Le 30 avril 2025, la quatrième édition du circuit ferroviaire Jibek Joly a quitté Almaty pour traverser, en huit jours, une constellation de villes légendaires d’Asie centrale, de Turkestan à Boukhara, de Samarcande à Tachkent, avant de revenir à son point de départ. Organisé par un consortium d’agences de voyage kazakhstanaises, avec la bénédiction des autorités ferroviaires, le train propose une plongée dans les vestiges de la Route de la Soie, ce corridor mythique désormais balisé, chronométré… et tarifé.
Turkestan : la Route de la Soie version carte postale
En route vers le sud, la première escale de ce circuit en Asie centrale se veut spectaculaire. À quelques encablures de Turkestan, les passagers débarquent au cœur des ruines d’Otrar, ancienne ville caravanière autrefois convoitée par Gengis Khan. Puis vient le mythique mausolée d’Arystan Baba.
Mais c’est surtout dans le complexe Azret Sultan, joyau du XIVᵉ siècle, que l’illusion opère : zelliges impeccables, dômes turquoise, l’orientalisme instagrammable dans toute sa splendeur. Un crochet par le centre Karavan Saray complète la scène, avant que ne tombe la nuit et son lot de fontaines musicales et de spectacles aquatiques. Le folklore s’empare alors du mythe avec « Kyz Zhibek et Tolegen », romance revisitée en lumière et jets d’eau. La Route de la Soie devient son et lumière.
Boukhara et Samarcande : entre bazars et bains publics
L’étape suivante, Boukhara, s’annonce plus dense : la forteresse Ark, le minaret Kalon, des mosquées et mausolées jalonnent un parcours balisé. Mais c’est sous les voûtes des bazars couverts que le passé paraît le plus tangible, entre les dômes des Tokki et les échoppes alignées. Les visiteurs, guidés à la minute, flânent sans errer.
À Samarcande, le menu reste classique : place du Registan, complexe Gur-e-Amir, medersas en série. Une immersion calibrée dans l’héritage timuride. Et pour les curieux, un détour par le bazar Siab où les figues sèches côtoient les souvenirs made in China. Loin de l’aventure solitaire des caravanes, on est dans le circuit touristique millimétré.
Tachkent : le théâtre de la tradition
Ultime étape avant le retour à Almaty, Tachkent déroule son tapis touristique. Sur la place Amir Timur, les statues de bronze saluent les photographes. À proximité, le musée éponyme, le mausolée Tole Bi, et quelques mahallas (quartiers traditionnels) rappellent que la modernité cohabite ici avec le souvenir. Pour 10 dollars, vous pouvez même enfiler un costume traditionnel et poser devant les coupoles. Le passé se loue à l’heure, 35 minutes pour être précis.
Prix du rêve : la Route de la Soie en tarif plein
Ce circuit Jibek Joly a un prix : 540 euros par adulte, 415 euros pour les enfants de 4 à 14 ans. Les moins de 4 ans voyageront pour 21 euros, mais sans repas ni siège. Le grand luxe ? Un compartiment pour deux personnes (au lieu de quatre) pour 745 euros.
Le tout comprend l’hébergement dans le train, les repas (petit-déjeuner et déjeuner), les transferts, les visites guidées et l’accès aux monuments. Pour les amateurs de « plus », la bania de Samarcande est facturée 3 euros, le théâtre volant 1,90 euro et l’atelier de pain traditionnel 8 euros.
Avec plus de 345 touristes embarqués pour l’édition 3.0 de « Jibek Joly » en mars 2024, le succès est incontestable. Ce train ne vend pas une aventure, mais un récit prêt à consommer, sécurisé, guidé, cadré. Dans cette version ferroviaire de la Route de la Soie, chaque arrêt devient un instantané touristique soigneusement sélectionné. Le sable du désert a disparu sous les rails, les caravanes sont devenues des wagons climatisés. Et si la légende s’est lissée, elle n’en reste pas moins efficace. Quitte à troquer un peu d’authenticité contre le confort d’un circuit.