval final pour la publication. Ce système très cadré et hiérarchisé permet aux présidents turkmènes de revendiquer une impressionnante production littéraire — notamment près de 61 ouvrages pour Berdymukhamedov en 2024 — sans être eux-mêmes les auteurs réels.

Par Rodion Zolkin
Le 08/08/2025

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