Photovoltaïque en Ouzbékistan : l’État subventionne, les citoyens attendent
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Sous le soleil d’Ouzbékistan, le gouvernement allume les projecteurs sur la transition énergétique. Derrière les promesses de subvention, une mécanique encore hésitante tente de convaincre les ménages d’investir dans le solaire. Le pari est lancé. Mais à quel prix, et surtout, pour qui ?

Le 27 mars 2025, le président ouzbek Shavkat Mirziyoyev a signé un décret censé accélérer l’installation de panneaux photovoltaïques sur tout le territoire. Ce texte promet des subventions ciblées pour les particuliers et entreprises investissant dans les énergies renouvelables. Une stratégie ambitieuse pour un pays encore fortement dépendant du gaz naturel. Mais derrière les effets d’annonce, quel est le véritable impact de cette politique ? Et surtout, comment ces aides seront-elles distribuées ?

Une promesse d’État pour les panneaux photovoltaïques

Le décret du président ouzbek, publié le 2 avril 2025, officialise la création d’une Agence nationale de l’efficacité énergétique. À partir du 1er juillet 2025, cette entité sera chargée de verser des subventions couvrant jusqu’à 20% du coût des panneaux photovoltaïques et chauffe-eaux solaires, et jusqu’à 40% pour les pompes à chaleur. Le plafond fixé est de 18,75 millions de soums, soit environ 1.375 euros.

Mais attention : ces aides ne concerneront que les équipements achetés via une plateforme numérique dédiée, dont le lancement est prévu d’ici le 1er septembre 2025. En d’autres termes, les ménages souhaitant se convertir au solaire devront patienter jusqu’à la mise en ligne de ce portail pour bénéficier du moindre soum de subvention.
Pour financer le dispositif, le décret prévoit également la mise en place d’un fonds hors budget, piloté directement par l’agence. Ce mécanisme laisse supposer un financement parallèle, hors du cadre budgétaire habituel, donc moins soumis aux contrôles parlementaires.

Une économie d’énergie ou une économie de gaz ?

La rhétorique officielle insiste lourdement sur les gains attendus. La mise en service de 785 mégawatts de panneaux solaires et de plus de 9.000 chauffe-eaux solaires répartis sur 74.000 sites permettrait d’économiser 1,6 milliard de kWh d’électricité et 45 millions de m³ de gaz naturel. Ajoutez à cela l’équipement des bâtiments publics avec des appareils basse consommation et le chiffre monte à 84 millions de m³ de gaz économisés.

Mais dans les faits, la réalité est plus nuancée. L’ensemble du parc solaire et éolien ouzbek n’a produit que 4,9 milliards de kWh en 2024. Un volume certes honorable, mais encore modeste face à une consommation nationale dépassant les 80 milliards de kWh par an.

Des citoyens payés pour produire : l’autre incitation

En parallèle des subventions à l’achat, l’État a aussi misé sur l’incitation par le rachat du surplus d’énergie produite. Les bénéficiaires du programme « Maison solaire » ont ainsi injecté dans le réseau 12,2 millions de kWh en 2024, revendus à l’État pour un montant total de 12,2 milliards de soums, soit près de 892.000 euros. Une initiative qui semble porter ses fruits, même si les volumes restent symboliques à l’échelle nationale.

Mais la vraie interrogation reste la stabilité de ces dispositifs de rachat. Le cadre réglementaire reste flou, aucune garantie de prix sur le long terme n’étant mentionnée dans les sources. Autrement dit : ce qui est payé aujourd’hui pourrait être revu (à la baisse) demain. Et cela, les investisseurs potentiels le savent très bien.

Une usine à gaz réglementaire ?

L’annonce d’une intégration du portail « Avantage Vert » avec les banques partenaires avant le 1er mai 2025, mentionnée par Fergana.agency, semble prometteuse. Mais la complexité administrative pourrait en décourager plus d’un. Aucun détail n’est fourni sur les procédures, les conditions d’éligibilité précises ni les délais de traitement. Le décret du 27 mars évoque une volonté de simplification, mais tout reste à construire.

Pendant ce temps, les ambitions gouvernementales s’accumulent : lancement de 4,5 GW de nouvelles capacités renouvelables en 2025, micro-centrales dans 300 quartiers, et systèmes de stockage de 1,8 GWh. Une avalanche de projets, mais une question persiste : avec quel encadrement réglementaire et quelle transparence budgétaire ?

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